Ces deux prochaines semaines, un vent de sacré, de son et de mystique souffle sur la chaleur de Paris. Le Sacré Sound Festival est de retour pour une 3e édition. Après une ouverture qui faisait dialoguer les générations au Couvent des Récollets mardi 26 mai, la soirée du 27 mai se passait au Consulat Voltaire avec les artistes activistes de Ripples Collective et en guest, la chanteuse et multi-instrumentiste, Lior Shoov. Parole, musique et nourriture ont circulé !
Dans l’interview qu’elle nous a donnée, Laurence Haziza, la directrice du Sacré Sound Festival, nous a prévenus et donné envie de faire l’expérience : « Ripples Collective, c’est un groupe d’activistes, d’artistes, de facilitateur·rices palestinien·nes, druzes et israélien·nes, d’êtres humains guidés par le cœur. Ce sont des activistes, qui ont plutôt l’habitude de se produire dans des lieux psychédéliques. Au Consulat, ils et elles vont nous proposer deux à trois heures de traversée de ce qu’est un état de paix ». Et nous n’avons pas été déçu·es : les six membres du collectif, rejoints par l’inclassable Lior Shoov, proposaient en effet une soirée intense d’échanges et de dialogues par toutes formes d’art et de parole. Chacun·e est venu·e avec ses exilés, ses morts, mais aussi ses espoirs et sa manière de parler de tout cela.
Assis sur des coussins au plus proche des artistes réunis en arc de cercle, ou plus classiquement sur des chaises où il était possible de boire et de manger (la fameuse cuisine de Sababa, le restaurant du Consulat Voltaire, dont nous vous avions parlé), le public était invité à participer à ce concert un peu particulier. Tout au long de la soirée, on nous a invités à respirer, comme dans une méditation ou un cours de yoga, mais aussi à frapper des mains et à nous joindre à certains refrains. Les témoignages ont fusé, en arabe, en hébreu, en yiddish, toujours traduits dans cette lingua franca qu’est l’anglais. Leur forme a souvent été poétique, chantée, parfois même dansée, avec des moments d’invectives enjoignant malgré tout à entrer dans la voie de la paix, et beaucoup de parlé-chanté.
C’est le cas notamment du célèbre poème de Refaat Alareer (qui ouvre également l’Arsenal de la Biennale de Venise, lire notre article), chanté et dit en anglais et en arabe. Fondateur de l’association « We Are Not Numbers » et mort avec sa famille sous les bombes israéliennes à Gaza en décembre 2023, cet intellectuel palestinien écrivait un mois avant sa mort : « S’il est écrit que je dois mourir / Il vous appartiendra alors de vivre / Pour raconter mon histoire… »
Il y a eu bien sûr la beauté inclassable et les percussions irrésistibles de Lior Shoov. Et des moments lumineux et doux, comme le chant des réfugiés entonné par toutes et tous en fin de soirée. Mais la traversée proposée était tout sauf apaisante : les témoignages étaient terribles, les mots utilisés (génocide, holocauste) auraient pu à chaque instant briser le dialogue, et la performance demandait beaucoup d’engagement et de concentration. On sort de la soirée touché par le sacré de ces artistes qui, malgré tout, continuent de militer par leurs armes et leurs atouts pour le vivre-ensemble. On sort aussi avec une impression qui grandit dans le corps et qui, aussi piquante soit-elle, semble juste : l’état de paix n’est pas un état tranquille. C’est un état actif, qui se mérite et qui est d’autant plus sacré, que l’effort semble à la fois nécessaire et impossible.