Et c’est parti pour une troisième édition plus sacrée et plus mêlée que jamais : les langues, les âges et les différents type de spiritualité et d’être ensemble convergent dans la musique. Cult a rencontré Laurence Haziza, la programmatrice du Sacré Sound festival qui irrigue Paris fin mai et début juin, pour une interview qui est donc à la fois Cult et sacrée.
Le sacré dans sa dimension humaine et humaniste traverse les murs, les limites, les frontières et les cadres. C’est une forme d’espace en résistance à un discours ambiant, à des guerres politiques fratricides et que souvent, on nous impose. Tout d’un coup, il y a du sacré dans le dialogue, là où on le maintient, alors même qu’on essaie de nous faire croire que ce dialogue est rompu. C’est une dimension finalement assez terre à terre et humaine du sacré : lorsqu’on se parle, lorsqu’on écoute de la musique ensemble, lorsqu’on danse ensemble, c’est un aspect qu’on peut toucher et ressentir. On se rejoint dans l’élévation. C’est ce sacré du dialogue qui nous intéresse dans le festival. Un beau miroir de cela est la présence depuis trois ans de Selune, une femme d’art médecinal, qui pratique l’ésotérisme et la connexion au vivant. Elle travaille avec la terre et propose un moment de soin offert à tous ceux et celles qui seront là et qui le voudront.
La parole peut-être extraordinaire, quand les mots font de la musique et quand ils arrivent à quelqu’un. C’est quelque chose qui décuple le désir, la beauté, l’excitation. Mais on parle dans une seule langue. La musique permet d’avoir une flamme commune et de traverser les murs et les frontières. Elle fait de nous des passe-murailles. C’est un peu facile de dire que la musique est un langage universel mais réellement, mais c’est aussi tellement vrai !
Evidemment, on ne perd pas de vue la spiritualité avec les artistes du Sacré Sound, cette année. Abate Berihun et l’Addis Ken Project revisite des textes sacrés en langue amharique. Il reprend des prières transmises de génération en génération et les réinvente. Et les voix sud-africaines Thanda Choir, qui ont assuré la première partie de Mélody Gardot à l’Olympia l’an dernier font leur premier concert en France, à l’Eglise Saint-Eustache, avec des chants d’amour en xhosa. Evidemment, c’est un choeur et ça c’est déjà sacré. Et puis le groupe est connu pour ses actions auprès des populations défavorisées de Khayelitsha, au Cap. Le sacré a aussi un aspect social ce qui confirme que dans le Sacré Sound, il y a une dimension humaniste du sacré.
Oui, il y a plusieurs nouveaux lieux : l’Église Saint-Eustache, le Café de la Danse et le Couvent des Récollets. C’est complètement fou d’imaginer que la musique du sacré sound va résonner dans le nef somptueuse de Saint-Eustache , qui est la troisième plus grande église de Paris et quel bel écrin pour la première parisienne du Thanda Choir. Quant au Couvent des Récollets, c’est un lieu magnifique près de la Gare du Nord. Nous sommes accueillis par la résidence d’artistes du lieu, qui a le droit de prêter la salle 5 dates par an et qui nous ont choisi.e.s. Nous sommes très touchés et nous programmons un artiste qui y est en résidence. Un artiste déjà sacré et consacré puisqu’il s’agit de François Rabbath, qui jouait avec Charles Aznavour, Barbara, Piaf, Paco Ibáñez …, qui a 94 ans est qui a créé une méthodologie pour apprendre la contrebasse utilisée partout dans le monde. Il jouera en duo avec son fils Sylvain, alias HabibiSly !
Je rêve d’une paix au Proche-Orient depuis l’adolescence. C’est une conviction personnelle, en dehors de tout point de vue politique. Il y a cet endroit entre Tel-AViv et Jérusalem qui s’appelle Shin Beit où l’on trouve des artistes réellement palestinien.ne.s, des juifs israéliens et des Druzes israéliens. Ripples Collective, c’est un groupe d’activistes, d’artistes, de facilitateur·rices palestiniens, Druzes et israéliens, d’êtres humains guidés par le cœur. Ce sont des activistes, qui ont plutôt l’habitude de se produire dans des lieux psychédéliques. Au Consulat, ils et elles vont nous proposer deux à trois heures de traversée de ce qu’est un état de paix.
Exactement ! Lors de la première soirée au Couvent des Récollets, il y aura toute une partie du monde sur scène avec Shiran & Bakal qui sont yéménites et syriens, et Noni Nogara, le plus célèbre des percussionnistes argentins : Argentine, Syrie, France, Yémen, Israël sur le même plateau — si ça c’est pas du voyage ! Et c’est important de dire qu’on danse dès le premier soir.
Et puis il y a le voyage que proposer Ariana Vafadari et Marianne Svašek, de Jaipur à Ispahan, à la Synagogue Copernic. Quant à l’Ima Yemma Orchestra ( ima, yemma c’est maman, en hébreu et en arabe) ce sera à la fois de la soul yiddish new-yorkaise, du chaâbi d’Alger et du groove gnawa marocain. Un long courrier New York, Paris, Alger, Tanger au Café de la Danse !
C’est un immense cadeau que cette première. Le public va assister à quelque chose d’exceptionnel puisque c’est la première fois que le clarinettiste joue ce projet mais aussi son premier solo !
Le Sacré Sound festival ne sera jamais un festival de musique sacrée institutionnel, puisque notre idée est d’aller chercher du sacré ailleurs que dans la prière. Et qu’il y a plein de jeunes artistes de la scène actuelle, des artistes qui cherchent cela. Nous commençons à être repérés par les institutions et nous avons parcouru beaucoup de chemin en trois éditions. J’espère qu’aussi grâce à elles nous serons là longtemps pour porter l’utopie d’une musique humaniste qui soit accessible à toutes et tous.
Visuel : affiche