À l’occasion du Bicentenaire de la photographie, la plus ancienne photographie de l’histoire, « Point de vue du Gras » sera exposée pour la première fois en France au printemps 2027. C’est un véritable retour aux origines qu’entreprendra cette image historique, puisqu’elle quittera le Texas pour retrouver la Bourgogne, lieu de sa création en 1827 par Nicéphore Niépce. À cette occasion, Pierre-Yves Mahé, photographe, inventeur de la méthode du Stop-System, Président du Groupe Spéos et directeur de la Maison Nicéphore Niépce nous raconte sa rencontre avec ce document historique et son parcours sur les traces de l’inventeur de la photographie, qu’il a largement contribué à faire rayonner.
Nous sommes au milieu des années 1990 lorsque commence la formidable aventure que nous fait aujourd’hui revivre Pierre-Yves Mahé. Il a alors un peu plus de trente ans et travaille sur une technologie de transmission d’images capable de permettre la visualisation détaillée d’une photographie, le “Kit de transmission d’images Spéos”. Alors qu’il est invité à Rochester pour présenter son invention, il rencontre Frederick Baldwin, cofondateur de FotoFest, l’un des plus grands festivals internationaux de photographie. La conversation prend un tour inattendu : Baldwin lui apprend que la première photographie de Nicéphore Niépce, conservée au Texas, sera présentée à Houston devant plusieurs milliers de visiteurs. Il lui demande s’il pourrait utiliser son système pour permettre au public d’en découvrir les détails. Pierre-Yves Mahé accepte. Un an plus tard, il se rend à Houston pour préparer l’installation. Et la coïncidence presque magique veut qu’il arrive pratiquement en même temps que l’objet historique. Pierre-Yves Mahé tient enfin entre ses mains la première photographie au monde. Le souvenir et l’émotion, des années plus tard, demeurent intacts. Pierre-Yves Mahé confie que cette rencontre lui fait l’effet d’un « coup de baguette magique » : à son retour, quelque chose a changé et c’est le début de son aventure avec Nicéphore Niépce.
Pendant quatre ans, l’image de Nicéphore mûrit. Puis survient un autre déclic. Pierre-Yves Mahé croise un étudiant de Spéos, l’école internationale de photographie qu’il a créée en 1985, en train de numériser un numéro de Photo Poche consacré à Niépce. L’image du pionnier réapparaît, et Pierre-Yves Mahé nous le raconte, il décide de remonter véritablement sa piste. Il cherche l’adresse de la maison du Gras, à Saint-Loup-de-Varennes, près de Chalon-sur-Saône, contacte la propriétaire qui lui accorde exceptionnellement une visite. Dès le lendemain, Pierre-Yves Mahé est à Chalon-sur-Saône. Cette visite réserve une nouvelle surprise puisqu’une partie de la maison, celle où Niépce avait installé son atelier-laboratoire, est à louer. Dès juin 1999, Pierre-Yves Mahé devient locataire des lieux mêmes où, près de deux siècles plus tôt, un inventeur essayait de fixer sur une surface les images fugitives de la lumière.

Les greniers de la maison de Nicéphore Niépce © Maison Nicéphore Niépce / Spéos
Avec Jean-Louis Marignier, chercheur au CNRS, et Manuel Bonnet, descendant direct de Nicéphore Niépce, Pierre-Yves Mahé entreprend alors un travail considérable de recherches et de reconstitutions. Ensemble, ils vont mobiliser une phénoménale quantité de documents, archives, correspondances, matériaux : il s’agit de rassembler les pièces d’un puzzle vieux de près de deux siècles. Leur recherche mène notamment à la découverte d’une véritable mine d’or, 700 documents, qui les mènent jusqu’en Russie, où certaines traces témoignent de l’intérêt suscité à l’époque par les inventions de Niépce. L’objectif est également de comprendre et chercher les matériaux avec lesquels travaillait Niépce, comme le bitume de Judée, utilisés dans son procédé d’héliographie. Peu à peu, les conditions de travail de l’inventeur s’éclairent. Les travaux reconstituent les lieux, Point de vue du Gras, qu’on avait imaginé pris depuis le grenier de la maison, se révèle précisément avoir été réalisé depuis une fenêtre du premier étage : séquence émotion pour Pierre-Yves Mahé et son équipe. Ce n’est donc plus seulement l’histoire d’une photographie, mais aussi celle d’une invention qu’il tente absolument de faire revivre.

© Pierre-Yves Mahé / Groupe Spéos
Pendant longtemps, les historiens de la photographie présentaient Niépce comme un « bricoleur », un inventeur solitaire, mais Pierre-Yves Mahé le rappelle avec ferveur, il est bien un ingénieur d’une extrême curiosité qui étudie, analyse, expérimente et travaille d’arrache-pied à une époque où la chimie n’en est encore qu’à ses balbutiements. Aujourd’hui, son rôle d’inventeur de la photographie est reconnu par les grandes institutions et l’Académie des Sciences. Nicéphore Niépce est un scientifique extraordinaire qui a par ailleurs mené avec son frère Claude des recherches qui conduisent au Pyréolophore, considéré comme le premier moteur à combustion interne, reconstruit sous la direction de Jean-Louis Bruley, à voir aujourd’hui au Musée des Arts et Métiers et à la maison Nicéphore Niépce. L’intérêt de Pierre-Yves Mahé pour cet objet historique et son créateur a permis de mettre en lumière celui qui avait su, pour la première fois au monde, capturer le soleil. À travers la Maison Nicéphore Niépce et au travers de son école Spéos, Pierre-Yves Mahé a réussi à créer un lien entre plusieurs époques, et se fait médiateur, des origines de la photographie à la transmission et à la formation de futurs photographes.

© Pierre-Yves Mahé / Groupe Spéos
À l’occasion du Bicentenaire de la Photographie, le Point de vue du Gras quittera exceptionnellement Austin pour rejoindre Chalon-sur-Saône. L’œuvre sera présentée au musée Nicéphore Niépce, à 7 km de la Maison Nicéphore Niépce, dans le cadre de l’exposition L’empreinte d’Hélios. 1826-1827, Niépce invente la photographie, prévue au printemps 2027, qui promet un rayonnement majeur sur la région qui a vu naître la toute première Photographie de l’Histoire.

© Maison Nicéphore Niépce / Spéos
Visuel : © Maison Nicéphore Niépce – Spéos