Le ministère de la Culture a annoncé la suspension, à titre conservatoire, de Pierre-Olivier Costa, président du Mucem à Marseille. Visé par une enquête pénale pour harcèlement moral et sexuel, l’ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron quitte temporairement ses fonctions, alors que le climat social au sein du musée est jugé particulièrement dégradé.
Nouveau rebondissement au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille. Le ministère de la Culture a annoncé, mardi 30 juin, la suspension de Pierre-Olivier Costa de ses fonctions de président de l’établissement, à compter du 1er juillet. Cette décision, présentée comme une mesure conservatoire, intervient alors qu’une enquête pénale pour harcèlement moral et sexuel est en cours.
Dans un communiqué, le ministère précise que cette suspension vise à « rétablir un climat de confiance et à renouer le dialogue social au sein de l’institution ». L’intérim sera assuré par Anne-Marie Le Guével, inspectrice générale des Affaires culturelles.
Le ministère indique que cette suspension intervient « à la demande » de Pierre-Olivier Costa. Une version contestée par l’entourage du dirigeant, qui affirme qu’il n’a pas sollicité cette mesure et qu’il n’en avait pas encore été officiellement notifié au moment de l’annonce.
Ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron, Pierre-Olivier Costa dirige le Mucem depuis novembre 2022. Son arrivée à la tête de l’emblématique musée marseillais, situé à l’entrée du Vieux-Port, a rapidement suscité des tensions internes.
Le parquet de Marseille a ouvert une enquête en mars dernier, à la suite d’un signalement effectué par le ministère de la Culture en application de l’article 40 du Code de procédure pénale. L’enquête porte sur des faits présumés de harcèlement moral et sexuel.
Selon plusieurs sources concordantes, la victime présumée serait un cadre du musée. Dans un témoignage publié par Le Monde, celui-ci affirme avoir subi des sollicitations répétées à caractère sexuel de la part de Pierre-Olivier Costa, qui aurait utilisé sa position hiérarchique de manière intimidante.
À ce stade, l’enquête suit son cours et aucune décision de justice n’a été rendue.
En parallèle de la procédure judiciaire, l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac) a été chargée, dès le 10 mars, d’une mission sur les conditions de travail au sein du Mucem. Son enquête portait sur des « faits de mal-être au Mucem et tout élément en rapport ».
Remis au ministère au début du mois de juin, le rapport n’a pas été rendu public. Selon une source syndicale, ses conclusions seraient particulièrement sévères à l’égard de la direction.
Les tensions au sein du Mucem ne sont pas nouvelles. Dès 2023, une partie des salariés dénonçait un management jugé « parfois toxique » ainsi qu’une remise en cause du projet scientifique du musée. Les représentants du personnel critiquaient également le rôle de deux conseillers extérieurs recrutés par Pierre-Olivier Costa, accusés d’intervenir en dehors du cadre légal.
Le syndicat SUD-Solidaires avait déjà appelé les agents à la grève en décembre 2023 puis en juin 2024. À l’époque, Pierre-Olivier Costa avait déclaré avoir hérité d’un établissement « un peu à la dérive ».
En septembre 2024, la médecine du travail avait également alerté le ministère de la Culture sur la souffrance au travail des agents.
Dans une lettre adressée au ministère quelques jours avant cette suspension, les représentants du personnel dénonçaient un climat « délétère » et évoquaient une « multitude de dysfonctionnements et de faits inacceptables » imputés à la direction du musée.
Après l’annonce de la suspension, le syndicat SUD-Solidaires s’est félicité d’une décision qu’il considère comme une réponse aux nombreuses alertes lancées depuis plusieurs mois. Selon l’organisation syndicale, la nouvelle a été accueillie par « des manifestations de joie » au sein de l’établissement.
L’intérim de la présidence du Mucem sera assuré à partir du 1er juillet par l’inspectrice générale des affaires culturelles, Anne-Marie Le Guével, le temps que les investigations judiciaires et administratives suivent leur cours.
Visuel : Mucem Marseille, Wikimedia Commmons