La liste des 100 nouveaux sites retenus pour la 9e édition du Loto du Patrimoine a été dévoilée ce lundi 31 août. Ce dispositif vise à la restauration du patrimoine en péril et permet d’interroger les modalités de financement de conservation patrimoniale en France ainsi que le rôle qu’y occupent les jeux d’argent.
Le Loto du Patrimoine provient d’une mission confiée par le président de la République à Stéphane Bern en 2018, celle de procéder à un recensement du patrimoine local menacé et à réfléchir aux modalités de financement de sa restauration. La gouvernance du dispositif repose sur un comité qui se réunit deux fois par an, présidé par Stéphane Bern, en collaboration avec FDJ UNITED, le ministère de la culture et la Fondation du Patrimoine, un organisme reconnu d’utilité publique depuis 1997. Le principe est singulier puisqu’il fait du jeu un mécanisme de collecte pour la restauration patrimoniale. Les différents jeux de la Mission Patrimoine se tiendront du 7 au 21 septembre et permettront de remporter des sommes allant jusqu’à 1,5 million d’euros.
La sélection de l’édition 2026 met en avant l’ampleur des besoins de restauration du patrimoine français, puisque 650 candidatures ont été déposées. 100 seulement ont été retenues. Des critères de sélection tentent de répondre à la diversité des candidatures : l’intérêt patrimonial et culturel du site, son état de péril, la maturité du projet mais aussi son impact sur le territoire et son projet de valorisation. La liste des candidatures retenues rappelle la diversité du patrimoine touché, à travers toute la France métropolitaine et d’outre-mer. La nature des édifices est elle aussi plurielle, puisque si le patrimoine religieux représente un tiers des projets sélectionnés, la liste comprend également châteaux et maisons, jardins, équipements publics, sites archéologiques ou anciens sites industriels… La publication des sites retenus n’est pas seulement une annonce de sélection, elle créé une cartographie du patrimoine à sauver et se fait révélatrice des difficultés contemporaines de la conservation.
Depuis sa participation, le dispositif a pris une ampleur considérable. Le jeu est devenu un instrument inattendu de politique culturelle. Plus de 1080 sites ont été accompagnés par la Mission Patrimoine depuis 2018. Le bilan fait apparaitre 281 chantiers actuellement en cours et 514 achevés, plus de 70% des projets sont aujourd’hui considérés comme sauvés ou en passe de l’être. Cependant, s’il permet de mobiliser des ressources considérables, le Loto du Patrimoine ne constitue pas une politique patrimoniale à lui seul. Crédits publics, collectivités territoriales, mécénat, dons des particuliers et ressources propres de la Fondation du Patrimoine participent à ce système. Le hasard et l’espoir d’un gain financier deviennent pourtant les moteurs efficaces de la sauvegarde du patrimoine.
La liste des 100 sites en péril témoigne d’un patrimoine qui ne se résume pas seulement aux monuments les plus célèbres. Le loto du patrimoine présente un enjeu particulièrement important lorsqu’il s’agit pour des bâtiments historiques d’importance culturelle plus discrète. Il leur permet en effet d’obtenir une aide financière rapide et directe, à savoir un financement du projet à proprement parler, et non des avantages fiscaux indirects. Cette possibilité ne s’offre néanmoins qu’aux biens ayant un certain intérêt patrimonial ou culturel et qui se trouvent dans un état de péril avancé. Au contraire des procédures administratives classiques, le loto du patrimoine offre une aide rapide et efficace à ces bâtiments dont la survie est menacée sur le court terme. Certes, la sélection des biens tiendra compte des projets de restauration proposés, mais ceux-ci resteront tout de même dans les mains des propriétaires. Il s’agit donc d’un remède différent de ceux de l’inscription et du classement comme Monument Historique et qui vise à répondre aux besoins particuliers et urgents de monuments patrimoniaux de plus modeste stature. Qu’en est-il d’une combinaison des deux, c’est-à-dire d’une sélection à la loterie et d’une inscription ou d’un classement ? Rien ne semble, a priori, empêcher un tel scénario, si ce n’est l’espoir que le système légal empêche les biens inscrits et classés de tomber dans un état de péril justifiant l’intervention du loto.
© None1580 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0