Ophélie Gaillard, directrice artistique pour la seconde année, a invité ce bel ensemble qui arrive avec un programme de musique française dont les compositeurs ont été patronnés par des dames de la haute noblesse française – Mademoiselle de Guise étant l’une des plus importantes mécènes du temps de Louis XIV. On notera aussi que l’ensemble intègre l’une des compositrices les plus appréciées de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe ; Elisabeth Jacquet de la Guerre était très appréciée par le rois soleil et Mme de Montespan, sa flamboyante favorite. Comme ses collègues chefs d’orchestre Chloé de Guillebon effectue un travail de recherches très important et remarquable afin de présenter des programmes originaux avec des compositeurs méconnus ou oubliés avec le temps. Dans le programme présenté à l’abbaye aux dames de Saintes, c’est Henri Dumont (1610-1684) qui est « l’inconnu » de service. Le concert de la reine arrive à Saintes en formation très réduite : Chloé de Guillebon au clavecin ; Martin Jantzen dessus de viole ; Sacha Levy dessous de viole ; Alexandre Ducène, dessus de viole et Jehanne Amzal, soprano mais cela donne un aspect très intimiste à la soirée.
Le concert de la reine interprète deux œuvres instrumentales de Charpentier : le prologue du motet pour six voix Cecilia Virgo et martyr. Si l’on apprécie la musique de Charpentier (lui aussi issu d’une vieille dynastie de musiciens et de compositeurs), on regrettera une prise de risque minimum de Chloé de Guillebon qui prend des tempos lents (mais quand même plus vivants que ceux qu’adopte systématiquement Sébastien Daucé avec l’ensemble correspondance). La complainte d’Actéon, extraite de l’opéra éponyme évoque la transformation du chasseur en cerf après qu’il eut surpris Diane, la déesse de la chasse, et ses nymphes. Incapable de chanter après la fin de sa transformation en animal ce sont les violes qui prennent le relai. La troisième œuvre de Charpentier est la cantate Magdalena Lugens interprété par la soprano Jehanne Amzal. La voix, bien ma de la jeune femme passe parfaitement la rampe de l’église abbatiale, mais la diction est très imparfaite et c’est un texte très abîmé, voire incompréhensible, qui parvient au public dès la moitié de l’église.
Rares sont les programmes ou il n’y a pas au moins un compositeur ou une œuvre méconnu(e) ou oublié(e). Le concert de la reine interprète une suite instrumentale (Pavana, symphonia, Allemanda) et une Allemanda gravis pro organis toutes deux de belle facture qui donnent un bel aperçu de ce que Dumont a produit dans sa vie. Jehanne Amzel interprète avec conviction les œuvres de Dumont mais si vocalement il n’y a rien à redire, nous nous interrogeons sur l’importance que la jeune femme accorde à la diction. Qu’il s’agisse de Cantibus Organis, de Est Segretus Valeriane, de Virgo Gloriosa ou encore de In Lectuo Mea, les textes restent incompréhensibles.
Le concert de la reine présente une cantate profane d’Elisabeth Jacquet de La Guerre de très belle facture : Suzanne et les vieillards. Tiré d’un passage de la bible (livre de Daniel, chapitre 13) l’histoire de Suzanne a été reprise à de multiples reprises en peinture et en musique (Haendel en fit même un oratorio sobrement intitulé Susanna). On apprécie de voir l’engagement total de Jehanne Amzal qui a défaut d’être compréhensible joue la comédie sans complexe malgré le peu de place dont elle dispose sur le plateau. Marin Maris (1656-1728) a fait sa carrière à Versailles sous Louis XIV et dans les premières années du règne de Louis XV. Cet élève de Monsieur de Sainte Colombe (vers 1640-vers 1700) a porté la viole de gambe à son plus haut niveau. La sarabande en mi et la pièce en trio présentées en cette fin d’après midi sont interprétées avec talent et sans excès malgré, la encore des tempos pas toujours convaincants.
Malgré les imperfections, le concert de la reine dirigé par Chloé de Guillebon et Jehanne Amzal ont présenté un concert de belle facture tout en permettant au public venu nombreux de découvrir l’œuvre d’Henri Dumont (1610-1684), un compositeur oublié au fil des siècles.
Visuel : © Eduardus Lee