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« Histoires de danses » : Montpellier Danse se raconte en faits et gestes en ouverture

par Amélie Blaustein-Niddam
21.06.2026

La 46e édition du Festival Montpellier Danse a lancé les festivités le 20 juin avec une proposition aussi originale que pertinente : nous faire revivre l’histoire de ce festival depuis sa création en déambulant à travers tous les espaces de l’Agora.

« Traverser le temps et l’espace »

Nous voici réunis dans le hall de l’Agora. Nous allons être divisés en quatre groupes et suivre un parcours qui va nous faire traverser l’histoire de ce festival. Le début et la fin sont les mêmes pour tout le monde. Ce palimpseste s’ouvre avec le présent, sans nostalgie, puisque c’est la co-directrice du CCN et du festival, Jann Gallois, qui nous attend, seule, de dos, assise sur la scène. Et ce sera, pour le coup, avec les larmes et le deuil de Bagouet, qui a créé le lieu et le festival, que tout se terminera, dans une volonté de boucler la boucle afin de pouvoir danser encore en conscience. Chaque groupe vivra ainsi une expérience légèrement différente où des icônes se mêlent à la jeune création.

Traverser les traces

Nous ouvrons donc ce drôle de bal avec un extrait d’Impulsion de Jann Gallois. Elle bouge pour le moment en tapant l’air de chacune de ses mains, puis elle entraîne le haut du dos. Elle est assise et, doucement, elle va atteindre la station debout, jusqu’à même enfin nous faire face. Elle fait circuler les énergies dans sa danse de plus en plus profonde. Puis, cadeau immense, nous sommes invité.e.s à traverser le plateau mythique de l’Agora pour passer à la suite.

Après un rapide intermède pensé par Zoé Lakhnati et Dimitri Chamblas, une sorte de plage sifflotante, nous passons aux choses plus sérieuses avec un extrait de In the Brain de l’un des quatre autres directeur·rices de Montpellier Danse, Hofesh Shechter, dansé par Shechter II.

Dans le tout petit studio Bagouet, découvrir la puissance des dos et des pieds, signature de la star, prend une autre forme de fascination. La troupe, qui vient de recevoir le prix de la meilleure compagnie de danse lors des prix du Syndicat de la critique Théâtre, Musique et Danse, excelle dans ses accélérations démentes qui envolent les dos avant de les courber en incantation. La vitesse d’exécution rend dingue et rappelle à quel point Hofesh a inventé une grammaire.

Puis, on fait un détour par la passionnante question de la transmission, à travers un extrait de Jours étranges interprété par les élèves de 3e cycle de la Cité des Arts. On retrouve l’espièglerie de Dominique Bagouet intacte en regardant ces jeunes lycéennes nées au XXIe siècle faire n’importe quoi avec exigence. Chez Bagouet, on peut courir sur place et se regarder les biceps, puis passer à autre chose, jusqu’à s’aligner avec élégance.

Danser avec les fantômes

Notre déambulation passe par un extrait de Soapéra de Mathilde Monnier, qui fut directrice du CCN, une soirée mousse dans laquelle se découvrent, vêtus de ces manteaux blancs, des êtres en mouvement.

L’abstraction est encore plus forte chez Rizzo et Cathy Olive avec leur magnifique ballet de robes fantômes sans corps. De la beauté aussi, il y en a chez Fabrice Ramalingom qui danse les traces de Trisha Brown, passée enseigner une année à Montpellier alors que Bagouet commençait à mourir, en 1991.

Les traces, ce sont aussi les mélodies mythiques que Babx et Benjamin Chaval interprètent. Notamment l’iconique Fase qui, dès que les notes arrivent au casque, donne la sensation qu’Anne Teresa tourne là, sur le sable.

Et puis il y a les amitiés, comme celle de Salia Sanou avec le festival, qui se met en danse pour nous, accompagné des vidéos des danseur·euses de Yaoundé et de la voix d’Ange Fandoh.

Pour pouvoir danser encore

Et puis, pour finir, il y aura eu ce saut de l’ange dansé par les interprètes de l’époque et dont on vous a parlé il y a quelques jours dans Cult à l’occasion de la présentation de la pièce à Uzès. Pour cette version, deux élèves du conservatoire s’ajoutent à ce cirque qui arrive en ville depuis 1987, guidé par les spectres de Boltanski, et apportent l’espoir d’un avenir radieux.

Histoires de danses, vous l’aurez compris, est plus un happening qu’un spectacle ; il n’a pas vocation à tourner. C’est une idée merveilleuse de commencer un festival comme ça, en se demandant comment tout a pu commencer, en rendant hommage aux plus grand.e.s.

Cela permet aussi de voir comment la danse se transmet, que ce soit par le corps ou l’écoute, mais aussi dans nos pas, dans le temps et l’espace, comme le présentait Jann Gallois, pour que nous prenions conscience en nous de ce que veulent dire quarante-six ans de danse, de Dominique Bagouet au quatuor aujourd’hui composé de Jann Gallois, Dominique Hervieu, Pierre Martinez et Hofesh Shechter.

Montpellier Danse, jusqu’au 4 juillet

Informations et réservations

Visuel : ©Todd-MacDonald