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Gérard Brémond, le visionnaire qui a réinventé les vacances françaises, est mort à 88 ans

par Camille Beauleux
29.06.2026

Gérard Brémond, fondateur du groupe touristique français Pierre & Vacances est décédé à l’âge de 88 ans. Il avait conçu la station de ski Avoriaz.

Il avait imaginé une autre manière de voyager, de posséder une résidence secondaire et même de vivre la montagne. Gérard Brémond, fondateur du groupe Pierre & Vacances et créateur de la station d’Avoriaz, est décédé à l’âge de 88 ans. Avec lui disparaît l’une des grandes figures du tourisme français, un entrepreneur dont les intuitions ont profondément transformé les loisirs en Europe.

 

Un amoureux du jazz avant d’être bâtisseur

Avant d’être un entrepreneur, Gérard Brémond rêvait d’une tout autre vie. Né dans une famille de promoteurs immobiliers, il nourrit très tôt une passion dévorante pour le jazz. Élève au lycée Janson-de-Sailly, il partage les bancs de l’école avec Sacha Distel et fréquente les clubs parisiens où résonnent les improvisations de John Coltrane, Miles Davis ou Thelonious Monk. Il devient même journaliste pour la revue Jazz Hot, consacrant plusieurs années à écrire sur cette musique qu’il ne cessera jamais de défendre. Plus tard, il rachètera la radio TSF Jazz ainsi que le mythique club parisien Le Duc des Lombards, preuve que cette passion ne l’avait jamais quitté.

 

 

Avoriaz, le projet qui change tout

Mais c’est finalement l’immobilier qui l’emporte. Diplômé en sciences économiques, il rejoint l’entreprise familiale avant de saisir, à seulement 25 ans, l’opportunité qui changera sa vie : développer une station de sports d’hiver imaginée par le champion olympique Jean Vuarnet. En 1967 naît Avoriaz.

 

Avec son architecture audacieuse intégrée à la montagne, ses rues sans voitures où circulent les traîneaux et son ambition de faire de la station un véritable lieu de vie, Avoriaz devient rapidement une référence internationale. Gérard Brémond y ajoute une dimension culturelle en créant, dès les années 1970, le Festival international du film fantastique d’Avoriaz, qui accueillera les plus grands noms du cinéma de genre jusqu’à sa disparition en 1993.

 

« J’ai fait Avoriaz, et Avoriaz m’a fait », confiait-il des années plus tard. Cette aventure constitue le socle de ce qui deviendra Pierre & Vacances.

 

 

L’invention de la « nouvelle propriété »

L’entrepreneur révolutionne ensuite le marché du tourisme en inventant le concept de « nouvelle propriété ». Son idée est simple mais novatrice : permettre à des particuliers d’acquérir un appartement dans une résidence de vacances à moindre coût tout en le confiant à l’exploitation touristique du groupe, avec des droits de séjour garantis. Ce modèle hybride entre investissement immobilier et hébergement touristique connaît un succès considérable.

 

De station en station, puis sur le littoral, Pierre & Vacances étend son empreinte avant de devenir un géant européen. Le groupe diversifie ses activités avec la création d’Adagio, le rachat de Maeva puis celui de Center Parcs, jusqu’à accueillir plus de huit millions de vacanciers chaque année dans près de 45 000 appartements répartis sur 282 sites européens.

 

 

 

 

Une figure majeure du tourisme français

Pour nombre d’observateurs, Gérard Brémond appartient à cette génération d’entrepreneurs qui ont profondément transformé le tourisme français, aux côtés de Gilbert Trigano, fondateur du Club Med, ou de Jacques Maillot, créateur de Nouvelles Frontières. Tous ont inventé une nouvelle façon de voyager, adaptée à une société en pleine mutation.

 

Ses pairs saluent aujourd’hui un visionnaire. Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, évoque « un immense entrepreneur » et « un homme très fin », tandis que François Hollande souligne celui qui « a révolutionné le marché du tourisme en inventant de nouvelles techniques de financement et de propriété » et contribué à faire revivre de nombreux territoires, en montagne comme à la campagne.

 

 

 

 

Le choc du Covid et la perte du contrôle du groupe

La crise sanitaire marquera cependant un tournant brutal. Fragilisé par plusieurs mois de fermeture de ses établissements, Pierre & Vacances-Center Parcs perd près de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2022, après cinquante-quatre années à la tête du groupe, Gérard Brémond est contraint d’en céder le contrôle à la faveur d’une vaste restructuration financière.

 

Ce départ, vécu comme une épreuve, ne l’amènera jamais à critiquer publiquement ses successeurs. Ceux qui l’ont côtoyé saluent un homme discret, curieux, toujours attentif aux évolutions du numérique, de l’environnement et du tourisme, malgré la maladie.

 

 

 

L’héritage d’un pionnier

Avec la disparition de Gérard Brémond, c’est une certaine idée des vacances qui s’éteint aussi. Celle d’un tourisme pensé comme une expérience durable, mêlant architecture, nature, culture et innovation économique. Plus qu’un promoteur immobilier, Gérard Brémond laisse l’image d’un créateur de lieux et d’expériences, dont l’héritage continue de façonner le paysage touristique français et européen.

Visuel : Méribel-Centre depuis Télécabine de l’Olympe