Samedi 19 septembre, devant le château de Lamorlaye, chevaux, cavaliers, chanteurs, cavalière-cantatrice se sont retrouvés pour un spectacle d’opéra équestre imaginé à l’occasion des Journées européennes du patrimoine et de la Fête du cheval. Une rencontre entre des disciplines mais aussi entre des individus et des associations qui, chacune à leur manière, font vivre un même mouvement.
Dans le même espace se sont croisés l’art lyrique et l’art équestre, autour de « La Belle et la Bête ». Les chevaux August Dream et Sorrento de l’Epte et leurs cavaliers, Aline Cridelich et Éric Petit-Imbert évoluent dans une véritable chorégraphie aux côtés du baryton Didier Henry et de la mezzo Lise Garnault, tandis que la voix d’une cantatrice, Catherine Dune se mêle aux mouvements des montures.
Emmener le spectacle au pied du château, devant un public large, témoigne de l’ambition de l’association ArtemOise, créée en 2013, de faire sortir le répertoire lyrique des scènes traditionnelles et de le confronter à des espaces et des pratiques surprenants. Pour les non-inités comme pour les habitués, le spectacle offre un moment de rencontre singulier, où l’opéra dialogue avec l’équitation et où la voix devient partie intégrante du mouvement. Une manière de rappeler que l’opéra est une discipline vivante, capable de se réinventer et d’investir des lieux inattendus.
Ici, tout se mêle : l’artiste et l’animal, la voix et le mouvement, le chant et l’équitation. Et cela naît d’un dialogue entre des associations qui se soutiennent. C’est l’histoire de trois structures qui se rencontrent : les Écuries de l’EPI, ArtemOise et 100 Pur-sang.
À cette occasion, Aline Cridelich, présidente de l’association 100 pur-sang et cavalière du spectacle, revient sur les liens qui se sont tissés entre ces différentes structures et sur les rencontres qui ont donné naissance à ces productions.

Catherine Dune, Éric Petit-Imbert et Sorrento de l’Epte, Aline Cridelich et August Dream, Didier Henry et Lise Garnault
La grande cantatrice Catherine Dune, en plus de fouler les grandes scènes lyriques en France et ailleurs, est cavalière et propriétaire aux Écuries de l’EPI. Au départ, elle commence à chanter à cheval pour progresser, puisque son attention est ailleurs, elle est plus détendue. Au fur et à mesure, on remarque à l’Écurie que les chevaux sont attentifs à la musique et se « prennent au jeu », selon Aline Cridelich. La soprano Catherine Dune développe le concept de Cavalière Cantatrice autour duquel se construit ce spectacle : avec son cheval puis ceux de l’association, elle se produit pour « transmettre l’émotion de l’opéra, dans des lieux inattendus ».
D’abord avec son propre cheval, puis avec les pur-sang accompagnés par l’association 100 Pur-sang, qu’ArtemOise a à cœur valoriser. Et amener un cheval en représentation ne s’improvise pas, il faut « un cheval bien dans sa tête afin qu’il puisse gérer de nouveaux lieux et du bruit, notamment le public », explique Aline Cridelich. Un travail au quotidien pour les couples chevaux-cavaliers, qui implique une présence avec le cheval, à pied ou en main. Une confiance qui se travaille.
Cette attention portée à chaque cheval est au cœur du travail de 100 Pur-sang. Créée en 2016, l’association accompagne la reconversion de chevaux sortis des courses. Aline Cridelich nous raconte que « beaucoup de pur-sang restaient sur la touche ». Alors, l’association se donne le défi de sensibiliser sur l’après-course et d’accueillir des pur-sang pour les reconvertir en chevaux de loisirs ou de sport, et même, jusqu’à la scène. Avec l’expertise d’Éric Petit-Imbert, ancien instructeur de la Garde Républicaine, et le soutien des Écuries, les chevaux récupérés par l’association sont accompagnés en fonction de leurs aptitudes et de leur caractère.
Car un cheval qui n’a pas trouvé sa place dans une discipline peut en trouver une autre ailleurs à Lamorlaye. Refaire sa vie, reprendre et redonner du plaisir. Depuis sa création, l’association a ainsi reconverti sept chevaux, tous adoptés par des personnes choisies en fonction du projet. Un travail qui suppose temps et patience, en général, la reconversion se fait entre 4 mois à 2 ans. Un projet attachant auquel le monde qui orbite autour d’Éric Petit-Imbert est bien habitué : rencontre, écoute de chaque individu, cheval et cavalier.
C’est peut-être là que les deux disciplines se rejoignent le mieux. L’opéra comme l’équitation demandent de la présence, de l’écoute et du travail : un geste s’affine, une voix se travaille, une relation se construit. Pour la cantatrice comme pour le cavalier, il faut apprendre à trouver son souffle, à maîtriser son corps et à ajuster son mouvement.
Le spectacle est donc moins un aboutissement qu’un moment où tout ce travail devient visible : celui de plusieurs associations qui se soutiennent, de professionnels qui transmettent leur expérience, de chevaux à qui l’on a donné une seconde chance, d’artistes qui cherchent de nouvelles façons de partager leur pratique.
Faire se rencontrer l’art lyrique et l’art équestre signifie peut-être, simplement, créer du lien, continuer à mettre les choses en mouvement et garder l’équilibre.