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Interview avec l’artiste culinaire Floriane Facchini

par La redaction
11.05.2026

À l’occasion du festival culinaire CONFIT!, découvrez l’interview Cult de la metteuse en scène et artiste culinaire Floriane Facchini.

Qu’est-ce qu’un « artiste culinaire » ?

 

Je peux vous dire ce que cela signifie pour moi, car la définition peut varier selon les approches. Je viens du théâtre, je suis d’abord metteuse en scène, et c’est depuis cet endroit que je suis devenue artiste culinaire. Pour moi, cela consiste à envisager la cuisine comme un langage artistique à part entière.

 

Être artiste culinaire, c’est utiliser la nourriture comme un outil de création et de narration, et non seulement comme une pratique gustative. Dans ce cadre, la nourriture n’est pas seulement destinée à être consommée : elle devient un matériau, au même titre que le corps en danse ou le son en musique. Je travaille avec les formes, les textures, les odeurs, mais aussi avec les récits, les souvenirs, les contextes sociaux et culturels liés aux aliments. La cuisine est intégrée à mes projets scéniques et performatifs : on mange, on goûte, mais on observe aussi, on écoute, on traverse une expérience. Le repas devient une mise en scène, souvent collective, qui raconte une histoire ou interroge notre rapport au monde. La nourriture est pour moi une manière très intime de lire le réel. C’est un médium qui me permet de rencontrer, de relier, mais aussi de déplacer les regards et d’ouvrir des espaces de réflexion, sans jamais rompre avec le sensible.

 

 

Vous êtes artiste « complice » de La Garance. En quoi le territoire se prête-t-il particulièrement bien à un art vivant culinaire ? Et qu’est-ce qui « mijote » dans le coin ?

 

Ce territoire est particulièrement fertile pour ce type de pratique, notamment grâce à l’impulsion donnée par la directrice, Chloé Tournier. Depuis son arrivée, elle a engagé un travail fort autour des liens entre art, territoire et alimentation, avec la création du festival Confit ! et le développement du réseau ça mijote des structures culturelles autour d’une même envie : penser, capaciter et visibiliser les formes artistico-culinaires. J’ai la chance d’être la première artiste soutenue dans ce réseau.

 

Notre collaboration a commencé en 2021, lorsque, avec le directeur du CNAREP le Citron Jaune Pascal Servera, elle m’a invitée avec mon projet Cucine(s). Ce projet a permis de tisser des liens solides avec les Parcs naturels des Alpilles et du Luberon, ainsi qu’avec des producteur·rices et des agriculteurs locaux. Il a contribué à faire émerger un premier réseau nourricier et artistique.

 

Aujourd’hui, avec ces mêmes partenaires nous poursuivons ce travail avec À Tavola !, un projet de recherche agricole et artistique qui imagine les récits alimentaires de 2035 dans les Alpilles et le Luberon. À mi-chemin entre arts et sciences, il réunit agriculteur·rices, chercheur·euses, artistes et habitant·es pour penser, à partir du repas, les transformations écologiques à venir. Le projet s’appuie sur des enquêtes de terrain et des expérimentations sensibles, notamment des « mises en bouche » performatives, et se déploiera jusqu’en 2027, avec un grand banquet final et un livre de recettes. L’enjeu est d’ouvrir des espaces de réflexion collectifs, à la fois joyeux, concrets et politiques.

 

Quelle est l’importance de la documentation et de la recherche dans votre travail ?

 

La recherche et la documentation sont fondamentales dans mon travail. Elles me permettent de confronter mes intuitions artistiques à des savoirs situés, ancrés dans des réalités sociales, agricoles et culturelles précises.

 

Je m’appuie sur des enquêtes de terrain, des rencontres, des archives, mais aussi sur l’observation de pratiques agricoles et culinaires locales. Travailler avec la nourriture, c’est entrer dans des histoires complexes : celles des territoires, des migrations, des transformations écologiques, des inégalités, mais aussi des gestes quotidiens. J’accorde une attention particulière aux savoirs situés : ceux des agriculteur·rices, des cuisinier·ères, des habitant·es. Ce sont des connaissances incarnées, souvent invisibilisées, mais essentielles pour comprendre ce que l’on mange et ce que cela implique. La documentation me permet de donner du sens aux gestes que je mets en scène, de comprendre ce qu’ils racontent et d’éviter toute forme d’abstraction. Mais cette recherche ne reste jamais théorique : elle passe toujours par le corps et les sens, le goût, les textures, les odeurs, le partage.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, manger des pâtes, c’était déjà résister au régime de Mussolini ?

 

La réponse n’est pas si simple, mais elle est très intéressante. Sous le régime de Benito Mussolini, il y a eu une volonté forte de transformer les habitudes alimentaires, pour des raisons à la fois économiques et idéologiques, un totalitarisme jusque dans l’assiette. Le régime promouvait une alimentation autarcique et cherchait à limiter la consommation de pâtes, jugées trop dépendantes du blé importé, et même accusées de rendre les Italiens « mous ».

 

Dans ce contexte, continuer à manger des pâtes pouvait, dans certains cas, relever d’une forme de résistance culturelle, surtout lorsqu’il s’agissait de pratiques collectives ou symboliques. Mais il ne faut pas simplifier : pour beaucoup, c’était avant tout une question d’habitude ou de nécessité, dans un contexte de pénurie. Ce qui est certain, c’est que l’alimentation était déjà un espace de tension entre pouvoir, identité et quotidien et que le geste de la famille Cervi en est une incarnation forte.

 

Quelle part de votre histoire avez-vous mise dans votre création La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi ?

 

Cette création s’appuie sur une histoire collective très forte, celle de la Famille Cervi, mais elle résonne aussi avec mon histoire personnelle, notamment à travers la figure de mon grand-père paternel. Je ne raconte pas seulement leurs histoires : je les mets en relation avec des questions qui me traversent aujourd’hui. Qu’est-ce que cela signifie, partager un repas ? Que célèbre-t-on autour d’une table ? Et que peut la lutte par l’assiette ? Il y a donc une part autobiographique plus directe, mais aussi une part plus diffuse, qui passe par les choix artistiques, les situations que je construis et la manière dont j’invite les spectateur·rices à participer.

 

Passer par les cuisines pour faire du spectacle vivant, est-ce nécessairement politique ?

 

Oui, d’une certaine manière, c’est toujours un geste politique. La cuisine engage des questions fondamentales : qui produit, qui mange, quoi, et dans quelles conditions ? Elle est traversée par des enjeux de classe, de genre, de culture, d’écologie et de pouvoir. Dès lors qu’on travaille avec la nourriture dans un cadre artistique, on active ces dimensions, même de manière implicite.

 

Mais aujourd’hui, il me semble difficile de ne pas être plus explicite. On voit réapparaître des formes de banquets qui mettent en scène des imaginaires identitaires, exclusifs, parfois nostalgiques d’un récit national fermé. Ces repas ne sont pas neutres : ils dessinent des frontières, ils disent qui est dedans et qui ne l’est pas. À l’inverse, je pense qu’il est urgent de créer des espaces qui incarnent des valeurs démocratiques concrètes. Des tables ouvertes, où l’on fait l’expérience réelle du partage, sans condition d’appartenance. Le geste de la Famille Cervi reste pour moi une référence très forte : offrir à manger à tout un village, sans distinction, dans un moment de bascule politique. C’est un geste simple, mais profondément radical, un geste qui fait démocratie. C’est vers cela que je tends : faire du repas un espace de friction mais aussi d’hospitalité, où l’on peut se rencontrer sans être d’accord, et où quelque chose du commun peut malgré tout émerger.

Floriane Facchini sera au festival CONFIT ! les 19, 20 et 21 mai 2026 à La Garance, scène nationale de Cavaillon

Les 29, 30 et 31 mai 2026 au ZEF, scène nationale de Marseille

Les 4, 5, 6 et 7 juin 2026 au Channel, scène nationale de Calais

Les 11, 12 et 13 juin 2026 à l’Agora, scène nationale de l’Essonne

Visuel : © C. Calmettes