Le 25 et 26 avril, la première édition du Susurre Festival par la Gaîté Lyrique célébrait le podcast, « média de l’intime et de l’engagement ». Mettant à l’honneur la santé mentale – déclarée thème du mois d’avril par la ville de Paris – sessions d’écoute, rencontres et enregistrements en direct ont réussi avec brio à convertir le podcast en un véritable lieu d’échanges et d’attention collective.
Entièrement gratuit, parfois sur réservation en cas de jauge nécessaire, le Festival Susurre a l’originalité de faire d’une pratique habituellement assez solitaire un moment de communion collective et de partage d’idées.
« De manière générale, la Gaîté Lyrique est un lieu dont la programmation propose des rencontres quotidiennes au plus proche des enjeux actuels. » nous explique la programmatrice artistique et culturelle Madeleine Varin. « Justice sociale, justice climatique, questions de genres, luttes… Le format est souvent collégial, les gens sont beaucoup invités à participer. »

Ci-dessus : photo de la Gaîté Lyrique en 2021
Quant au Festival Susurre, « c’est vraiment un format « maison », entièrement créé par la Gaîté. » se réjouit-elle. « On a choisi de parler du podcast comme « média de l’intime et de l’engagement » parce que c’est un format qui peut s’écouter dans la solitude, mais duquel peut naître de l’engagement, et donner envie de se mobiliser. C’est aussi quelque chose qui se fait sur un temps long, qui favorise l’écoute collective. » La thématique de la santé mentale permet à la Gaîté de donner la parole à celles et ceux directement concerné.es par ces problématiques-là, de « faire entendre différentes voix, différents points de vue à ce sujet. » poursuit Madeleine Varin.
« Notre objectif est vraiment de croiser les publics des différentes communautés, de créer des ponts entre les gens et les auditeur.ices de podcasts. Parmi les invité.es, on essaie vraiment de favoriser des représentations variées, issues des minorités, afin de traiter au mieux des thématiques autour des féminismes ou du racisme. » De cette volonté d’ouverture et de décloisonnement résulte une programmation réjouissante, qui fait du soin et de la santé psychique une problématique non plus seulement individuelle, mais éminemment politique et ancrée dans le collectif. Car si les injustices se retrouvent dans chaque interstice de nos sociétés humaines, les manques de traitement ou de connaissances dans le domaine psychologique restent encore notoires, avec une nette différence pour les femmes, les personnes queer ou les gens issus de cultures autres qu’occidentales.
Pour le festival, l’espace est conçu de manière dynamique, avec plusieurs lieux d’écoute répartis sur trois étages :
Au -1, on retrouve la Salle Immersive, où sont installés transats et poufs où les gens peuvent se (re)poser et écouter des podcasts d’ARTE radio sur la santé mentale en continu. Les jeux de couleurs apaisantes sur les murs de la salle obscure favorisent un moment de détente où l’on peut se laisser bercer par les voix et les récits diffusés.
Au rez-de-chaussée, la Chambre sonore diffuse des podcasts en continu dans une petite pièce bleue. A l’accueil, le bar reste ouvert toute la journée, et le stand de la librairie Un Livre et une Tasse de Thé propose des ouvrages axés sur la santé mentale et les luttes queer et féministes. Dans L’Audito se tiennent des enregistrements publics (l’émission Tomber Love animée par Anissa Rami avec Lala &ce comme invitée, ou Mental Health Radio de Stencia Yambogaza) et des rencontres (dont Lauren Bastide).

Ci-dessus : photo de l’enregistrement du podcast « Tomber Love » avec Anissa Rami et Lala &ce dans l’Audito © Marilou Cognée
Au premier étage, on retrouve le Forum, lieu d’écoute collective et de discussion. Nous assistons à un épisode de Délire x mūsae avec Claire Zarnitsky et animé par Christelle Tissot, qui porte sur l’histoire de Marianne Fougère, souffrant d’anorexie, et de sa sœur Constance. A la fin de la session d’écoute, une conversation s’engage entre Claire, Christelle, Marianne, autrice du livre L’anorexie, pathologie du capitalisme ? aux Editions Textuel, et Kendrys Legenty, directeur général du média associatif indépendant La Fabrique des Soignants. La discussion est passionnante, on y parle de la vulnérabilité des corps que le modèle capitaliste exploite, en se reposant sur des figures du soin – souvent des femmes noires – qui n’ont pas les moyens de s’extraire de leur situation de précarité. On y parle de structures de soin de plus en plus affaiblies, et de la nécessité de repolitiser la question du soin, qui n’est jamais coupé du système social et sociétal dans lequel nous vivons.

Ci-dessus : photo de la rencontre entre (de gauche à droite) Marianne Fougère, Claire Zarnitsky, Kendrys Legenty et Christelle Tissot suite à la diffusion d’un épisode du podcast de Délire et mūsae © Marilou Cognée
Le Studio Podcast accueille quant à lui des enregistrements en direct, autour duquel les visiteur.euses muni.es de casques viennent écouter de l’autre côté de la vitre.
Alors que le podcast est un format médiatique de plus en plus répandu, faire d’une pratique souvent individuelle un espace d’écoute où se tisse le collectif et où se nouent des liens et des échanges est une proposition à la fois originale et salvatrice. Dans nos sociétés au rythme effréné, se réunir dans un lieu avec d’autres gens permet de recentrer notre attention, et d’éviter la dissipation numérique et informatique à laquelle nous sommes si souvent sujets.
Le Festival Susurre nous rappelle aussi que le podcast n’est pas seulement là pour fournir des données purement informatives, mais sert aussi à mieux comprendre le monde au travers d’expériences intimes, et peut être un moteur pour nous pousser à l’engagement collectif.
Visuel principal : © Affiche du Susurre Festival