En 2025, nous découvrions, grâce à la Biennale de théâtre de Venise, le travail sensible du directeur du théâtre de Turin, inconnu en France. Cette année, il va encore plus loin en nous proposant une déambulation dans les méandres de la mémoire de nos aîné·e·s. Âmes trop fragiles, s’abstenir.
Le rendez-vous est pris au Centro Servizi San Giobbe, une maison de retraite située de l’autre côté de la lagune. Et comme nous sommes à Venise, c’est à tomber de beauté. Il y a un cloître qui encadre un jardin, par exemple. Mais pour le moment, nous n’en sommes pas là. Deux comédiennes nous tendent un badge et un stylo. Après avoir inscrit notre nom, nous l’accrochons sur notre vêtement. Et puis, pour la première fois, nous les suivons.
Très vite, nous notons que chaque élément que nous croisons est nommé. Les tables, les fenêtres, les géraniums… tout est étiqueté, car lire permet de se rappeler.
Dans cet établissement, tous et toutes ont des problèmes cognitifs. Et pourtant, depuis novembre, le metteur en scène travaille avec eux et elles et arrive à leur faire faire du théâtre, du vrai, du grand et beau théâtre.
Tous ensemble, nous rencontrons Emma qui prend soin du jardin, puis nous montons à l’étage, dans une salle de kinésithérapie où Silvia nous accueille. Elle nous dit qu’elle a fait beaucoup de sport dans sa vie, et la voilà, encadrée de deux comédien·ne·s danseur·euse·s, en train de « voler, voler ».
À partir de là, on comprend qu’il s’agit à la fois de rencontres et d’une réflexion sur la façon dont on transmet une histoire.
Le public est désormais séparé en quatre groupes de dix personnes et, donc, la déambulation devient presque individuelle, et la proximité avec les témoins, totale.
Comme nous sommes à Venise, on croise des Vénitiens et des Vénitiennes. Alors, dans la salle des dessins, on écoute Giorgio qui a fait quelque chose de magnifique toute sa vie. Il a travaillé dans le verre de Murano, dans les lustres. Mais aussi Romolo qui fut gondolier.
De façon quasi miraculeuse, tous seuls, avec un petit peu d’aide, les paroles sont claires et le récit construit.
Pendant une heure trente, nous marchons en quête de souvenirs qui ne sont pas les nôtres. Nous buvons ces paroles qui sont accompagnées de monologues des comédien·ne·s, qui se transforment en soignant·e·s attentifs et attentives.
Au bout du voyage, le collectif l’emporte sur l’individuel, et même si les anges ont des ailes faites de souvenirs en papier, ils apportent la joie d’arriver à mener un projet de bout en bout et d’en faire un spectacle avec un récit et une dramaturgie des plus professionnelles.
Du 7 au 21 juin, la Biennale Teatro 2026 dirigée par Willem Dafoe réunit à Venise quelques-unes des figures majeures de la scène internationale : Satoshi Miyagi, Emma Dante, Mario Banushi, Lemi Ponifasio, Dorcy Rugamba ou encore Angélique Kidjo. Au programme, théâtre, danse, musique, créations du Biennale College et projets pédagogiques dans un festival placé sous le signe de l’« ALTER NATIVE ».
Visuel : ©Biennale