Pour son troisième solo au 80ᵉ Festival d’Avignon, Jaha Koo nous partage une nouvelle fois ses expériences de vie, au comptoir d’un restaurant coréen, pour raconter son parcours de Séoul à Bruxelles en passant par Berlin.
Nous voici face à une tente sur laquelle sont diffusées des images de Séoul. On voit les immeubles, on aperçoit les appartements, dans un assez long faux plan-séquence, les rues qui se rétrécissent jusqu’à arriver au lieu emblématique de la ville, un restaurant de rue. Le comédien s’invente cuisinier et propriétaire du lieu, il invite même deux personnes du public à le rejoindre à son comptoir. Cela est immédiatement cocasse. Il va donc faire à manger pour ce duo improvisé, et aussi leur offrir un somaek (소맥), qui est un cocktail coréen à base de soju et de bière blonde.
Comme dans tous ses spectacles, l’histoire intime se mêle à la grande. Pour Haribo Kimchi, c’est un peu moins vrai que dans Cuckoo et The History of Korean Western Theatre. Ici, l’affaire se concentre sur son chemin de vie à lui, où, dans une allégorie d’un escargot qui doit retrouver l’herbe libre, il a souhaité aller voir ailleurs si le théâtre se portait mieux que chez lui. On voyage pendant ce dîner par procuration (pour le moment !) de Berlin, où il a posé ses premières valises, jusqu’au train Bruxelles-Gand aller-retour. À chaque fois, la question du chez-soi est posée. Plus il s’éloigne de la Corée, plus il en perd quelques codes, et en Europe, il est toujours perçu comme un étranger.
Ses anecdotes autour de la nourriture et de son odeur sont toutes délicieuses, sans mauvaise figure de style. Non, mais c’est vrai, imaginez ses 10 kilos de kimchi offerts par sa grand-mère adorée explosant sur son balcon berlinois, faisant penser aux voisins qu’un crime a été commis : c’est pas mal à mettre dans une pièce, ça, tout de même !
Comme à chaque fois, il convoque la K-pop, le kitsch et les gadgets connectés pour nous faire sourire quand ce serait un peu trop grave, comme une sale histoire de famine pendant une vague de froid, par exemple, entre autres.
Une nouvelle fois, ce spectacle nous permet de mieux comprendre l’histoire de la Corée sans être dans un axe documentaire. C’est joyeux et talentueux, à l’image de Jaha Koo.
Du 11 au 15 juillet, à 18H, durée 1H10
Visuel : © Bea Borgers