22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs
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Avignon OFF : RIP de Mathilde Bourbin, un memento vivere déjanté porté par des comédiens remarquables

par Alice Pilette
22.07.2026

Avec RIP, Mathilde Bourbin et Nathalie Bernas proposent une pièce aussi drôle qu’effarante, librement inspirée de La mort d’Ivan Illitch de Tolstoï.

 

La Foire aux vanités

Leur ami Ivan Illitch se meurt, leur ami Ivan Illitch est mort, mais la mort, ce n’est pas drôle, pas assez drôle pour qu’on reste longtemps à l’enterrement d’une veuve un peu trop férocement éplorée pour être honnête. Ils sont sept sur scène, Mathilde Bourbin, Nathalie Bernas, Brice Borg, Sophie Jarmouni, David Beauquis Maison, Alice Mesnil, Pierre-Emmanuel Parlato, tous membres du collectif Attention fragile, et ils incarnent brillamment les membres d’une bourgeoisie russe quelque peu atemporelle, aussi caricaturale que grotesque, qui n’a ni l’habitude ni l’envie de penser à la destination finale. Le texte de Mathilde Bourbin s’inspire très librement de La mort d’Ivan Illitch de Tolstoï. La scénographie très réussie repose  sur la présence de nombreux tableaux mouvants (au plateau et sur les murs) qui viennent souligner ce à quoi tient vraiment cette farandole de personnages assez ridicules  : un soupçon d’aisance financière et beaucoup de prestige social. Il n’y a guère que Piotr le sensible pour pleurer un peu sincèrement la mort de son ami Ivan, mais ses vraies larmes ne peuvent guère couler librement dans un monde tissé de vanités et de semblants…

Une mise en scène lacrymale au kitsch assumé

Beaucoup de pleurs, et (apparemment) peu de chagrins. Dans univers marqué par les jeux (de société, d’apparences et de petits pouvoirs), chacun a un rôle à assumer jusqu’à ce que la mort l’en délivre ; ainsi de la veuve Prascovia qui se décompose à la vue des cendres versées sur son beau tapis ou des aïeux d’Ivan qui, sages dans leur encadrement pictural, pensent encore à l’honneur de la famille. C’est là précisément que les failles apparaissent : à trop tenir son rôle, on oublie celui des autres, et aucune vérité n’est plus possible. Le kitsch tel qu’il est défini par Milan Kundera dans l’Art du roman est «  la traduction de la bêtise des idées reçues dans le langage de la beauté et de l’émotion » ; c’est aussi ce qui est à l’œuvre dans RIP, le décalage profond entre ce qui pourrait être beau et ce qu’on croit être beau, du mobilier exquis de la datchka dont on est fier de penser que le tout-venant ne possède pas le même, à la pleureuse lyrique engagée par Prascovia qu’on hésite à prendre pour l’enterrement, histoire de ne pas servir à une date trop rapprochée le même divertissement funéraire que les voisins… pourquoi Ivan ne peut-il pas mourir un an plus tard, cet obstiné ? Le kitsch, c’est aussi dans RIP la drôlerie de certains tableaux, en particulier le procès mémorable du caecum et du rein (flottant non flottant, telle est la question, on vous laissera trancher).

Ivan Illitch est mort, vive la mort !

Au-delà de la satire sociale et du grotesque, RIP nous invite à observer à la loupe nos comportements sociaux face à la mort : peur, déni, fantasmes. Ainsi de Fiodor, qui se souciant peu de la mort d’Ivan imagine pour la sienne une fête resplendissante qui revigorerait son égo pour l’éternité. Son épiphanie fantasmatique se clôt par une ouverture des portes du Paradis aussi drôle que glaçante… à l’inverse, Ivan Illitch, le vrai mourant, a peur de ce qu’il sent, peur de la mort qui vient. Il comprend au seuil de sa vie qu’il aurait pu mieux vivre : « frissonner en écoutant un concerto » et « sentir les cheveux de Prascovia ». Être sensible à la douceur et à la beauté, donc, lui qu’on aura surtout pu observer en magistrat imbu et en père de famille grotesque. Pour Piotr, plus sensible que les autres, ce memento mori le rappelle aussi à la vie et à son vrai désir, sur lequel il vaudrait mieux ne pas céder. C’est toujours bien de pouvoir s’en souvenir, et c’est aussi là le mérite existentiel de cette pièce qu’on vous recommande chaudement.

 

 

Notre dossier Festival d’Avignon

Artephile, 18h50

Durée 1h10

Tout public dès 10 ans

Du 04 au 24 juillet