Une conférence sérieuse sur les clowns
Une conférence sur les clowns qui définit l’art voilà qui peut surprendre. Le clown dont la représentation est lié à la distraction, au rire, au cirque n’est pas habituel sujet de recherche et encore moins de de conférence. C’est pourtant la commande qui a été faite à François Cervantes et auquel il a répondu en détournant légèrement la demande. Au lieu d’interroger seulement sa pratique, il s’est centré sur le personnage. Et notamment celui qu’il a créé lors du deuxième spectacle La Curiosité des anges de sa compagnie L’Entreprise : le clown Zig mais surtout le clown Arletti. .
Durant des années, la Compagnie L’Entreprise était représentée par son metteur en scène et sa principale comédienne Catherine Germain. Si les projets varient, ils ont ensemble créé six spectacles avec le clown Arletti. Comment habite-t-on un personnage ? La question peut être posée. Mais comment vit-on avec son personnage ? Voilà qui est un pan magnifique de cette conférence. Et comment son auteur vit-il l’existence de cet être fabriqué par ses soins ?
Catherine Germain est la présence physique d’Arletti et par sa bouche, sa voix sort le discours souvent politique de Cervantés. La voix est le lien entre les corps et la pensée. Dans une joie d’être au monde, Arletti n’est-elle pas le versant philosophique accessible du metteur en scène marseillais ? Sa candeur, son espièglerie, chacune de ses mimiques ne sert-elle pas d’amplificateur à son propos réunificateur, bienveillant?
« Nous racontons l’histoire d’un être intérieur »
Comment trouver son clown est l’accroche de nombre de stages de pratique théâtrale. Le propos ici est : réveiller notre être intérieur. Ce qui ouvre un champ des possibles. Et va chercher du côté de l’intériorité et du fondement des choses, touche à l’existentiel, à l’universel.
En partant soi-disant de cette pratique du clown, Cervantés nous plonge dans les affres de la création, il en dissèque toutes les facettes avec un plaisir radieux.
Il y a un moment sublime de bascule quand Arletti fait la voix de Catherine parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, ce n’est pas Catherine qui reprend sa voix mais Arletti qui imite sa créatrice. D’ailleurs qui est le créateur d’Arletti ?
Catherine qui l’incarne, lui donne vie et sa vie ?
Avec son grand imper, sa drôle de tête semblant coiffée d’une serpillère à bouclettes, son nez rouge, son oeil en interrogation permanente et son sourire désarmant, elle est une présence forte, indiscutable, une référence en termes de clown.
« Je découvrai une vie en moi »
Catherine Germain a trouvé en elle l’existence d’Arletti. « Je savais apprendre à dire des texte; j’allais devenir un clown de théâtre. » Elle suppose, mais est ce là encore Catherine Germain ou Cervantès qui parle, que le clown arrive en soi lorsque l’on est seul, pas complet. Le lieu de rencontre entre un être intérieur et les mots. Ce passage est rempli de l’émotion de la découverte, du rapprochement vers le coeur de la fabrication d’une figure théâtrale.
Arletti, malgré son éternelle jeunesse, a au moins un enfant, un enfant plus que légitime : le Boudu, le personnage culte de Bonaventure Gacon du cirque Trottola. Son personnage colle parfaitement à la définition que nous donne Cervantes des origines du clown. Un peu SDF, bandit, pas forcément sympathique.
Arletti est une espèce de représentante des clowns, une espèce malheureusement quasi en disparition dans cette forme théatrale, qui penche aussi du coté de Zouc. Donc un spécimen qui est en étude face à des experts qui cherchent un sens au monde. « Cette recherche incluait ma personne et mon personnage ».
Cette conférence est une mise en abyme pertinente et très intelligente sur la création. On en sort plus intelligent, plus ouvert, nourri de références multiples, touché par le personnage, pour ceux qui ne le connaissait pas, tellement heureux de ces retrouvailles pour qui suit Arletti, percuté par les mots de l’auteur, impacté par la réflexion commune sur la créativité.
Et on en sort heureux et coproducteur d’une œuvre d’art qui se crée jour après jour, celle de la vie d’un artiste.
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