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« Hunter » quand musique et basket jouent à contretemps

par Camille Zingraff
25.09.2026
Hunter4-1

À l’occasion du festival Musica de Strasbourg, le Maillon accueille Hunter, de Liesa Van der Aa. Entre concert, théâtre, et entraînement sportif détourné, l’œuvre transpose l’univers de Björk, et de son album Homogenic, sur un terrain de basket. Hunter emporte ainsi le public dans une expérience où le sonore et le visuel se répondent parfois, pour majoritairement dissoner et se perdre.

Entre concert et comédie musicale 

Au plateau, une reconstitution de terrain de basket. Ou presque. Demi-gradins, un seul panier, un demi terrain, des demi panneaux d’affichage. Au départ, le terrain est inoccupé, des bruits de ballons semblent lointains, et le peu de lumière montre une salle en attente. En attente de vie, de rebonds et d’entraînements. Puis dix personnes entrent en scène, vêtues de tenues larges, et d’immenses casquettes de baskets cachant leurs visages. Toutes sauf deux : l’entraîneuse, placée sur le terrain, et l’arbitre, derrière son pupitre. 

 

Le dispositif scénique et les costumes intriguent immédiatement et semblent promettre dynamisme et mouvements. Pourtant, ce sont les voix qui investissent d’abord l’espace : l’ensemble B O D I E S bouscule par son entrée vocale, à visage recouvert, enchantant alors la salle de ses notes a cappella. 

 

Rapidement, l’incompréhension, le rire et les doutes s’installent dans le public : l’arbitre se transforme en cheffe d’orchestre et les joueuses en choeur a cappella. Les injonctions de la coach, les réponses du groupe et les premières boucles vocales installent une mécanique répétitive qui évoque autant l’entraînement sportif que la répétition musicale. Peu à peu, on comprend que le mouvement promis par l’identité visuelle d’Hunter ne sera pas celui attendu. 

 

 

Quand le corps reste en attente

Les corps se déplacent doucement, se répondent, et parfois se séparent, pour se faire face, avant de se retrouver et de faire corps, de faire choeur. La chorégraphie vocale quant à elle est accompagnée de mouvements miroirs lors des répétitions provoquées par exemple par les mots « ball », « support », « hello tiger ». La plupart du temps les mouvements sont répétitions, postures et gestes brefs, tandis que les quelques moments où le mouvement occupe davantage l’espace et entraîne un choeur en corps collectif sont rapidement avortés.

 

Cette retenue contraste avec l’émulation vocale du groupe, les sonorités puisantes qui affleurent avec le gospel, et quelques dynamiques vocales semblant promettre des airs de comédies musicales. En effet, si les corps ne se meuvent pas, les voix elles, ne cessent de rebondir, de dribbler pour répéter et s’élever. Le choeur fonctionne comme une équipe et incarne cette réflexion sur le dépassement de soi, du culte de la performance et questionne cet espace de « safe space » créé par les ensembles. Ainsi, l’entraînement vocal rejoint directement l’imaginaire sportif : il faut tenir le rythme, répéter, synchroniser les corps et les voix, répondre au signal.

 

Dès lors, l’univers sportif crée ainsi des attentes qui donnent constamment envie de voir les corps aller plus loin, mimer ce que les voix disent, ce que ce questionnement du dépassement de soi implique. La frustration vient alors moins de l’absence totale de danse que de cette attente jamais complètement satisfaite. Le spectacle semble créer plusieurs ouvertures vers le mouvement sans véritablement les franchir.

 

 

Une performance entre jeu, exigence et frustration

Présentée dans le cadre du festival Musica, un festival strasbourgeois historique consacré aux formes contemporaines et aux nouvelles écritures musicales, Hunter s’inscrit naturellement dans cette programmation qui met en lumières des espaces musicaux dialoguant avec d’autres disciplines, bousculant les prérequis et les attentes de la musique. La pièce, créée en 2025 par Liesa Van der Aa, est présentée ici en création française, se situe justement à la frontière du concert, de la performance scénique et du théâtre. 

 

Ainsi, si le gospel et la comédie musicale affleurent parfois, Hunter ne s’y installe jamais complètement. De plus, les sous-titres du texte anglais sont épisodiques et ne permettent pas une retranscription et une compréhension complète pour un public et une performance française. 

 

La proposition artistique est définitivement intéressante et intrigante, cependant, celle-ci demeure tout de même hermétique au plus grand nombre et semble pouvoir s’approfondir par une recherche plus grande du mouvement et de la performance scénique, déjà grandement supportée par une scénographie à l’identité visuelle forte et travaillée.

visuel : © Peter van Heesen