Dans cette nouvelle production de l’Opéra de Dijon, en coproduction avec l’Opéra national du Rhin, mise en scène par Mirabelle Ordinaire, la version rossinienne en mode « Cinderella realness » du conte de Perrault se joue dans un décor unique qui se transforme au gré d’un double escalier mobile, en guise de jeux de miroirs. Un parti pris intéressant qui permet de garder la dynamique de ce bel canto au rythme endiablé. Si la mise en scène favorise donc le plateau avec une fantaisie et une esthétique rappelant le Palace de Jean-Michel Ribes, elle offre une profusion de propositions qui conduit parfois à la confusion sans le lustre de ce monument télévisuel. Cette cendrillon dijonnaise réjouit sans pour autant laisser un souvenir inoubliable particulièrement du point de vue vocal.
La Cenerentola, une Cendrillon sans magie mais pleine de bons sentiments
La Cenerentola est un opéra bouffe de Gioacchino Rossini, créé à Noël 1816 dans un temps record et présenté en janvier 1817 pour la saison du carnaval au Teatro Vallee de Rome après la censure d’une première proposition. Inspiré du conte de Perrault de 1697, la Cenerentola est une version plus sociale de Cendrillon, où la marâtre, la magie, les citrouilles, et la pantoufle de vair sont abandonnés au profit de plus de réalisme.
Sans remettre Perrault au cœur de ce bel canto, Philippine Ordinaire dissémine dès l’ouverture de nombreux marqueurs du conte, absent du livret de Jacopo Ferretti comme les citrouilles en vue du dîner, une chaussure perdue, et des baguettes magiques lumineuses. Mais ce n’est pas l’univers de Perrault qui saute aux yeux, mais plus l’esthétique du mythe des années 80 : Palace. Un grand escalier, un balcon, des grooms, des danseurs qui s’affairent dans tous les sens… nous sommes plongés dans le jeu de faux semblants de qu’est la Cenerentola.
Remettons dans le contexte : Angelina, la Cenerentola, depuis longtemps privée de père est désormais orpheline de mère et est la servante de sa propre maison où son beau-père Don Magnfico s’est installé avec ses deux filles, Tisbe et Clorinda. Ce dernier, ruiné, compte sur le grand bal qui sera donné par Don Ramiro, prince de Salerne, pour marier l’un d’elles. Conseillé par son précepteur Alidoro, Don Ramiro se présente sous les traits de son valet Dandini. Préchant le faux pour savoir le vrai, il espère ainsi découvrir les vrais sentiments de ses prétendantes en vue d’un mariage d’amour et non de raison. Dans cette inversion des rôles, le prince se rapproche d’Angelina. Réussisant à aller au bal, l’amour nait entre les deux jeunes amants, un amour impossible du fait de la condition d’Angelica. Lorsque la féérie du bal aura disparu, elle ne sera plus celle qu’elle prétendait être, et seul le lustre de son bracelet d’argent demeurera. Le lendemain du bal, alors que le carrosse du prince est accidenté en plein orage aux abords de la demeure de Don Magnifico, la supercherie est mise à mal, le valet redevient valet et le prince reprend sa place, reconnaissant Angelica. Le mariage est demandé, le pardon est accordé, et tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Un palace un peu terne et parfois confus
Transposer ce drame joyeux (dramma giocoso) dans l’imaginaire burlesque indémodable de cette émission mythique est une grande idée. Mais la réalisation pêche par un manque de radicalité. Les costumes de Violaine Thel et les décors de Philippine Ordinaire, la sœur de la metteuse en scène, semblent ternes. D’autant que les voix, mises à rude épreuve dans ce genre opératique, ont du mal à redonner de la couleur à l’ensemble. Marine Chagnon, la mezzo-soprano dijonnaise qui prend pour la première fois ce rôle-titre fait preuve d’une belle agilité, et son beau-père, la basse Vincenzo Taormina lui tient la dragée haute. Le reste du plateau est plus souvent dépassé par l’orchestre Dijon Bourgogne tenu d’une main agile par la cheffe d’orchestre Nil Venditti, habituée à ce répertoire. Lors du deuxième acte, l’équilibre entre la fosse et le plateau semble se trouver, permettant aux spectateurices de plus facilement se laisser envahir, sans être submergé·es, d’amour et de beaux sentiments.

En effet, il ne faut pas perdre de vue les sentiments au cœur de l’histoire et le cheminement amoureux labyrinthique des protagonistes, représenté par un double escalier mobile, créé dans des ateliers locaux. S’il est un atout majeur car il permet de changer le lieu de l’action sans changer de décor, il devient également un point d’achoppement. À bouger sans cesse, il fait tourner la tête plus que l’amour ne la fait perdre.
Un palace accessible dont il ne faut pas se priver
Si l’ensemble n’est pas un 5 étoiles, il n’en reste pas moins un spectacle de bonne facture qui offre une réjouissante approche de ce monument rossinien. La réaction du public pour cette deuxième représentation en est la meilleure preuve. Et dans cet écrin qu’est l’OD à des tarifs aussi accessibles, il serait dommage de se priver de ce luxe. Et ça c’est palace !
Opéra de Dijon – Auditorium
Représentations les 8 et 10 novembre
Le 8 novembre à 15h
Soirée étudiante : le 10 novembre à 20h – Tarif : 5,50 € → 1 place, 1 verre & 1 rencontre.
Durée : 3 h avec entracte
Billetterie : https://billetterie.opera-dijon.fr/
Opéra de Dijon – Auditorium
Représentations les 8 et 10 novembre
Durée : 3 h avec entracte
Le 8 novembre à 15h
Soirée étudiante : le 10 novembre à 20h – Tarif : 5,50 € → 1 place, 1 verre & 1 rencontre.
Billetterie : https://billetterie.opera-dijon.fr/
Photos : © Agathe Poupeney