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« SāHO » : la danse hagarde de Nivine Kallas contre l’enfermement des filles

par Amélie Blaustein-Niddam
28.06.2026

Dans son grand souci de fidélité, Marie Didier suit les artistes dans leurs trajectoires. Nivine Kallas présente son nouveau solo, SāHO, en première mondiale. Une incarnation puissante et excessivement bien dansée sur la manière dont les hommes assignent encore les femmes à la vie domestique, ici comme ailleurs.

Vider le regard

En 2024, nous découvrions cette danseuse et performeuse libanaise. FaLS posait une seule question : comment danser l’écriture de la danse ? SaHO se tient sur le même format : elle, seule, pendant quarante minutes, pour interroger cette fois l’éducation des filles qui mène, sauf grande déconstruction, à une vie réduite aux quatre murs d’une maison étouffante.

Pendant l’entrée du public, elle est assise sur une chaise d’école, le regard vide et les cheveux tressés serrés. Le son est très présent. La partition de Youssef Hobeich mêle percussions orientales traditionnelles et influences contemporaines. Elle bouge à peine avant de se lever d’un coup, dans un mouvement de stupeur et de tremblement. Les yeux toujours tournés vers elle-même, elle active le bassin dans le pur code de la danse traditionnelle libanaise. Elle y ajoute des vibrations dont la vitesse nous scotche immédiatement.

Une enfance sous surveillance

Le programme de salle nous raconte que cette pièce est un portrait d’elle enfant, dans sa vie réduite à sa chambre. Mais, à la regarder, les choses vont tellement plus loin. Elle danse, peut-être malgré elle, les femmes afghanes qui n’ont même plus le droit d’approcher les fenêtres. Elle danse, le poing sur la gorge, les femmes iraniennes qui meurent pour avoir porté les cheveux libres. Elle danse aussi pour nous toutes, pour toutes les fois où nos désirs de liberté ont été brisés par un index qui fait non.

Le corps comme prison

Elle pose ses mains sur son visage en signant la peine, la contrainte et les échappatoires possibles derrière une porte dont la clé aurait été jetée. Elle représente, à l’aide d’un gaffer rouge si facile à enlever, ces fenêtres et ces maisons. Elle danse aussi les portes de sortie imaginaires, le livre par exemple, qui donne lieu à quelques phrases au sol, entre l’agonie et l’étouffement. En équilibre sur une épaule et une jambe, l’image est presque break.

Danser pour toutes

SaHO nous permet d’aller plus loin dans la rencontre avec cette interprète qui vibre et active ses mémoires du corps pour en faire un acte universel. En partant de son histoire, Nivine Kallas ne raconte finalement jamais seulement la sienne, mais celle des environnement carceraux des filles.

Le festival de Marseille se poursuit jusqu’au 8 juillet.

Programme et informations

Visuel : ©Vanessa Daou