C’est le rendez-vous chorégraphique le plus attendu à Avignon. Quelque part entre le In et le Off, à La Parenthèse, le Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France démontre, en trois temps, avec Os (étape de travail) de Youness Aboulakoul, La Breva de Dafne Bianchi et Gounouj in situ de Léo Lérus, que la danse se conjugue au temps de la diversité.
Avant que le programme ne commence, la directrice, militante et résistante, Emmanuelle Jouan prend la parole, comme chaque année, encore pire que la précédente, pour alerter sur cette incongruité : alors que le budget de la culture représente 0,7 % du budget total de l’État, les coupes criminelles dans les lieux, les compagnies et les festivals sont incompréhensibles. Elle appelle le public à rejoindre l’appel à manifester le 13 juillet à 18 heures devant le Palais des Papes et à signer la pétition du Syndeac qui exige le retour à 1 %.
Ensuite, les artistes, toustes associé.e.s ou anciennement associé.e.s au centre dédié au développement de la danse, sous les 40 degrés du jour, ont présenté leurs pièces, ou extraits de pièces. Car c’est cela, l’essence de la Belle Scène : montrer la danse au travail. Pour le programme A, qui court jusqu’au 12 juillet inclus, il s’agit d’une étape de Os de Youness Aboulakoul. Cela veut dire que le chorégraphe est en cours de création, suivi d’un spectacle entier, La Breva, puis d’un extrait d’une pièce existante : Gounouj in situ.
Os est en réalité un portrait dansé de Pep Garrigues, qu’on a pu voir chez Rizzo dans Miramar, entre autres. Cet immense danseur, bien formé chez P.A.R.T.S. et chez Mathilde Monnier, a une élégance folle. Il arrive sur scène, tout de noir vêtu, en pantalon large et chemise. Son premier geste est de coller les dos de ses mains. Cela fait entrer les épaules dans leur rotation, puis le mouvement va naître, long et lent, beau surtout vers un déploiement des coudes, ce qui entraîne l’ensemble des bras qui cachent volontiers les yeux. Un excès de pudeur ou bien une volonté de se concentrer en se retirant du regard des autres ? Au fil de l’écriture, c’est tout le corps qui trouve ses courbes jusqu’à atteindre un apaisement mérité. Un travail très prometteur.
Changement d’ambiance, même si les mains ont aussi un grand rôle à jouer dans cette partition pour deux sœurs, Dafne Bianchi et Anaïs Mauri. Tout commence par un grand brouhaha en italien. Ça gesticule et parle fort, mais surtout, ça sert le café, pour de vrai, au public à 10 h 30 du matin (autant dire les aurores à Avignon) ! Puis vient la danse, dans une alliance parfaite entre le hip-hop de Dafne et le krump d’Anaïs. Elles dansent en dialogue, c’est le cas de le dire. Les mots sont remplacés par les nuques qui se penchent en arrière et les dos qui suivent, par des pas de deux adorables allant jusqu’à une séquence de valse. La pièce, bien ficelée, vous entraîne en 30 minutes dans leur village natal de Bellagio. Ici, on se prend dans les bras, même si parfois, le vague à l’âme aidant, on se recueille seule à la fenêtre, avec forcément, dans la main, un café.
Encore un changement de style pour ce programme très bien ficelé avec, osons le mot, la star Léo Lérus, collaborateur de Sharon Eyal, rien que ça. Pour cet extrait, il nous entraîne sur sa terre de naissance, la Guadeloupe, et propose à son quatuor de devenir des paons et des aigles majestueux. L’écriture vient puiser des pointes dans le classique et des grandes secondes dans le contemporain. Les danseurs et danseuses sont éblouissants dans les non-limites de leurs corps. Arnaud Bacharach, Robert Cornejo, Johana Malédon et Andréa Moufounda subjuguent par leur agilité profonde.
Ce premier programme court jusqu’au 12 juillet. Le second commencera, lui, le 13, jusqu’au 17, à 10 h toujours. À noter également le programme 3, qui, lui, se tiendra l’après-midi à 18 h, également du 11 au 13.
PROGRAMME DANSE #1 – 8 AU 12 JUILLET À 10H
Durée du programme : 1h30
Le programme danse #1 est constitué des spectacles suivants :
> Os (étape de travail) – Youness Aboulakoul, Compagnie Ayoun
> La Breva – Dafne Bianchi, Compagnie Néphélé
> Gounouj in situ – Léo Lérus, Compagnie Zimarèl, Guadeloupe
À La Parenthèse, 18 rue et place des Études, à Avignon
Visuel ©Laurent Philippe