En octobre, à Paris, l’artiste québécois VioleTT Pi s’est produit à deux reprises : au Hasard Ludique, invité par le collectif Les Insinueuses, puis à l’Élysée Montmartre en première partie d’Angine de Poitrine. Dans les deux cas, le clown gothique a défendu son nouvel album, Mythologie de la dérape, et nous a désarçonné·es par son étrangeté et son inventivité créative.
Avant de monter sur la scène de l’Élysée Montmartre en première partie d’Angine de Poitrine (reconnaissable à son costume à pois), VioleTT Pi s’est produit au Hasard Ludique. Le collectif Les Insinueuses l’y a invité pour une soirée entre poésie et concert, dans l’univers artistique québécois.
Sur cette petite scène intimiste, le public est au plus près des artistes. Avant le concert de VioleTT Pi, l’artiste pluridisciplinaire Nana Quinn a réuni le public autour de ses écrits, avant de laisser place au groupe d’Alphonse Bisaillon, une parfaite transition avec l’énergie de VioleTT Pi.
Il arrive tout de blanc vêtu, avec le maquillage qu’on lui connaît bien : des flammes bleues envahissent son visage. Derrière ce personnage se cache Karl Gagnon, qui défend sur scène son nouvel album, Mythologie de la dérape, dans lequel il parle volontiers de « dérape créative ». Un imaginaire bien à lui, où les énergies varient beaucoup. On y retrouve du punk, de la douceur, de la violence et de la poésie, et aucune frontière ne tient. Difficile à croire, étonnant à voir !
Mythologie de la dérape est son quatrième album. Avant cela, il a sorti son album eV en 2013 avec notamment le morceau Marie Curie qui l’a fait connaître ; une chanson d’amour détournée par l’imagerie de la radioactivité.
Puis en 2023, il a sorti l’album Baloney suicide qui parle d’illusion et qui romantise la mort.
L’étiquette « alternatif » ne suffit pas pour décrire l’univers de cet artiste, accompagné par un groupe talentueux de musiciens. Les morceaux sont tous très différents et tout y est irrégulier, avec des rythmiques surprenantes, mais pas moins envoûtantes. On ne sait jamais où le morceau suivant va nous mener, mais on sait que, quoi qu’il en soit, il nous fera danser. Danser à la manière de son univers, sans entrave des corps, en dérapant. C’est une musique qui se ressent, que les corps suivent, bien qu’elle soit très difficile à suivre.
Dans les contrastes de son dernier album, on peut mentionner Plaster, qui surprend par sa légèreté alors que le morceau parle notamment de solitude. Dans Produit dérivé, on devine une voix de bébé en plein rock alternatif. Un décalage assumé, qui désarme. Tous les morceaux, sans exception, étonnent et inspirent.
Avec Mythologie de la dérape, VioleTT Pi invite à se laisser le droit de perdre le contrôle. Sur scène comme sur disque, il le fait avec sincérité. Il nous emmène dans son rire, dans sa gorge nouée, dans sa colère et sa folie.
Une belle image acharnée et déjantée de la musique émergente québécoise ! À découvrir (en concert surtout !).