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Angine de Poitrine nous a mis KO à l’Elysée Montmartre

par Yves Braka
24.10.2026
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Le public qui a rempli la salle de Marcel Cerdan les 21 et 22 octobre n’a pas été déçu. La prestation d’Angine de Poitrine a été à la hauteur de ses attentes. Mais elle soulève une question légitime : le duo est-il déjà enfermé dans sa formule, ou se trouve-t-il à un moment où sa réussite rend cet enfermement possible ? Sans prétendre y répondre d’emblée, nous allons, après avoir rendu compte du concert, tenter d’en analyser les rouages.

Sur le même sujet : Les concerts à ne pas manquer : Angine de Poitrine les 21 & 22 octobre à L’Élysée Montmartre

Dada et pogo

 

Fidèles à leur rigueur, les deux acolytes entrent sur scène exactement à 21 heures, vêtus de leurs déguisements, désormais devenus leur marque de fabrique. Dès leur apparition, le public exulte et les salue en joignant les mains pour former un triangle, omniprésent dans la symbolique du groupe.

 

Compte tenu de la notoriété acquise si rapidement par le groupe, la production aurait largement pu choisir une salle plus grande. Le prix des places, passé de 35 € à 185 € sur les sites de revente, témoigne lui aussi de l’engouement suscité par Khn et Klek.

 

La scénographie est plutôt dépouillée : deux draps, l’un noir à pois blancs, l’autre blanc à pois noirs, tapissent le fond de la scène. Ils sont surmontés de deux triangles lumineux au néon, tandis que le jeu de lumières reste relativement sobre. Mais c’est bien le centre de la scène qui attire l’attention.

 

Le concert démarre sur les chapeaux de roue avec « Angor », l’autre qualificatif pour une angine de poitrine. La qualité des deux musiciens s’impose immédiatement. À la batterie, Klek allie puissance et finesse, avec un sens époustouflant des changements de rythme.


Mais c’est Khn qui attire tous les regards avec sa guitare-basse microtonale à double manche, fabriquée sur mesure par Godin. Pieds nus, il mobilise sa dextérité pour piloter son looper Boss RC-600 Loop Station. Au cœur de son dispositif, celui-ci lui permet d’enregistrer une phrase de guitare ou de basse, de la répéter en boucle, puis de jouer et d’enregistrer une nouvelle couche par-dessus. Il construit ainsi en direct l’architecture polyphonique du morceau, sans recourir à des pistes préenregistrées, grâce à six pistes stéréo indépendantes. Il faut souligner que c’est Khn qui décide quoi enregistrer, à quel moment et comment articuler les différentes couches, le tout en direct. De la virtuosité à l’état pur !

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Entre les morceaux, pour le plus grand plaisir des spectateurs, les deux artistes communiquent dans leur langage performatif, conçu autant pour produire un effet comique que pour entretenir leur fiction extraterrestre. Ils ponctuent ces échanges de gestes dignes des prêtres de l’album de Tintin « Le Temple du Soleil » et de clignotements de diodes sur leurs crânes-chapeaux.

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Les morceaux s’enchaînent parfois sans transition et rendent le public presque hystérique, déclenchant des pogos et des scènes de crowd surfing. Cette participation transforme le concert en une expérience autant sociale que musicale, portée par une ambiance sonore qui évoque les derviches tourneurs. On n’est pas loin des meilleurs moments de Megadeth.

 

N’attendez pas de morceau lent ou planant : ce n’est pas le style de la maison. Tout repose sur le rythme imposé par Klek et sur la dextérité de Khn, digne des plus grands (on pense à Alvin Lee ou à Jimmy Page), qui parcourt les deux manches de sa guitare plus vite que son ombre.

 

Le set, qui passe de « Yor Zarad » à « Fabienk », en passant par « Tamebsz », « Mata Zyklek » ou « Ababa Hotel », fait la part belle à Vol. II.


Le final, avec « Sherpa », est à la hauteur du reste du concert. L’Élysée Montmartre n’a pas explosé, mais on n’en était pas loin.

Regrettons seulement la petite heure de la prestation, mais quand on aime, on ne compte pas.

 

Vol.I, Vol.II … Et après !

 

La prestation de Khn et Klek montre qu’ils sont capables de reproduire sur scène les morceaux de leurs deux albums, témoignant ainsi de leur virtuosité et de leur maîtrise de l’électronique.

 

On peut cependant regretter la place très limitée laissée à l’improvisation. Est-ce un choix de leur part ?

 

« On improvise et on fait plein de trucs sans intérêt, puis il y a une petite étincelle. Pour beaucoup de morceaux du deuxième album, j’ai trouvé un riff qui avait quelque chose, et ensuite on construit à partir de là. » traduction de Khn à Ben Beaumont-Thomas pour le Guardian, 8 mai 2026.

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L’improvisation intervient dans la recherche des matériaux, des motifs et des relations rythmiques. La composition sélectionne, organise et les stabilise. L’exécution restitue ensuite une architecture déterminée, même si le geste instrumental conserve toute son exigence physique. La démarche se rapproche ici du néoclassique, tout en restant ancrée dans le rock.

 

Cette exigence de reproduction est renforcée par les contraintes propres au looper. Outil de création et instrument à part entière, il impose aussi des limites aux arrangements et à la structure des morceaux, comme le reconnaît Khn. Il contribue ainsi peut-être à expliquer la place réduite laissée à l’improvisation sur scène.

 

« Notre concept musical repose entièrement sur lui (le looper), au point qu’il devient un instrument à part entière. C’est un outil exigeant à maîtriser, ce qui me plaît. Mais il impose des limitations très importantes, non seulement en matière d’arrangements, mais aussi dans la structure des morceaux. C’est un défi intéressant. […] Si nous avions une liberté totale, je ne pense pas que nous aurions choisi une approche aussi répétitive. »traduction de Khn à Amit Sharma, Guitar World, 7 septembre 2026.

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Ne concluons pas qu’Angine de Poitrine est déjà enfermé dans sa formule. Le groupe se trouve toutefois à un moment où sa réussite rend cet enfermement possible. Que devient une rupture lorsqu’elle cesse de surprendre ?

 

Une chose est certaine : Khn et Klek ont posé les bases d’un univers singulier. Reste à voir jusqu’où ils sauront le pousser.

 

Dada or not Dada ?

 

Cette réflexion dépasse le domaine musical pour s’étendre à la scénographie dadaïste, qui a permis au groupe de conquérir son public et les réseaux sociaux grâce à une identité visuelle très marquée. Les déguisements, les pois, les gestes, la langue, le logo… forment désormais un système de signes cohérent, qui permet de reconnaître immédiatement Angine de Poitrine.

 

La file d’attente devant la boutique du concert, où les spectateurs venaient acheter des goodies, en témoigne. Leur vente révèle peut-être que l’univers visuel du groupe est désormais assez stable pour être consommé indépendamment de l’expérience musicale dont il est issu. Le risque n’est donc pas que la rupture soit commercialisée, mais que ses signes finissent par se substituer à la nécessité de la renouveler.

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Alors, le groupe choisira-t-il de perfectionner la formule, de développer le spectacle, de réintroduire l’imprévisible, de remettre en cause sa propre identité ou un peu de tout cela ? La prochaine étape risque d’être difficile à franchir.

 

« Je ne peux pas dire que nous prenons les choses à la légère et que nous faisons simplement cela pour nous amuser, car quand on ressent un tel engouement, les gens ont des attentes et il faut leur donner le meilleur.

 

Je ne peux pas dire non plus que je n’ai jamais douté, que je ne me suis jamais demandé : que puis-je faire pour devenir un meilleur musicien ? Mais ce à quoi je reviens, c’est que les gens sont tombés amoureux du caractère brut et de la simplicité de notre musique. »

 

Khn à Laura Snapes, The Guardian, 8 mai 2026.

 

D’où notre impatience de voir et d’entendre la suite.

« Kla kla ouh kla ouh

Kla kla kla klo klo

Kla kla kla klo klo »
Paroles à méditer de « Sahardnieh » transcrites par Lingoblog

Photos : YB

Remerciements chaleureux : Lucie Marmiesse

Concert : Angine de Poitrine sera présent le 5 juin 2027 au festival « We Love Green » à Vincennes. Précipitez-vous.

Albums :

  • I (2024)
  • II (2026)