Chanteur et leader de FFF, qui se produira à l’Olympia ce 11 novembre 2026, Marco Prince est un musicien-compositeur pour qui tout commence par un battement de cœur.
© Julia Palombe
La vie ne consiste peut-être pas tant à se trouver qu’à se créer. Cette idée résonne particulièrement avec la fascination de Marco Prince pour la neuroplasticité : cette capacité du cerveau à se remodeler, comme une œuvre vivante, au fil des expériences, de l’apprentissage et des gestes répétés. L’artiste y voit une promesse d’espoir: rien n’est totalement figé. On peut déplacer une habitude, modifier légèrement son regard, apprendre à faire une place à l’inconnu.
« Le rythme est la clé de tout », dit-il. Celui avec lequel on entre dans une relation, celui des mots, du cœur, du sang qui pulse dans nos veines. Chez Marco Prince, il n’est jamais seulement musical. Il est une manière d’habiter le présent, de rester attentif au monde et de se recréer sans cesse. De l’enfant qui grandit à Paris et part retrouver sa grand-mère à Goué, au jeune homme qui se met au piano à 22 ans, des platines du Palace à la déflagration collective de FFF, son parcours se raconte comme une pulsation : avec ses reprises, ses silences, ses accélérations et ses métamorphoses.

Né à Paris, d’un père marin et d’une mère infirmière, Marco Prince grandit dans un foyer où l’amour coule à flot. Le confort, c’est une autre histoire ! « Je me réveillais tout le temps par terre avec un cousin dans mon lit ! » se souvient-il avec tendresse. Toute son enfance, ses parents travaillent du matin au soir pour élever leurs trois enfants. « Je les ai vus travailler comme j’espère ne plus jamais voir quelqu’un travailler », dit-il. Très tôt, il se fait une promesse : « Tout sauf ça ! » La machine est en route.
À Goué, à la frontière du Togo et du Bénin, l’électricité n’est pas encore arrivée. Marco n’a pas dix ans et le contraste avec Paris le saisit. Pour le divertir, son oncle l’emmène en pirogue faire le marché. Marco observe alors des femmes rieuses, espiègles, lançant à son oncle des allusions charnelles. « J’ai découvert une parole sans complexe sur le sexe et j’ai trouvé ça génial, totalement dédramatisant. » Un souvenir qui éclaire sa manière d’accueillir le vivant : sans détour, avec curiosité et une attention instinctive au corps.
Chez Marco Prince, le corps ne se pense jamais loin du rythme. Celui du cœur, du sang, des mots, des relations, et puis, de toute la musique. À 22 ans, il commence le piano. Il y entre avec l’appétit de celui qui sait que rien n’est jamais définitivement joué. « S’astreindre au métronome, c’est la plus belle chose que tu peux faire à ton cerveau ! », lance-t-il.
Pour lui, la répétition n’a rien d’une contrainte stérile : elle forme l’oreille, aiguise l’attention et, surtout, ouvre de nouveaux chemins. C’est là que sa fascination pour la neuroplasticité trouve un écho très concret. À force de reprendre un geste, d’écouter, de chercher la justesse, le cerveau apprend et se transforme. La discipline, chez lui, n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est peut-être même la condition.
Dans les années Palace, Marco Prince est DJ. Il y découvre la richesse des rencontres nocturnes, d’une culture où l’humour, le flirt et la conversation tiennent le haut du pavé. Derrière les platines, il apprend à se mettre à l’écoute: sentir l’énergie d’une salle, trouver le morceau qui relance les corps, oser une rupture. Le rythme n’est plus seulement intérieur, il devient une affaire collective.
Avec FFF, le rythme change d’échelle et évolue vers celui du groupe, de la performance scénique et du public rassemblé. « FFF, c’est un acte vivant, physique, très important pour le groupe ! « Le concert réussi, c’est quand le public se transforme », dit-il. Faire danser, faire vibrer, mais aussi déplacer quelque chose chez ceux qui écoutent. La musique, chez Marco Prince, ne se contente jamais d’être entendue.

Cette attention particulière au mouvement se prolonge lorsqu’il compose pour le cinéma. Face à un film, Marco s’en imprègne d’abord, dictaphone à la main. Puis il coupe le son pour se mettre à l’écoute du rythme propre des images. « L’ADN du film est souvent caché dans les images quelque part » glisse-t-il. Composer, dit-il, c’est accepter de se laisser traverser : poser le téléphone, ne pas chercher à tout comprendre tout de suite, se rendre disponible à ce qui vient.
Ce qui le met aujourd’hui en mouvement, c’est aussi la nouvelle génération. Très optimiste sur la Gen Z, Marco observe les jeunes avec tendresse et curiosité. « Aujourd’hui, ils me surprennent car ils ne s’installent pas dans ce que l’on croyait savoir d’eux. » À ses enfants, il répète l’importance de la lecture et de la culture : « Remplissez vos têtes de culture, allez au musée, même si vous ne comprenez pas, votre cerveau se transforme moléculairement. »
Chez lui, la transformation naît autant de l’effervescence d’une scène que de légers déplacements de curseurs intérieurs : une attention nouvelle à son voisinage, un geste tendre, un regard neuf. Le goût de rester ouvert à ce qui vient est son antidote à l’engourdissement ambiant. La promesse d’un jour nouveau. Et surtout d’une nuit.
Le 11 novembre, à l’Olympia, Marco Prince ne viendra pas seulement jouer des morceaux. Il viendra mettre les corps en mouvement, et peut-être, comme il le souhaite avec FFF, laisser le public ressortir un peu transformé.
Visuel : © Thais Paris – 2026