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« Magische Töne », le voyage au cœur de l’opérette hongroise de Jonas Kaufmann

par Helene Adam
14.04.2026

Le nouvel album de Jonas Kaufmann chez Sony Classical explore le répertoire de l’opérette d’origine hongroise de ces compositeurs qui firent le bonheur des mélomanes à travers plusieurs décennies et tout particulièrement dans l’entre-deux-guerres. Un genre oublié dans nos contrées, que l’on découvre ou redécouvre avec plaisir au travers d’un choix judicieux, éclairé et magnifiquement interprété, en solo ou en duo avec la jeune et éblouissante soprano Nikola Hillebrand.

Gloire à l’opérette

Jonas Kaufmann a débuté comme ténor léger allemand, dans diverses troupes, où il chantait aussi bien tout le répertoire mozartien que l’opérette allemande, viennoise ou austro-hongroise. Formé à ce foisonnement musical dans un monde germanophone où le genre a gardé ses lettres de noblesse, Kaufmann a déjà illustré par deux fois, sa bonne connaissance de l’opérette. Il s’était livré à de multiples recherches, à l’occasion de son premier album qu’il avait conçu comme un hommage à une période en or, précédant l’horreur absolue, celle du Berlin des années 20-30.

Ce fut ensuite avec « Mein Wien » une course dansante et excitante à travers ces « evergreens » que sont les mélodies des opérettes autrichiennes qui restent parmis les plus célèbres de ce répertoire. Il invitait déjà les compositeur Kálmán, Lehár, et Ábrahám, tous trois d’origine hongroise et avec ce nouvel opus, il renvoie plus spécifiquement à l’ensemble des sources hongroises de l’opérette, et on le verra, pour les deux derniers titres, de l’opéra lui-même.

L’opérette n’est pas forcément légère ni heureuse loin de là. Elle peut se terminer tragiquement et raconte généralement une histoire d’amour contrariée, romantique, entre deux êtres pour qui l’harmonie finale sera difficile (voire impossible) à trouver du fait de leurs différences sociales, culturelles, religieuses ou d’une somme de malentendus et de quiproquos. Enfin, l’opérette aime voyager et ses histoires, souvent rocambolesques, parfois inspirées par la grande Histoire, nous conduisent partout dans le monde, du Japon à l’Argentine, de la Chine à Hawaï, sans oublier de fréquents séjours dans l’Europe des années 30, de Budapest bien sûr, à San Remo, en passant par Berlin, Vienne ou Venise. Et quelques-unes de ces très nombreuses opérettes ont donné lieu par la suite à un ou des adaptations cinématographiques.

Elles témoignent des illusions de cette période où l’on aimait tant s’amuser et découvrir les artistes et les musiques nouvelles tout en restant attaché à rendre hommage à de nombreuses traditions populaires, souvent issues de cette culture juive à la fois ancrée dans son « yiddishland » et profondément universaliste et cosmopolite.

Un trésor de belles réalisations que Kaufmann met régulièrement en lumière, se concentrant pour ce troisième album sur la Hongrie qui vient juste -coïncidence- de se débarrasser de son dirigeant réactionnaire et raciste, Orban.

L’album a été enregistré à Budapest avec l’Orchestre de l’Opéra d’État hongrois sous la direction de l’impressionnant Dirk Kaftan et ce choix constitue en tant que tel, le plus bel hommage à la culture hongroise. Soulignons immédiatement qu’au-delà de la beauté lyrique de cet album admirablement ciselé, l’orchestre sonne magnifiquement sachant accompagner ces airs légers ou graves, dans des styles parfois surprenants et finalement assez peu uniformes mais toujours envoûtants. L’on pénètre vraiment dans ce monde du passé qui garde ses mystères et sa beauté.

Imre Kálmán l’un des rois de l’opérette

Imre Kálmán a vu son prénom germanisé en « Emerich » mais nous lui rendrons ses origines hongroises à l’instar des choix que fait à juste titre Jonas Kaufmann dans la transcription littérale de son hommage à la Hongrie.

Les trois premiers titres de ce magnifique album sont extraits de l’une des opérettes les plus célèbres de Kálmán, Gräfin Mariza (Comtesse Maritsa – 1924). Le premier air nostalgique et follement romantique, « Komm Zigány» (Viens, Tzigane) est un solo où le refrain comme une valse lente, revient telle une ritournelle obsédante. Kaufmann fait un sort à chacune de ces élégantes phrases musicales, colorant différemment son chant avec une belle accélération crescendo pour un final étourdissant.

On change notablement de style ce qui donne de précieuses indications pour qui n’aurait jamais entendu l’opérette, sur la richesse musciale d’un genre souvent considéré comme mineur (à tort !), avec « Komm mit nach Varasdin! » duo gai et entrainant avec la charmante soprano, Nikola Hillebrand, issue de la troupe de Dresde que nous avions admirée en Annchen au TCE. Rythme rapide, échanges pertinents entre les deux chanteurs, accompagnement rapide et débridé pour ce très bel exemple des richesses de cet enregistrement.

Et pour parachever son hommage, Kaufmann choisit d’interpréter le titre le plus célèbre de cette opérette, le mélancolique « mein Wien » en hongrois cette fois, sous le titre « Mondd meg, hogy imádom a pesti nőket », nouvelle version par rapport à son précédent album, impressions différentes, et très belle réussite vocale pour le ténor.

Kaufmann ne s’arrête pas à ces célébrités. Il nous fait également découvrir d’autres opérettes de Imre Kálmán, comme l’une des dernières du compositeur, Kaiserin Joséphine (Impératrice Joséphine), qui traite des relations entre Joséphine de Beauharnais et Napoléon, avec un  « Holdes, berauschendes Bild … Liebe singt ihr Zauberlied », langoureux, très appuyé, mélancolique puis plus enjoué qui montre également ce que l’art de l’opérette offre comme contrastes à l’auditeur lyrique sur des thèmes qui n’hésitent pas à aborder l’Histoire dans ses épisodes les plus célèbres.

Et il était impossible de ne pas célébrer également Imre Kálmán avec  Die Csárdásfürstin (1915), et son appel à la danse enjoué « Tanzen möcht’ ich … Tausend kleine Engel singen » (je veux danser, mille petits anges chantent), délicieux duo léger, en forme de valse comme l’opérette les aimait tant. Encore une fois les voix sombre du ténor et cristalline de la soprano, se marient parfaitement en évitant toute minauderie mais en rendant compte du bonheur qu’ont leurs personnages à l’élancer ainsi sur la piste de danse pour l’un des airs les plus célèbres du répertoire, digne des plus belles traditions des Strauss.

 

Et pourquoi ne pas terminer par ce beau « So verliebt kann ein Ungar nur sein» (seul un Hongrois peut être aussi amoureux), tiré de l’opérette assez tardive Der Teufelsreiter (Le cavalier du diable -1932), un de ces chanson triste, bien scandée par le ténor sur un beau rythme, d’abord lent puis rapide comme le galop d’un cheval, contrastant sans cesse et qui constitue une très belle illustration de l’art de Kálmán, peut-être la plus aboutie de l’album.

 

Lehár et ses Tauberlieder 

On passe à Ferenc Lehár (Franz en allemand) qui composa ce qu’on appela des « Tauberlieder », airs romantiques très adaptées au talent de son ami le ténor Richard Tauber.

Kaufmann avait déjà prêté son incomparable timbre cuivré à nombre de ces airs dans l’album qu’il consacra à l’opérette berlinoise en 2014.

 

 

Il puise cette fois dans d’autres oeuvres du compositeur avec cet « Allein! Wieder allein!» (seul, toujours seul) extrait de l’opérette der Zarewitsch (le tsarévitch). Très mélancolique, composé par Lehár pour la voix de son ami ténor, cet air se situe à l’acte 1 et est également appelé « chant de la Volga » avec une mélodie particulièrement crépusculaire. L’œuvre a été créée à Berlin en 1927 et joué également en France à Lyon en 1929 ! C’est une histoire d’amour contrariée par le devoir et les événements historiques d’alors et on est finalement assez loin de la légèreté souvent prêtée à ce répertoire.

On reste avec Lehár pour une opérette encore moins connue dans nos contrées, Friederike, composée en 1928. Rappelons qu’une version française a cependant été donnée dans le cadre du festival de Montpellier durant l’été 2009, dont il est sorti un CD. Il est amusant de savoir que le thème s’inspire des amours (contrariées là aussi par le devoir) de Goethe avec Frédérike Brion pour qui il écrivit cette œuvre. On lui reprocha d’ailleurs d’avoir traité avec trop de légereté la figure emblématique du romantisme allemand, le poète Goethe. Le rôle avait été là aussi confié au ténor autrichien Richard Tauber et l’air « O Mädchen, mein Mädchen » se situe à l’acte 2 et est une pure chanson d’amour assez célèbre bien que généralement interprétée hors contexte ! Dans ce style, Kaufmann est incomparable tant son interprétation est riche et vocalement excitante avec ces ralentissements et ces accélérations qui nous sortent de toute lecture mécanique, rendant son sens du théâtre au répertoire et la conclusion est superbe !

Das Land des Lächelns (Le Pays du Sourire) est une opérette plus connue que Jonas Kaufmann avait également contribué à populariser parmi le vaste auditoire international qui est le sien depuis des années maintenant, dans son CD Berlin sorti en 2014 sous le titre « Du bist die Welt für mich », extrait de cette opérette qui, elle non plus, n’a rien de spécialement gaie puisqu’elle raconte l’histoire de Lisa amoureuse d’un prince chinois qu’elle suit dans son « pays du sourire » puis qu’elle abandonnera face aux coutumes qu’elle ne peut accepter. Mais lui continuera de sourire, quoiqu’il arrive, malgré sa tristesse.

Les deux airs choisis cette fois par le ténor bavarois, sont situés au début de l’œuvre à l’acte 1 où Sou-Chong développe son art de vivre sur une mélodie un peu grave, introduite par une orchestration très opératique. On y reconnait l’élégance de Lehár mais aussi son sens du tragique.

L’élégance est de mise également avec le deuxième air, un duo entre Sou-Chong et Lisa, à la ligne de chant très lyrique, où les deux héros se répondent avec une grâce presque éthérée, harmonieusement soulignée : « Wer hat die Liebe uns ins Herz gesenkt » (qui a mis l’amour dans nos cœurs). C’est une des plus belles pièces du répertoire, où les deux artistes montrent leur adéquation sublime, leurs voix s’emmêlant, fusionnant ou alternant, avec le même sens des nuances, des pianissimo, des ralentissements, des accélérations, bref montrant comment on peut interpréter au sens total du terme un duo qui peut paraitre « convenu » au premier abord.

Et décidément, on aime beaucoup ces choix d’airs de Lehár que Kaufmann nous propose. Le duo suave « Schön wie die blaue Sommernacht » (belle comme une nuit d’été) est extrait d’une opérette assez fréquemment donnée dans les pays germanophones, Giuditta, la dernière opérette de Lehár (1934). Le compositeur l’avait qualifiée lui-même de comédie musicale.  L’accompagnement orchestral évoque les cabarets et les rythmes de jazz et les deux voix ont quelque chose de magique dans leur incarnation. Alternent des parties très romantiques où les voix jouent entre elles, se répondant en canon, avant que l’autre ait terminé, des passages de riche orchestration, des moments plus graves formant un ensemble interprété avec sensibilité et aisance par le couple.

Soulignons encore le fait qu’il ne s’agit nullement d’une bluette malgré les nombreuses allusions à diverses fleurs, mais d’une opérette au thème tragique, dont la différenciation avec le genre « opéra » est ténue. C’est une complexe histoire d’amour entre un soldat de passage et une femme aisée  qui passe par la déchéance d’une femme, devenue danseuse de cabaret et fille facile avant de faire un beau mariage de raison tandis que son soldat, après l’avoir vainement recherchée, renonce à elle et termine pianiste de bar. Giuditta est un spectacle complet aux nombreuses péripéties, années qui passent, lieux visités, et fin tragique qui sont le sel de ce répertoire très différent de l’image que nous en avons généralement. Kaufmann nous avait déjà offert dans l’album Berlin, l’air le plus célèbre « Freunde, das Leben is lebenswert ».

Ábrahám, celui qui voyage

S’il privilégie les plus grands noms de compositeurs hongrois s’étant illustré dans le genre, Lehár et Kalman, Kaufmann nous permet d’écouter d’autres compositeurs de la même famille musicale et au destin d’exilés parfois plus tragique, tel Pál Ábrahám (1892-1960), qui a commencé sa carrière à Budapest avant d’émigrer à Berlin puis à Vienne et enfin, de s’exiler outre-Atlantique comme beaucoup de ses compatriotes juifs persécutés par le nazisme. Il a également composé des musiques de film des années 30. Ses œuvres, relativement inconnues en France, sont données en Allemagne, telles Märchen im Grand-Hotel, qui fait l’objet d’une nouvelle production à Dortmund en ce moment.

Die Blume von Hawaii (la Fleur d’Hawai) dont Kaufmann nous offre le premier extrait « Ein Paradies am Meeresstrand » (un paradis au bord de la mer), a été créée en 1931 à Leipzig. Prétexte pour Kaufmann à quasiment « crooner » dans un air qui s’apparente beaucoup au répertoire jazzy qui émerge alors en Europe dont Ábrahám aime s’inspirer. Assez bref dans un style qui évoque la supposée paradisiaque vie des îles telles Hawaï, l’air est suivi d’un deuxième extrait plus long de la même opérette, « Will Dir die Welt zu Füßen legen » (Je veux déposer le monde à tes pieds), sorte de valse lente très bien swinguée par notre chanteur qui passe d’aigus un peu tendus à un médium plus apaisé dans un airs rempli de charme avec un rien de l’exotisme propre au genre. Ceux qui avaient aimé l’album Berlin se souviennent sans doute avec émotion du charmant « Diwanpuppe » que Kaufmann avait alors chanté, extrait de cette même opérette.

Suivent beaucoup d’aigus, pas toujours aussi souverains qu’on pourrait l’espérer, dans l’extrait intitulé « Pardon Madame », de Viktoria und ihr Husar (Victoria et son hussard) qui déroule son psychodrame en Russie, en Hongrie et au Japon, surfant allègrement sur des motifs musicaux tirés des airs folkloriques de ses pays. Pour cet air très léger où la voix mixte est de rigueur, la réalisation est agréable sans plus.

On préfère de loin le titre suivant tiré de la même opérette, composée par Ábrahám en 1930 , « Nur ein Mädel gibt es auf der Welt » (il n’y a qu’une seule fille au monde) où Kaufmann se montre beaucoup plus à l’aise, timbre franc et mordoré, médium solide et bien chantant, colorations expressives pour cette belle valse nostalgique qui ne manque pas de phrases musicales en mode forte, suivies des douceurs kaufmaniennes habituelles, avec une belle accélération très orientale qui offre la part belle à l’orchestre un court instant avec la conclusion.

Moins convaincante quoique partant d’une bonne idée, le « sing-sing » extrait de l’opérette Julia (1937), totalement crooné et dans un hongrois dont l’accent parait un peu « fabriqué ». Kaufmann imite même la trompette d’un band dans cet air qui s’éloigne résolument des traditions de l’opérette pour lorgner clairement vers le genre qui sévit alors dans les clubs de jazz.

Zigeuner der Nacht (Gitans de la nuit) est un film du cinéaste allemand Hanns Schwarz pour lequel Pál Ábrahám a écrit la musique et notamment un air célèbre, déjà immortalisé par Richard Tauber dans un album consacré aux musiques de film de l’époque, « Der schönste Gedanke » (la plus belle pensée).

Dernier choix de Kaufmann pour illustrer le talent du compositeur qui, suite à son exil forcé, sombra progressivement dans une profonde dépression, alors qu’il avait été l’un des plus prolifiques illustrateurs de la belle opérette. Kaufmann excelle toujours dans ce répertoire qui lui permet de faire valoir avec talent sa belle technique au service de chaque phrase musicale, alliant cette diction parfaite et ce style inimitable, timbre de cuivre, voix caressante, legato divin, il nous offre même l’un de ses si beaux crescendos final.

Et quelques compositeurs moins connus

 Fred Raymond, de son vrai nom Raimund Friedrich Vesely, est né à Vienne au début du siècle de parents d’origine tchèque. Il a également composé quelques opérettes et de la musique de film. Kaufmann nous le fait connaitre au travers d’un extrait de son opérette Maske in blau (Masque en bleu – 1932) du nom d’un tableau qu’une femme a inspiré à un peintre et qu’il n’a de cesse de rechercher. Avec le « Die Juliska, die Juliska aus Buda-, Budapest », le ténor s’amuse et nous donne la version la plus gaie et la plus authentiquement hongroise de l’opérette dans un duo échevelé par sa partenaire toujours idéale.

Nico Dostal, de son vrai nom Nikolaus Josef Michael Dostal (1895-1981) est un compositeur autrichien d’opérettes et de musique de film qui a composé notamment Die ungarische Hochzeit (Noce hongroise) dont est extrait l’air « Frag nur dein Herz, was Liebe ist » (Demande simplement à ton cœur ce qu’est l’amour),  en forme de valse que Kaufmann prend manifestement un grand plaisir à chanter jouant sur les syllabes et les changements de rythme avec un délectation que l’on partage sans réserve d’autant que la voix juvénile et romantique de sa partenaire se mêle à la sienne pour conclure par un splendide duo. L’on ne voyage cette fois qu’au cœur de la Hongrie du milieu du XVIIIe siècle. Le prélude a lieu au château du comte à Sibiu (Hermannstadt), les actes 1 et 2 dans un village de la Puszta (Grande Plaine hongroise) et l’acte 3 dans la capitale de l’époque, Bratislava (Pressburg).

Jenő Huszka (Eugen Huszka en allemand), également Hongrois, compose dans un style est un peu différent des autres compositeurs de cet album, tout simplement parce qu’il écrit des opérettes hongroises dans sa langue natale, débarrassées en quelque sorte des traditions (et de la domination culturelle) allemandes et viennoises en la matière. Il laisse d’ailleurs son nom dans l’histoire de la musique à travers cette originalité que l’on perçoit dans ce Bob herceg (Prince Bob- 1902) et ce « Londonban hej! » interprété -en hongrois- par Kaufmann. Ses opérettes ont eu en leur temps un grand succès et ont donné lieu à des films, mais elles n’ont jamais été traduites contrairement aux œuvres des autres compositeurs hongrois comme Kalman ou Ábrahám. De ce fait elles sont souvent restées confinées au territoire de la Hongrie. C’est un plaisir d’en redécouvrir un air dans cette très belle langue parfaitement adaptée à la musique joyeuse de Huszka, avec un rien d’ironie dans le ton que Kaufmann donne à son interprétation, de ce Prince qui se déguise pour aller s’amuser à Londres incognito et y rencontre l’amour. Bien sûr….

Deux airs de l’opéra hongrois

Pour parfaire ce très bel ouvrage, Kaufmann, qui peut chanter l’opéra aussi bien que l’opérette, propose deux titres célèbres, symboles de l’art lyrique hongrois, qui sont très brillamment interprétés chacun dans son genre, l’un en mode héroïque et l’autre en mode pianissimo, permettant au ténor de montrer l’étendue de ses capacités vocales.

Changement de style donc, et même de siècle avec le compositeur hongrois Ferenc Erkel (1810-1893), considéré souvent comme le « père » de l’opéra hongrois, auteur de l’hymne national. Directeur du théâtre de Pest, Ferenc Erkel défendit la création d’un opéra national et ses œuvres, pour la plupart, exaltent ce désir d’indépendance et ce retour aux traditions d’un pays alors partie prenante de l’empire austro-hongrois. Bánk bán, qu’il commença à composer après la répression de la révolution hongroise de 1848-1849, s’inscrit dans ce contexte même s’il traite (prudemment) d’un épisode ancien de l’Histoire, situé au XIIIème siècle.

L’air (en hongrois à nouveau) « Mint számûzött ki vándorol … Hazám, hazám » extrait de Bánk bán (1861) n’est pas le plus facile à chanter. Situé dans le haut du registre du ténor, il nécessite une emphase et une puissance sonore pour passer un orchestre très riche en orchestration, au contraire du genre opérette essentiellement présent sur cet album. C’est un cri de ferveur pour la patrie (Hazam, Hazam) qui résonne avec force et exprime l’âme hongroise dans toute sa ferveur culturelle.

Die Königin von Saba (la Reine de Saba) n’est pas non plus une opérette mais un véritable opéra, que l’on peut même classer dans le genre « grand opéra », composé par Károly Goldmark (Karl en allemand) en 1875. En trois actes, l’œuvre connut un immense succès dès sa création à Vienne. En choisissant l’un des airs emblématiques du ténor, « Magische Töne, berauschender Duft », comme titre de son album d’opérettes, Kaufmann évoque à la fois la persistance de ces thèmes exotiques qui parsèment les compositions de Kalman, Lehar, Abraham à qui il rend hommage, et ce « son magique » qui est celui de toute cette musique de la middle Europa souvent perdue de vue. En effet, relativement oublié de nos jours, Károly Goldmark s’inspira beaucoup des traditions musicales hongroises comme de la liturgie juive dans ses compositions et ses œuvres lyriques se situent dans le droit fil de l’héritage de Meyerbeer.

Kaufmann susurre littéralement cet air à l’oreille de l’auditeur avec cet art du pianissimo qu’il maitrise parfaitement et qui se colore progressivement sur le crescendo final avec une douceur du plus bel effet, magique incontestablement….

Une tournée pour illustrer l’album en salle

Le voyage auquel nous a invité le ténor ne manque pas de charme entre airs connus et découvertes rares de quelques joyaux témoins d’une époque où l’opérette se mêlait à la comédie musicale sans oublier les films musicaux. Il nous reste encore bien des domaines à découvrir en particulier dans le répertoire français du genre qui fut, lui aussi, très dense et riche. Un nouveau défi ?

En attendant, c’est avec la soprano Malyn Bystrom que Jonas Kaufmann a entamé une tournée sur un programme inspiré de cet album. La série de concerts accompagnés par l’orchestre de la Philharmonie de Baden-Baden sous la direction de Jochen Rieder, a débuté par la Laeiszhalle de Hambourg le 12 avril, parcourra une quinzaine de destinations à travers l’Europe et passera par Paris, au Théâtre des Champs-Élysées le 21 avril. Cult y sera !

Magische Töne, un CD Sony Classical

Sortie le 10 avril 2026.

Visuels :

Portrait Nikola Hillebrand ©Lilian Wolf

Portrait Dirk Kaftan ©Irène Zandel

Portrait Jonas Kaufmann © Gregor Hohenberg / Sony Music