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« Vivaldi et moi» , femme, violon, liberté

par Olivia Leboyer
28.05.2026

Damiano Michieletto, metteur en scène d’opéra, livre un premier film de musique et de cinéma, sensible et tenu, où l’image n’est pas une simple illustration. Virevoltant, vivant, Vivaldi et moi palpite et nous ravit.

Filmer la musique

En se lançant dans une adaptation du roman de Tiziano Scarpa, Stabat Mater, Damiano Michieletto courait naturellement le risque de l’académisme. Il y échappe très intelligemment, le récit étant tout entier tendu vers le tourbillon musical et la liberté qu’il délivre. Comment dire la musique en images ? Vivaldi et moi raconte une quête éperdue d’émancipation. Captive, recluse, Cecilia, ne connaît pas la liberté. Très documenté, le film nous enferme littéralement dans l’Ospedale della Pièta, à Venise, à l’orée du XVIIIe siècle. Cette institution pour orphelines dispensait une éducation musicale de grande qualité pour les élèves les plus douées, qui forment un orchestre réputé. Totalement coupées du monde extérieur, ces orphelines grandissaient avec pour seule échappatoire la musique. Et quelle échappée ! Pour qui n’a rien connu de la vie, la musique offre soudain une vue vers l’absolu.

L’Ospedale delle Pièta, théâtre de la cruauté

Le film suit le destin de Cecilia, violoniste et chanteuse de talent mais qui, surtout, ressent profondément l’appel de la musique. Avec ferveur, la jeune fille exprime par la musique toute la vie qu’elle n’aura jamais. Nous entendons aussi sa voix à travers les lettres qu’elle envoie, au cas où, à la mère inconnue qui l’a laissée dans cet Ospedale si froid. Car la troupe de jeunes filles n’a que deux options, qui ne relèvent pas du choix : faire partie de l’orchestre, ou bien quitter l’institution pour se marier avec un noble, un officier, un généreux donateur. Quitter une prison pour une autre. Sans effets tapageurs, en plans resserrés, Damiano Michieletto montre l’enfermement et la résignation. Ces tractations marchandes, humiliantes, les orphelines y sont habituées, c’est leur seul horizon.

La clef de la liberté

Pas pour Cecilia, à qui la musique offre autre chose. Une clef pour s’évader. Le titre, Vivaldi et moi, pourrait laisser croire à une romance entre le compositeur et la jeune fille. L’essentiel est ailleurs : entre Vivaldi et Cecilia, il s’agit surtout d’admiration mutuelle, d’apprivoisement et, malheureusement, de la différence qui sépare la carrière d’un homme de celle d’une femme. Michele Riondino incarne sobrement Vivaldi, figure à la périphérie de l’intrigue. Vivaldi agit comme un révélateur. Nisi Dominus, Follia, Saisons, Juditha, les œuvres nous emportent à mesure que l’étau autour de Cecila se resserre.

Les quelques plans de Venise, sublimes, nous saisissent comme par surprise. La caméra épouse les scènes de cour endiablées en plans-séquences haletants. Le plus souvent, c’est le beau regard grave de Cecilia (Tecla Insolia) que Damiano Michieletto nous présente. Ce puits sans fonds vers le cœur de la musique.

Vivaldi et moi (Primavera), de Damiano Michieletto, Italie, 1h50, avec Tecla Insolia, Michele Riondino, Andrea Pennacchi, Fabrizia Sacchi, Hildegard de Stefano, Cosima Centurioni, Federica Girardello, Stefano Accorsi. Sortie le 29 avril 2026.

visa : diaphana