«Le Gala des Trois chefs» est un concert organisé les 24 et 25 Septembre 2026 au Nouveau Siècle à Lille. Pour son 50ème anniversaire, l’Orchestre National de Lille sera dirigé successivement par Jean-Claude Casadesus, Alexandre Bloch et Joshua Weilerstein, dans un programme consacré à la musique du 20ème siècle.
50 ans déjà. Ce soir, l’Orchestre National de Lille fête son cinquantième anniversaire et accessoirement, après deux ans de travaux, la ré-ouverture de l’Auditorium Jean-Claude Casadesus. Un supplément entier de «La Voix du Nord» est consacré à l’événement. Pour ce concert-anniversaire, trois chefs vont se succéder à la baguette. Le fondateur Jean-Claude Casadesus, Alexandre Bloch, son directeur musical de 2016 à 2024 et Joshua Weilerstein actuellement en poste. Avant de laisser la place à la musique, le discours du directeur général de l’orchestre Jean-Baptiste Henriat puis un court métrage nous montrent le travail accompli. Fondé en 1976 par Jean-Claude Casadesus et Pierre Mauroy, l’Orchestre National de Lille, fort de ses 100 musiciens, joue dans la cour des grands, «il est en ligue 1»! Reconnu internationalement, il s’est produit dans 30 pays différents sur quatre continents. Mais il est profondément enraciné dans son territoire. Engagé dans la diffusion de la musique classique auprès de tous les publics, il s’est produit dans 250 communes des Hauts-de-France. Le film nous montre des moments émouvants, lorsque l’orchestre joue dans une prison ou une usine. Il a investi la ville en 2004 pour un concert en plein air, quand Lille était Capitale européenne de la culture.
Honneur au fondateur, Jean-Claude Casadesus, toujours aussi alerte, ouvre le concert. Il débute avec l’Ouverture de fête de Dimitri Chostakovitch. Elle a été composée en trois jours, pour le 37ème anniversaire de la révolution d’octobre et créée au Bolchoï le 6 novembre 1954. Elle commence en fanfare avant une cavalcade des flûtes et des clarinettes. Cette brève pièce est joyeuse, entraînante, l’emballement des cordes est spectaculaire avant une fin puissante, triomphante.. Elle a été vite très populaire et sera fréquemment jouée dans les cérémonies en Union Soviétique.
Elle est suivie par le célébrissime Boléro de Ravel. Jean-Claude Casadesus l’interprète avec finesse, subtilité, sensibilité. La mélodie est inaugurée par le chant très pur des flûtes, accompagnées par les cordes pincées des violoncelles. Le rythme envoûtant, la mélodie lancinante, sa répétition qui semble infinie jusqu’au décrochage final, nous offrent un moment de pur plaisir musical.
Alexandre Bloch interprète avec fougue et intensité Le Chevalier à la Rose de Richard Strauss. Crée en 1911 à Dresde, cet opéra va être très célèbre. Il raconte une histoire d’amour à Vienne, au 18ème siècle. Nous entendons ce soir la Suite, une version raccourcie et purement orchestrale écrite par Strauss en 1944. Elle débute par une scène d’amour entre la Maréchale et Octavian, un jeune chevalier. Elle confie à son amant le soin de remettre à une jeune fille, Sophie, la rose qui symbolise sa demande en mariage par le baron. Mais les jeunes gens tombent amoureux et devant cet amour sincère la Maréchale s’incline. La musique est surprenante, la Suite débute par des soubresauts, des vagues musicales orageuses quelque peu erratiques. Puis survient une romance initiée par les flûtes. L’ambiance est romantique, le thème mélodieux, nous sommes transportés dans la Vienne de la Belle Époque. Après une déchirure spectaculaire, les valses se succèdent jusqu’à une fin éclatante et solennelle à la gloire de l’amour.
«Délice, langueur, ivresse, volupté» : Le Poème de l’Extase met en musique ces «quatre couleurs divines». Alexandre Scriabine (1872-1915) était compositeur, pianiste et… poète. Le Poème de l’Extase est une pièce symphonique écrite entre 1905 et 1908 à partir de son propre poème de 369 vers! Le compositeur était influencé par le mouvement Théosophique, qui est un syncrétisme religieux dédié à la recherche de la vérité. Tout le talent de Joshua Weilerstein est nécessaire pour interpréter cette œuvre complexe, nécessitant un orchestre gigantesque. Scriabine y crée un climat qui pourrait être celui d’une extase musicale. La musique est douce, paisible, incitant à une rêverie méditative. L’extase n’est pas seulement amoureuse, elle est aussi spirituelle. Cette musique nous enveloppe délicieusement dans son mystère. Elle est aussi très moderne par les dissonances, les ruptures rythmiques. Les cloches retentissent lors du crescendo orchestral final, nous sommes dans une apothéose manifestement religieuse.
Le public est venu nombreux, enthousiaste. Il a offert une longue ovation aux trois chefs réunis sur scène. Pour l’occasion, l’Orchestre National de Lille a brassé une nouvelle bière, au nom approprié: l’Entracte. Ce soir à la sortie du concert, la bière est offerte au public. Ce «Gala des trois chefs» était bien une fête. Nous quittons le Nouveau Siècle avec l’espoir, la conviction que le feu sacré de l’orchestre national de Lille perdurera longtemps, qui sait, pendant cinquante nouvelles années….
Visuel ©: Ugo Ponte Photography, Orchestre National de Lille