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Jean-Baptiste Fra, délégué général de l’Orchestre national du Capitole : « Plus nous cultivons notre excellence, plus nous sommes populaires »

par Yaël Hirsch
04.11.2026
ONCT-31-HDbis

Délégué général de l’Orchestre national du Capitole, Jean-Baptiste Fra veut « créer les conditions du succès ». Il présente une saison 2026/2027 qui va de Beatrice Rana à Hitchcock, des Concerts en famille pris d’assaut et des programmes de musicothérapie. Pour lui, l’excellence est une passerelle vers tous les publics.

Pouvez-vous vous présenter au lectorat de Cult.news ?

Je suis le délégué général de l’Orchestre du Capitole. Je dirais que c’est mon « petit » passé de musicien qui m’est le plus utile, et surtout ma passion pour la musique et les interprètes en particulier. Le management et le côté plus administratif, ça s’apprend en théorie dans le supérieur, mais c’est en pratique qu’on l’appréhende et qu’on progresse. Je dirais que le rôle du délégué général est de créer les conditions du succès ; entre le public et l’orchestre, à travers la qualité de la programmation mais aussi dans sa dimension « marketing ». Il faut écrire de belles histoires. Le succès se tire aussi de la cohésion collective des musiciens et plus généralement de toute l’équipe. Ça, c’est vraiment primordial.

Comment travaillez-vous avec Tarmo Peltokoski ?

On se parle presque tous les jours. J’ai compris les orientations qu’il souhaite dans la programmation et j’essaye de les mettre en œuvre. On partage la même ambition pour l’Orchestre du Capitole.

Comment faites-vous le lien entre Beatrice Rana, Alfred Hitchcock et Astor Piazzolla dans cette saison 2026/2027 ?

Il faut penser qu’on ne s’adresse pas toujours au même public chaque semaine. Certains aiment la musique baroque, d’autres la musique française, le tango ou les musiques de cinéma. Notre credo, c’est d’essayer de s’engager dans chaque nouveau programme avec la plus grande ambition artistique. Nous avons la chance d’avoir 117 musiciens permanents d’un niveau exceptionnel et de collaborer pour chaque projet avec les meilleurs spécialistes. Le vrai lien entre les projets, c’est de cultiver l’excellence.

Choisissez-vous certains thèmes ou solistes parce qu’ils ou elles conçoivent des concerts accessibles à toutes et tous ? 

Disons qu’on essaye d’avoir des propositions qu’on imagine comme des passerelles vers nos grands concerts. La formule Happy Hour, à la découverte des instruments, ou encore les concerts fantaisies imaginés par Jean-François Zygel en font partie. Ce sont des rendez-vous toujours très attendus.

À partir de quel âge peut-on venir à la Halle aux Grains ?  Y a-t-il des rendez-vous désormais incontournables pour les familles ? Comment l’Orchestre national du Capitole renouvelle-t-il ses formats pour s’ouvrir à tous les publics ? 

Nous avons des programmes pour les enfants à partir de 4 ans. Les Concerts en famille sont pris d’assaut. Il y a vraiment une demande très importante à laquelle on essaye de répondre. Chaque année, ce sont près de 20 000 enfants qui viennent écouter l’orchestre sur le temps scolaire. Nous avons un concert gratuit pour les étudiants – qui chaque semaine peuvent venir pour 5 €, rendez-vous compte ! –, des évènements plus populaires comme les concerts avec Angélique Kidjo récemment ou Zaho de Sagazan l’année dernière, mais ce qui fait notre cœur de métier, c’est de partager avec le plus grand nombre les plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire de la musique. Nous invitons le public à se couper du brouhaha du monde, à éteindre son téléphone, et à laisser résonner la puissance émotionnelle de la musique symphonique dans son monde intérieur. C’est une expérience que chacun devrait faire une fois dans sa vie.

Avec Démos et les actions menées auprès des scolaires, des conservatoires et des universités, comment l’Orchestre national du Capitole tisse-t-il un réseau d’initiatives pédagogiques à Toulouse et dans toute la région ?

Nous avons fait de la jeunesse notre principal cheval de bataille. Avec Démos, on donne le goût de la pratique musicale à des enfants issus de quartiers prioritaires. Nous travaillons avec les établissements scolaires de la région, mais aussi avec les universités. Nous collaborons avec le Conservatoire de Toulouse et l’Isdat (Institut supérieur des arts et du design de Toulouse) à travers notre académie d’orchestre, mais aussi avec le tissu d’écoles de musique de toute la Métropole sur nos projets Happy Hour, avec un engagement exemplaire de nos musiciens. Nous constituons cette année un orchestre de 150 jeunes flûtistes qui vont venir jouer avec nos musiciens sur la scène de la Halle aux Grains. Une expérience inoubliable qui doit leur donner de l’élan dans leur apprentissage de l’instrument !

Nous avons également créé un club pour les moins de 27 ans, le Club Capitole Jeune. Moyennant une modique adhésion, les membres du Club Capitole Jeune peuvent profiter d’une large série d’expériences exceptionnelles : rencontrer les artistes, découvrir les métiers de l’orchestre et de l’opéra, s’immerger un peu plus dans les coulisses de notre univers, le temps d’une saison. Et ce club est autogéré par ses jeunes ambassadeurs !

L’Orchestre national du Capitole développe également des programmes destinés aux personnes en situation de handicap. Au-delà de l’accessibilité, certaines initiatives font de la musique un véritable support d’accompagnement thérapeutique. Pouvez-vous nous parler de Résonance(s), de Tous les matins d’orchestre et de Tous les jardins d’orchestre ?

Oui, c’est notre deuxième cheval de bataille.

L’orchestre porte les projets Tous les matins / Tous les jardins d’orchestre depuis quelques années déjà. Il s’agit d’ateliers de musicothérapie, de reconnexion physique et psychique des patients en situation de handicap à travers la pratique et l’écoute de la musique.

Avec Résonance(s), nous travaillons particulièrement la question de la santé mentale, qui est un sujet de société majeur aujourd’hui. Il s’agit d’un programme expérimental de réhabilitation psychosociale à travers l’écoute de la musique et le partage d’expérience avec nos musiciens et les soignants. Ce programme connaît un développement national et fait l’objet d’un projet de recherche mené par de grands psychiatres qui nous accompagnent, comme Nathalie Bonhoure ou Hervé Platel. Nous voulons mesurer scientifiquement les bénéfices de ces actions afin d’améliorer les soins des patients et de convaincre de la nécessité de leur développement.

Pour conclure, quelle place souhaitez-vous donner à l’Orchestre national du Capitole dans la vie des Toulousains, au-delà de la salle de concert ? Avez-vous de nouveaux chantiers en cours pour poursuivre cette politique d’ouverture à tous les publics ?

Je pense que les Toulousains savent depuis des années qu’ils ont un orchestre de classe mondiale, mais trop peu de gens se rendent compte que l’orchestre a permis de placer Toulouse sur la carte du monde auprès de millions de mélomanes. Avec la politique discographique, les tournées internationales, la télévision… Nous sommes par exemple régulièrement présents sur Mezzo, qui compte 80 millions d’abonnés dans le monde. Notre concert au Suntory Hall de Tokyo en juin dernier a été diffusé sur la télévision publique japonaise (NHK). Nous sommes de vrais ambassadeurs culturels de la ville et nous en tirons une grande fierté. Mais il ne faut pas opposer cette dimension de prestige avec la proximité avec les publics. Ce sont en réalité les deux faces d’une même pièce. À l’instar du Stade Toulousain, plus nous cultivons notre excellence, plus nous sommes populaires.

visuel : Pierre Beteille

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