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Awa Ly : la musique comme soin

par Hanna Kay
04.11.2026
jalain-herman

Une voix qui libère, un rythme qui remet en mouvement, une émotion qui circule. Pour Awa Ly, la musique se vit dans le corps autant qu’elle s’écoute. Rencontrée à Jammin’Juan, la chanteuse évoque le soin par le son, les vibrations qui la traversent et cette énergie qui, sur scène, devient une expérience collective.

Avant de devenir votre métier, la musique vous a-t-elle appris à suivre votre propre mouvement ?

Je n’avais jamais pensé faire une carrière de chanteuse. Je suis partie en Italie dans le cadre de mes études, pour six mois, et je suis restée vingt et un ans à Rome. Je travaillais dans la distribution audiovisuelle, mais j’étais entourée de musiciens. J’ai commencé à participer à des jam sessions, puis à écrire et à chanter mes propres titres. Là-bas, je me suis dit : « Personne ne te connaît, vas-y, chante. » Ça m’a donné une très grande liberté. Rome a été un déclic, la base d’un changement de vie. Avec le recul, je vois que j’ai suivi les événements, les rencontres, les opportunités. Plus je suis cette intuition, plus elle m’amène dans des espaces où je me sens bien.

Quand vous regardez le chemin parcouru, qu’entendez-vous résonner d’un disque à l’autre ?

Je retrouve ce fil conducteur : le soin par le son, la musique comme instrument de guérison. Avec Essence and Elements, on ne parle que de ça : les fréquences, les vibrations, les énergies. Je dis « on » parce que je ne suis pas toute seule. C’est vraiment une synergie. C’est en regardant l’ensemble du parcours que je prends conscience de ce qui se raconte au travers de ces albums.

La voix permet-elle de laisser sortir ce que les mots retiennent ?

Quand on chante, c’est très cathartique, ça libère. Mais il y a aussi du partage, une diffusion. Je ressens quelque chose que je ne peux pas toujours exprimer avec des mots, ni expliquer de manière logique. La musique peut apporter de la clarté, du bien-être, de la relaxation. Ou simplement le besoin de bouger, de danser. Elle a une puissance folle quand on se laisse porter et qu’on enlève un peu les limitations qu’on se met soi-même.

Vous décrivez vos concerts comme des « sessions de soins ». Quel espace cherchez-vous à ouvrir ?

Depuis que j’expérimente la musique de cette manière, je dis que mes concerts sont des sessions de soins, de diffusion. Une session de groupe, tout simplement. Il n’y a même pas besoin de savoir pourquoi les gens sont là ni dans quel état ils arrivent. L’intention, c’est qu’ils se sentent bien à travers la musique. Plus je me mets à son service, plus c’est puissant, et plus l’émotion passe. C’est enthousiasmant de voir comment les gens réagissent à ce partage. Ça va toucher ou ne pas toucher, et c’est OK aussi.

Et vous, au milieu de ces vibrations, comment gardez-vous les pieds sur terre ?

Sur scène, ce que je ressens est décuplé. Il y a cet ancrage, les énergies telluriques, les énergies cosmiques, et l’énergie que nous créons nous-mêmes. Parfois, c’est tellement fort qu’il faut vraiment que je m’ancre pour ne pas m’envoler ou tomber. Ça me déplace. Pour moi, nous sommes tous des antennes, entre ciel et terre. C’est l’intention et la conscience qu’on y met qui font la différence.

Lors de votre showcase, vous êtes arrivée depuis le public avec un tambour. Que fait naître ce premier battement ?

Je ne suis pas entrée sur scène avec les musiciens : je suis arrivée du public avec le tambour. C’est un tambour chamanique, mais je ne suis pas chamane. Il y a différentes façons de l’utiliser. Pour moi, il permet d’ouvrir cet espace et de le tenir aussi. Les gens sont d’abord surpris, puis ils comprennent pourquoi.

Une chanson peut nous bouleverser sans que l’on sache pourquoi. Aimez-vous explorer ce mystère ?

Ce qui est intéressant, mais pas obligatoire, c’est de se demander : qu’est-ce que ça vient réveiller chez moi ? Qu’est-ce que ça vient faire résonner ? À partir de là, on peut aller très loin, très profond, très haut. D’un côté, on se sent tout petit. De l’autre, on sent qu’on fait partie de cette immensité, que chacun est essentiel à cette vibration, à cette énergie. Il n’y a personne qui n’ait pas sa place.

À quel moment sentez-vous que la musique vous relie tous ?

Quand le groupe est là, avec cette cohésion, cette harmonie, le public le sent, le voit, le sait. Je trouve qu’un projet musical en est un très bel exemple. Et puis, on dit bien « jouer de la musique ». Bien sûr, nous sommes sérieux : les gens se déplacent pour nous voir. Mais sur scène, on joue, et cela se voit. On nous le fait souvent remarquer. C’est là qu’on sent que ça réussit.

Propos recueillis par Hanna Kay / Visuel : (c) DanielBaud

Retrouvez la programmation de Jammin’ Juan