La pétition pour la fermeture de CNews a franchi ce mardi 3 novembre le cap des 700 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale. Au-delà de la chaîne d’info, elle replace dans le débat public la place du groupe de Vincent Bolloré dans l’écosystème culturel français.
Lancée en juin par un particulier, la pétition « Supprimer CNews de l’audiovisuel français » plafonnait encore à 100 000 signatures la semaine dernière. Elle a décollé après l’attentat raciste du 23 octobre à Trappes. Le compteur affichait plus de 600 000 signatures authentifiées lundi soir. Plusieurs responsables de gauche ont mis en cause la responsabilité de la chaîne dans le climat qui a précédé l’attaque. Le texte dénonce « une machine de propagande » et réclame le retrait de sa fréquence TNT. Prochaine étape : le bureau de la commission des Affaires culturelles, qui se réunit ce mardi à 14h15 pour décider de classer la pétition ou de l’examiner. Si elle est examinée, la Conférence des présidents tranchera sur un débat en séance publique.
Dans son billet publié par Libération, le chroniqueur Thomas Legrand estime que la pétition n’est pas le cœur du sujet. Pour lui, la question est de savoir si CNews remplit les conditions posées par l’Arcom pour obtenir une fréquence hertzienne, un bien public. Il conclut que non et juge que la chaîne serait plus à sa place sur les réseaux sociaux. Le sénateur centriste Laurent Lafon, président de la commission de la Culture du Sénat a déjà qualifié CNews de « chaîne d’opinion ». L’Arcom l’a mise en demeure en juin de corriger un « déséquilibre manifeste et durable » dans l’expression des courants de pensée. CNews conteste cette décision devant le Conseil d’État. Sollicitée par l’AFP, elle ne commente pas une « pétition politique » et dit défendre la liberté d’expression.
Le débat résonne avec la tribune « Zapper Bolloré » de mai. À la veille du Festival, près de 600 professionnels du cinéma dont Juliette Binoche, Adèle Haenel et Swann Arlaud avaient dénoncé dans Libération « l’emprise grandissante de l’extrême droite » sur la culture via Vincent Bolloré. Le patron de Canal+, Maxime Saada, avait répondu qu’il ne voulait plus travailler avec les signataires avant de nier toute « liste noire ». La ministre de la Culture, Catherine Pégard, avait quant à elle jugé cette réaction « disproportionnée ».
La France insoumise a salué la mobilisation et la députée écologiste Sophie Taillé-Polian juge « essentiel » d’ouvrir le débat. À l’inverse, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, porte-parole d’Édouard Philippe rappelle qu’« en démocratie, on ne ferme pas les médias ». Une contre-pétition, « Soutien à CNews, stop aux menaces », lancée sur la plateforme privée MyPetition approchait lundi les 45 000 signatures selon Boulevard Voltaire, média favorable à la chaîne.
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