Vendredi 30 octobre, Jungle retrouvait le public parisien pour sa plus grande date française. Neuf artistes sur scène, une élégance très seventies et un plaisir de jouer communicatif : les Londoniens ont rempli Bercy d’une soul dont on peine à imaginer qu’elle puisse se démoder.
Nous avions rendez-vous à l’Accor Arena pour retrouver Jungle, après La Cigale, le Trianon, l’Olympia, le Zénith et le Centquatre. En treize ans, les salles ont grandi avec la popularité du groupe, jusqu’à cette première à Bercy, sa plus grande date française. Sur scène, les plateformes arrondies, bordées de lumière, rappellent les plateaux de télévision des années 1970. Le bleu cède au rouge orangé, les tenues sont impeccables et les musiciens semblent parfaitement à leur aise. Le laid-back trouve ici une belle incarnation.
Fondé à Londres en 2013, Jungle prolonge une histoire commencée dans l’enfance : Tom McFarland et Josh Lloyd-Watson, alias J Lloyd, se connaissent depuis leurs neuf ans. Voisins, ils jouent ensemble, apprennent en autodidactes et expérimentent l’enregistrement avec un logiciel trouvé dans une boîte de céréales.
Le duo est depuis devenu un trio avec Lydia Kitto, collaboratrice dès Loving in Stereo, en 2021. Autrice-compositrice, productrice et multi-instrumentiste, elle participe pleinement à la fabrication du son : sur Volcano, ses crédits vont de la basse à la flûte, en passant par la guitare et les claviers. À Bercy, sa voix apporte une chaleur particulière, avec un moment saisissant sur Come Back to Me.
Ils sont neuf à faire vivre ce répertoire, et l’association des percussions et de la guitare électrique est un régal. On suit les gestes, les échanges, les voix qui se rejoignent, avec cette sensation réjouissante d’assister à un concert porté par le bonheur d’être ensemble. Le groupe prend aussi le temps de faire acclamer son ingénieur du son français, Antoine Richard. Une ovation pour celui qui travaille derrière la console, à l’occasion de cette date parisienne.
Chez Jungle, les références aux seventies côtoient des couleurs vocales qui nous évoquent parfois les Ronettes. Cet héritage s’entend jusque dans la matière des chansons : Dominoes mêle ainsi les voix du groupe à un sample de Love Is a Hurtin’ Thing, de Gloria Ann Taylor. Initialement beaucoup plus lent, le morceau a été accéléré pour trouver sa forme définitive.
Même Back on 74 entretient un petit malentendu avec le passé. Son titre évoque une rue imaginaire, un lieu de l’enfance où l’on revient chercher des sensations familières, plutôt qu’une référence explicite à 1974. Josh décrit ce retour vers un endroit rassurant, chargé de souvenirs, que l’on retrouve pourtant changé. Le morceau aurait d’ailleurs failli rester hors de Volcano, selon un entretien de Tom à Varsity. Au 26 octobre, il dépassait les 617 millions d’écoutes sur Spotify, tandis que Keep Moving franchissait les 150 millions. Voilà aussi Jungle : la classe de faire des tubes sans en avoir l’air.
Cette aisance traversait déjà le formidable concert tourné pour Passengers, sur Arte, dans la station Porte des Lilas. Enregistrée en septembre 2021, puis dévoilée en décembre, en pleine pandémie, la session donnait à entendre toute la vitalité de Loving in Stereo. À Bercy, le décor a changé d’échelle, mais on retrouve cette même joie.
Dans la dernière demi-heure, des ballons gonflables sont lâchés au milieu de la fosse. Keep Moving et Busy Earnin’ arrivent au rappel, et le second ramène la soirée aux débuts du groupe. Douze ans après sa sortie, il termine le concert sans avoir pris une ride, servi par des musiciens qui prennent manifestement toujours autant de plaisir à le jouer.
Photo de couverture : © Mélodie Braka