→   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026  →   25.09.2026 : Lancement de la 27e édition du Mois du Film Documentaire  →   25.09.2026 : Préavis de grève de l’intersyndicale du ministère de la Culture à compter du 29 septembre 2026
Agenda
Musique
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

« Sur la route – De Mano Solo à Lhasa » au théâtre Essaïon à Paris : quand l’émotion reste au bord du chemin

par Maxime Dorian
25.09.2026
Théâtre Essaïon – sur la route de Mano Solo à Lhasa

Il y a des voix qui n’ont pas besoin d’être traduites pour bouleverser. Celle de Lhasa en fait partie. Elle peut chanter en espagnol, laisser une partie des mots nous échapper : quelque chose passe malgré tout. Une fêlure, une sensualité, une mélancolie qui prennent aux tripes. Mano Solo, lui, a porté dans la chanson française une autre forme de fragilité, plus rugueuse, cabossée, souvent traversée par l’urgence. Réunir ces deux univers dans Sur la route promettait donc un voyage où les chansons, les voix et les blessures pourraient se répondre. Une promesse forte. Malheureusement, ce soir-là, l’émotion est restée au bord du chemin.

Deux voix disparues et une route entre elles

Le titre possède déjà quelque chose d’une invitation : Sur la route – De Mano Solo à Lhasa. Deux noms. Deux trajectoires. Deux artistes disparus qui ont chacun, à leur manière, transformé leurs fragilités en chansons.

Sur scène, tout repose sur l’essentiel : un piano, une voix et les chansons de deux artistes que Stéphanie Canellis tente de faire voyager jusqu’à nous.

Mano Solo s’est imposé dans la chanson française des années 1990 avec une écriture à vif, une voix immédiatement reconnaissable et des textes où l’intime, la colère, la maladie, l’amour et les marges pouvaient constamment se croiser.

Lhasa de Sela a construit un univers différent mais habité par une intensité comparable. Dès La Llorona, sa voix semble abolir les frontières entre les langues et les territoires. Dans De Cara a la Pared, quelque chose saisit presque immédiatement. El Desierto prend aux tripes. El Payande, profondément charnel, possède cette sensualité dramatique qui peut rappeler Piensa en mí de Luz Casal.

Deux artistes très différents, donc. Mais peut-être une même capacité à faire de la fragilité une force.

Et une question : que se passe-t-il lorsque ces chansons traversent la voix et l’univers d’une autre interprète ?

Lhasa – La Llorana – édition remastorisée – 2028

Lhasa – Album La Llorana

Une promesse d’émotion qui ne se réalise pas

C’est précisément là que Sur la route laisse à distance.

Stéphanie Canellis ne cherche évidemment pas à imiter Mano Solo ou Lhasa. Et heureusement. Reprendre une chanson ne consiste pas à reproduire une voix disparue. C’est accepter de la déplacer, de la faire passer à travers une autre sensibilité, un autre corps, une autre histoire.

C’était aussi tout l’intérêt de la proposition : découvrir ce que les chansons de Mano Solo et de Lhasa pouvaient devenir une fois dépouillées de leurs interprétations originelles et confiées à un dispositif aussi simple qu’un piano et une voix.

Mais encore faut-il que quelque chose passe.

Or quelque chose résiste ici. Le piano accompagne, la voix interprète, les chansons sont là, mais l’émotion qu’elles portent semble ne jamais parvenir à franchir complètement la scène.

C’est particulièrement sensible avec Mano Solo. En revenant à ses enregistrements, apparaît une mélancolie cabossée, une fragilité presque rugueuse, quelque chose d’intranquille qui donne à ses chansons leur tension particulière. Cette aspérité se fait beaucoup moins sentir dans le spectacle.

Avec Lhasa, l’écart est encore plus perceptible. Sa voix possède quelque chose de sombre et de terriblement charnel. Elle semble parfois surgir d’un endroit où la tristesse et le désir seraient devenus une seule et même matière. Dans Sur la route, cette vibration peine à retrouver la même intensité.

Les chansons en espagnol et en anglais, interprétées avec un accent français très marqué, créent également une distance paradoxale, là où Lhasa parvenait justement à faire oublier que l’on ne comprenait pas nécessairement chacun de ses mots.

Et c’est peut-être cela qui manque le plus : être traversé.

Quand les histoires deviennent plus fortes que les chansons

Paradoxalement, les moments les plus touchants de Sur la route sont peut-être ceux où Stéphanie Canellis quitte momentanément les chansons pour raconter ceux qui les ont écrites.

Le spectacle évoque notamment cette histoire étonnante : Mano Solo traverse une période difficile lorsqu’un disque de Lhasa, laissé par un ami, arrive jusqu’à lui. Une voix surgit alors au milieu du désordre. Elle le bouleverse, lui redonne une énergie créatrice. Leurs chemins finiront par se croiser.

Et puis il y a ce troublant hasard du destin : Mano Solo et Lhasa s’éteindront à quelques jours d’intervalle.

Tout à coup, la route promise par le titre apparaît réellement.

Elle relie deux artistes, deux fragilités, deux façons d’habiter la chanson et peut-être une même nécessité : transformer ce qui fait mal en quelque chose que l’on puisse offrir aux autres.

Ces récits donnent alors aux chansons une profondeur supplémentaire. Ils dessinent des ponts. Ils donnent envie de comprendre comment une œuvre peut en nourrir une autre, comment une voix découverte au mauvais moment — ou peut-être précisément au bon — peut remettre quelqu’un en mouvement.

C’est sur cette route-là que le spectacle devient le plus passionnant.

Et c’est aussi celle que l’on aurait aimé emprunter plus longtemps.

Que reste-t-il d’une chanson lorsqu’elle change de voix ?

C’est finalement la question la plus intéressante laissée par Sur la route.

Une chanson appartient-elle à celui qui l’a écrite ? À celui qui l’a chantée ? À la voix qui l’a rendue indissociable d’une émotion ? Ou devient-elle, dès qu’elle est offerte au public, une matière que chacun peut reprendre, déplacer et transformer ?

Sans doute un peu de tout cela.

Stéphanie Canellis choisit clairement la transformation. Elle ne cherche pas à ressusciter Mano Solo et Lhasa. Elle fait passer leurs chansons à travers son propre univers, son piano et sa voix.

La démarche est sincère. Le dispositif possède une véritable cohérence. Mais la rencontre émotionnelle ne se produit pas toujours.

Et c’est là toute la difficulté d’une critique de spectacle : la relation entre une œuvre et un spectateur reste profondément intime. Une proposition peut être construite, sincère, défendue avec conviction et pourtant ne pas parvenir, un soir, à créer ce fil invisible qui relie la scène à celui qui la regarde.

Ce soir-là, malgré tout ce que promettait la rencontre entre ces deux répertoires, ce fil n’a pas complètement tenu.

Quand un spectacle donne envie de revenir aux originaux

Il reste pourtant quelque chose de Sur la route une fois les lumières rallumées.

Une envie.

Écouter Mano Solo. Revenir à Lhasa. Remettre La Llorona. Comparer. Chercher. Comprendre ce qui, dans une voix, une inflexion ou une manière de poser quelques mots sur une mélodie, peut provoquer cette secousse que personne ne sait vraiment expliquer.

Et c’est peut-être le paradoxe le plus intéressant du spectacle.

Il ne réussit pas toujours à transmettre l’émotion de ces chansons, mais il donne envie de repartir à leur rencontre.

Peut-être est-ce déjà une autre manière de transmettre.

Car certaines voix survivent précisément ainsi : quelqu’un prononce leur nom, raconte leur histoire, reprend une chanson et, quelques heures plus tard, naît l’envie de retourner vers elles.

Sur la route n’aura pas totalement réussi à faire le voyage espéré. Mais il aura indiqué le chemin.

Celui qui ramène vers les chansons, vers les voix et vers cette émotion brute qui, lorsqu’elle surgit vraiment, n’a besoin d’aucune traduction.

Sur la route – De Mano Solo à Lhasa
Théâtre Essaïon — Paris
Représentations le mercredi à 21h

À (re)découvrir : La Llorona de Lhasa

Un immense coup de cœur. La Llorona, premier album de Lhasa de Sela, est sorti le 4 février 1997 au Québec, sur le label Audiogram, avant de paraître en Europe le 2 avril 1998, notamment chez Tôt ou Tard. Réédité en version remasterisée en 2018, c’est un album à découvrir ou à redécouvrir pour la voix bouleversante de Lhasa et pour vivre un voyage émotionnel d’une rare intensité.