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Le Glass multifacettes de Célia Oneto Bensaid à l’Ecuje de Paris

par La redaction
12.06.2026

Les mélomanes qui suivent la talentueuse pianiste Célia Oneto Bensaid savent le soin qu’elle apporte à la structure de ses récitals. Ils connaissent également son engagement à défendre les répertoires de son instrument qu’ils soient de la main d’une géniale compositrice comme Marie Jaëll ou d’un contemporain américain. Dans le cadre de la dynamique saison Classique à l’ECUJE, elle vient de nous faire déguster et même découvrir tous les parfums de Philip Glass.

 

Par Hugues Rameau-Crays

Le 10ème arrondissement de Paris posséderait-il la salle de musique de chambre idéale ? À voir l’affluence au 119 rue Lafayette, ce mercredi 10 juin 2026, l’on comprend que le lieu attire autant que l’affiche. Depuis maintenant trois ans, la pianiste Sarah Maïer-Pinto propose « Classique à l’ECUJE », une saison d’une petite dizaine de concerts où l’on peut applaudir des talents tels Marie-Laure Garnier, Adèle Charvet, Emmanuelle Bertrand, Pierre Génisson ou encore David Bismuth, des artistes à qui elle donne carte blanche. Célia Oneto Bensaid a fait salle comble avec un programme 100 % Philip Glass (jusqu’au bis). Une gageure car même si le compositeur américain est réputé pour ses nombreuses musiques de filmsou ses opéras (avec la récente création française de Satyagraha à l’Opéra de Nice puis une nouvelle production à l’Opéra national de Paris), ses compositions pour le clavier peinent encore à s’imposer au récital.

Glass en apnée avec Célia Oneto Bensaid

Comme à son habitude, Célia Oneto Bensaid ouvre son récital par une adresse au public pour raconter Philip Glass et présenter le programme de la soirée. Elle installe ainsi un cadre chaleureux pour mieux partager et vivre la musique minimaliste avec une certaine complicité. Sur la petite scène, le piano trône en majesté joliment éclairé par des bougies qui créent une ambiance intimiste, propice aux morceaux choisis. L’artiste est une habituée de Philip Glass à qui elle vient de consacrer son passionnant nouveau CD « Echoes », paru en avril chez Mirare, après avoir gravé les cinq Metamorphosis en 2021 pour No-Mad Music. Elle jouera les deux heures de concert, sans partition, en commençant par le très opportun « Opening », l’une des pièces les plus connues. Dans l’acoustique idéale de la salle moderne, dès les premières notes, le charme opère grâce aux nombreuses nuances et à une rythmique implacable et hypnotisante. Cette approche à la fois libre et maîtrisée contredit ceux qui pensent encore que la musique de Glass ne serait qu’une répétition insipide de notes. La mélancolie, très présente dans les pièces choisies, est exprimée ou plutôt suggérée avec une profondeur pudique comme dans « Mad Rush », l’une des plus poignantes. Avec « The Poet Acts » et « Dance » (extrait de l’opéra Akhnaten), les quatre œuvres proposées dans la première partie du concert sont enchaînés sans pause offrant une grandiose plongée en apnée. L’idée est particulièrement brillante car elle accentue l’impression sensorielle de tournis et de flottement.

Un sang de Glass dans les veines de Célia Oneto Bensaid

Le tour de force du récital est sans doute de proposer l’intégralité du Livre II des Études pour piano, comparées à juste titre à celles de Chopin, Liszt, Debussy et Ligeti. Plus techniques et sans doute plus « classiques », les dix morceaux (également enchaînés) suscitent néanmoins l’admiration grâce à une intensité soutenue et un jeu où l’on entend les inspirations beethovéniennes, chopiniennes, schubertiennes et même de David Bowie. Célia Oneto Bensaid fait preuve d’une remarquable précision dans ce traité d’harmonie et de structure. Les spectateurs placés côté mains peuvent admirer la dextérité, l’art de la nuance et même une certaine virtuosité qui rappelle Liszt (les arpèges de la douzième étude) ou Marie Jaëll. Après la mélancolie, un soleil brillant s’invite pour mettre en lumière le génie d’un compositeur qui utilise ici les modes majeur et mineur. Et même si Les Etudes ne provoquent pas l’émotion ressentie dans la première partie, son interprète a réussi à maintenir la grande qualité d’écoute d’un auditoire visiblement fasciné. En popularisant Philip Glass, Célia Oneto Bensaid contribue à lui offrir une place plus centrale dans le répertoire pianistique en le hissant parmi les plus grands compositeurs classiques.

Visuels : Couverture du disque et photo © Amandine Aubrée/ Classique à l’ECUJE)