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Au Festival de Pâques, Kremer, Pletnev, Rysanov et Coetzee enchanteurs dans un programme de Mozart, Schubert et Franck

par Hannah Starman
08.04.2026

Ce lundi de Pâques, deux conteurs légendaires – Gidon Kramer et Mikhaïl Pletnev – s’entourent de la jeune génération pour un programme qui explore plusieurs configurations de musique de chambre, entre le classicisme et le romantisme.

Quatuor avec piano n° 1, KV 478 de Mozart

 

Vêtu d’une tunique blanche, Gidon Kramer, qui fêtera l’année prochaine ses 80 ans, rejoint la scène d’un pas traînant. De son côté, Mikhaïl Pletnev, dix ans son cadet, en chemise mao noire, met ses lunettes de vue car il jouera la pièce avec une partition. Dirigeant le quatuor depuis le piano, Pletnev nous offrira le fabuleux piano qu’on lui connaît : précis, tranchant et poétique, sans le moindre épanchement ni geste futile. Maxim Rysanov, l’altiste et chef d’orchestre ukrainien qui nous a déjà séduits au Festival de Salzbourg dans Chostakovitch, et la violoncelliste canadienne Luka Coetzee complètent ce quatuor qui interprète le Premier quatuor avec piano de Mozart.

 

Mozart compose son Quatuor avec piano n° 1 à la demande de l’éditeur Franz Anton Hoffmeister en 1785. À l’époque, le clavecin était encore l’instrument de choix, mais Mozart a écrit l’œuvre pour le pianoforte viennois, beaucoup plus proche du piano moderne. Au départ, Hoffmeister a commandé trois quatuors, mais après avoir observé la réception tiède du public viennois du premier, il a libéré le compositeur de l’obligation de terminer le cycle. Mozart a quand même écrit un deuxième quatuor avec piano l’année suivante, en mi bémol majeur, K. 493, et les deux comptent parmi les chefs-d’œuvre de sa musique de chambre. Le quatuor pour piano et cordes est un genre rare, dont Brahms, Schumann, Dvořák et Fauré ont composé les pièces les plus célèbres.

 

 

Dans son Premier quatuor d’une durée d’exécution de 24 minutes, Mozart réussit une parfaite synthèse entre concerto pour piano et musique de chambre pour cordes. Organisé en trois mouvements – un allegro de sonate, un mouvement lent lyrique et un rondo virtuose – comme un concerto pour piano, le Quatuor n° 1 intègre néanmoins le piano au dialogue entre instruments et ne lui accorde pas de cadence soliste. Déconcertant pour les amateurs de l’écriture mozartienne, dans le Quatuor n° 1, Mozart abandonne son style léger et brillant et crée une ambiance sombre, tendue et accablante qui explique sans doute l’accueil froid des Viennois, mais qui est loin de nous déplaire, d’autant plus que Kremer, Pletnev, Rysanov et Coetzee jouent dans un esprit de complicité et d’équilibre remarquables. Contrastant avec les trois mouvements, le piano coupe à travers les cordes comme un bistouri, tandis que les musiciens nous livrent un Mozart dépoussiéré, profond et attachant.

 

La Sonate « Grand duo » de Franz Schubert

 

Le programme se poursuit avec la Sonate pour piano et violon en la majeur, D. 574 de Schubert. Écrite en 1817, cette sonate en quatre mouvements ne sera publiée qu’en 1851, bien après la mort prématurée du compositeur en 1828, alors qu’il n’avait que 31 ans. La Sonate « Grand duo » sera créée en 1864 au Musikverein de Vienne. Son charmant Allegro moderato initial, de forme sonate régulière, est foisonnant d’idées que Kramer et Pletnev livrent avec une allégresse séduisante. Le très énergique Scherzo presto qui suit fait fondre les voix des deux instruments encore plus intimement. Les deux légendes donnent l’impression d’une grande complicité, qui se traduit par une interprétation fluide et parfaitement accordée. Au violon, Kremer compense une certaine perte de vigueur par la finesse du jeu, et Pletnev l’y accompagne avec autant de délicatesse que de puissance sereine.

 

Le violon de Kremer est particulièrement chantant dans l’Andantino lyrique. Son thème principal, exposé par le violon, évoque un Lied. La partie centrale introduit un dialogue entre les instruments, qui fait penser à deux personnages mozartiens qui se répondent. La fin du mouvement fait réapparaître le premier thème, porté au piano, avant que tout ne s’évanouisse dans un suspense que Brigitte Massin, la biographe de Schubert, décrit « comme une promesse d’éternité ». Le finale – un Allegro vivace » est en forme de sonate et comporte quelques robustes coups d’archet qui se développent, avec le concours du piano, en un crescendo conquérant, avant de succomber à la grâce d’un mouvement de valse et au retour des fanfares du début qui concluent l’œuvre.

 

 

Sonate pour violon et piano de César Franck

 

Après l’entracte, Kremer et Pletnev se retrouvent pour jouer ensemble la célèbre Sonate pour violon et piano en la majeur de Franck, l’œuvre la plus jouée du compositeur. Composée en 1886, la Sonate pour violon et piano est caractéristique de Franck : architecture travaillée, l’équilibre des instruments, et de nombreux thèmes réunis par la forme cyclique chère au compositeur belge. Créée en décembre 1886 à Bruxelles par son dédicataire, le violoniste belge Eugène Ysaÿe, et la pianiste française Marie-Léontine Bordes-Pène, l’œuvre de Franck aurait inspiré Marcel Proust à imaginer la sonate de Vinteuil dans À la recherche du temps perdu.

 

Plutôt que d’insister sur le vibrato expressif, Kremer maintient la ligne du violon sans excès, gracile et ramassée, presque tranchante, sans jamais renoncer à la luminosité. De son côté, le piano de Pletnev plane au-dessus sans jamais déborder : un nuage orageux, une déferlante douce ou encore une pluie fine et rafraîchissante. Clairement, les deux musiciens ont trouvé le ton juste, l’équilibre respectueux et le dialogue complice entre les deux instruments. Optant pour un phrasé souple et sensuel, Kremer et Pletnev offrent au public aixois un beau moment de musique et de communion poétique.

 

Visuels : © Caroline Doutre