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Philharmonie de Paris : Retour à Gustav Mahler pour Sir Simon Rattle

par La redaction
01.06.2026

Sir Simon Rattle et le London Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris, l’affiche est prestigieuse sans être inhabituelle, surtout dans un programme Strauss et Mahler. Spécialiste du compositeur autrichien qu’il dirige depuis toujours, le célèbre chef britannique crée encore la surprise et, malgré une déception, reçoit un accueil triomphal de la salle parisienne qui l’accueille chaque saison depuis son ouverture.

 

Par Hugues Rameau-Crays

Le 31 mai 2026, les spectateurs parisiens de la Philharmonie ont retrouvé l’ambiance internationale de leur capitale lors d’un concert de prestige. Dans le brouhaha, mélange d’allemand, d’anglais, de coréen, de japonais, de slave ou de français, un tapis rouge aurait pu être déroulé comme à Cannes pour accueillir le London Symphony Orchestra, l’un des meilleurs orchestres au monde, dirigé par son chef honoraire, le célèbre Sir Simon Rattle. Le grand artiste qui a présidé notamment à la destinée du Berliner Philharmoniker a été révélé dans les années 80 grâce à ses enregistrements des symphonies de Mahler avec son premier ensemble, le City of Birmingham Symphony Orchestra. Même si le compositeur autrichien n’a jamais quitté son répertoire, était-il intéressant de l’entendre encore diriger la quatrième symphonie où tout semble avoir été dit ou entendu ?

Avant Strauss et Mahler, les collages de Roberto Gerhard

En construisant un programme inversement chronologique, Rattle a intelligemment choisi de faire dialoguer Richard Strauss et son œuvre testamentaire Vier letzte Lieder (1950) avec une rareté, la symphonie n° 3 « Collages » de Roberto Gerhard (1961) qui a ouvert le concert. Les pièces ayant été créées toutes deux au Royal Albert Hall de Londres, l’Europe musicale ne pouvait trouver meilleure illustration avec Gerhard, compositeur né près de Barcelone d’un père suisse allemand et d’une mère alsacienne, ayant étudié le piano avec Enrique Granados et la composition avec Arnold Schönberg à Vienne puis Berlin, avant de revenir à Barcelone (après un bref passage par Paris, il s’exilera à Cambridge pour fuir le franquisme) ! Sa symphonie de 20 minutes est intéressante sans être véritablement révolutionnaire, avec cependant une originalité. En effet, le compositeur a intégré à sa musique, où l’on devine l’influence de l’école de Vienne, une bande préenregistrée de bruits « crépitants et indéterminés » comme le dit très justement le programme de salle. Dans la parfaite acoustique de la Philharmonie de Paris où l’on apprécie la transparence de chaque pupitre du LSO, le son projeté par haut-parleurs placés de chaque côté de la scène aplatit la spatialisation naturelle, comme si Pierre Henry s’invitait bruyamment dans le Répons de Boulez. Il faut avouer également que ce « collage » audio accuse son âge en 2026 où la technique a fait un progrès considérable.

Le London Symphony Orchestra entre trivial et sublime

Avec les Vier letzte Lieder, dans les mélismes de la sublime musique de Richard Strauss, Sir Simon Rattle fait ensuite rutiler les sonorités du London Symphony Orchestra. Le chef crée une dynamique en soulignant l’articulation de certaines phrases tout en respectant la ligne vocale. Mozartienne incontestable, Lucy Crowe est mise en difficulté par le grave de Frühling où elle cherche à grossir un son qu’elle maîtrise difficilement. Sophie idéale du Rosenkavalier, la soprano possède l’aigu straussien aérien et enlevé, mais il faut reconnaître que, désormais, la voix détimbre avec un vibrato et quelques problèmes de justesse qui s’invitent malgré d’indéniables beautés. Ses nuances accompagnent le clair-obscur obtenu par Rattle qui porte l’orchestre jusqu’au sublime comme il le fera dans la quatrième symphonie de Mahler.

 

Dès les premières notes de cette symphonie où l’on remarque un jeu sur les fluctuations de tempo, les mélomanes savent qu’ils vont assister à une leçon de direction tant Rattle se montre étourdissant. Dans le premier mouvement, il est à la fois primesautier et profond dans une grande liberté de ton. Chaque pupitre explose de fraîcheur avec une conduite qui pourrait paraître peu orthodoxe, mais qui ne fait que souligner la phrase, redynamisée sans cesse. Dans le deuxième mouvement, les sons braillards et appuyés donnent du relief et beaucoup de vie pour contraster avec les pianissimos superbement amenés du troisième mouvement. La maîtrise absolue des musiciens du London Symphony Orchestra atteint l’indicible dans cette musique qui nous entraîne au paradis dans le quatrième mouvement chanté. Lucy Crowe est plus à son aise dans cette partie où Rattle s’amuse dans une certaine trivialité avec des sonorités joliment agressives qui ne font que révéler les moments de pure beauté. Malgré la déception vocale, la salle a réservé un triomphe à l’ensemble des artistes partis sans rappel alors que les applaudissements crépitaient encore. Une grande soirée à la Philharmonie de Paris, une de plus avec Sir Simon Rattle et le London Symphony Orchestra, qui prouvent qu’ils ont encore beaucoup à dire…

Visuel : Sir Simon Rattle © Oliver Helbig