Le quatuor Diotima, dédicataire de nombreuses compositions, est à l’honneur au Festival Messiaen. Il y propose trois concerts à l’Eglise de la Grave, les 28, 29 et 30 juillet. Une édition du festival qui met également à l’honneur l’Ensemble Intercontemporain et le compositeur britannique George Benjamin. Mais comment rendre hommage à Olivier Messiaen quand on est un quatuor et que le compositeur du quatuor pour la fin des temps, n’a jamais composé de quatuor dans sa forme canonique (son œuvre la plus célèbre compte une clarinette et un piano) ? Alexis Descharmes, violoncelliste des Diotima nous parle de filiations inattendues à travers deux siècles de musique.
Il renvoie au poète allemand Friedrich Hölderlin, qui dans son roman Hyperion incarne le romantisme, mais aussi à l’œuvre de Luigi Nono, Fragmente, Stille, An Diotima, qui est une pièce-phare de la création contemporaine des années 1960. Ce nom résume tout notre projet : que le XIXe et le XXIe siècle puissent coexister dans un même concert !
En tant que violoncelliste, il est évident. En tant que membre du quatuor Diotima, il est moins direct puisque Messiaen n’a pas composé de quatuor à cordes. Mais il est néanmoins l’héritier de Debussy et de Ravel, et on considère que Pierre Boulez est son l’héritier, comme peuvent l’être beaucoup de compositeurs du XXe siècle, puisque c’était aussi un grand professeur qui a eu comme élèves dans sa classe du Conservatoire de Paris : Yvonne Loriod, Pierre Henry, Michel Fano, Jean Barraqué, Gilbert Amy, Karlheinz Stockhausen, Paul Méfano, François-Bernard Mâche, Gérard Grisey, Tristan Murail, Michaël Levinas, Betsy Jolas et justement, George Benjamin. Pour nous, il y a une continuité dans le répertoire des XIXe, XXe et XXIe siècles, et Olivier Messiaen est un repère absolument central dans cette continuité. Ce qui est important, c’est qu’il a toujours été tourné vers les jeunes, notamment par le biais de son célèbre cours de composition. Et ce n’est pas un hasard si le festival qui porte son nom est également tourné vers la création. C’est d’ailleurs ce qui justifie notre présence à la Meije.
Le lieu est magique. C’est très inspirant. On comprend pourquoi Messiaen a eu un coup de cœur pour cet endroit : l’amour des eaux et de la montagne, la tranquillité propice à la composition. Qu’on soit plus ou moins proche de sa musique, on ne peut qu’être inspiré par ce paysage à couper le souffle. Pas besoin de travailler dans la création contemporaine pour ressentir cela. C’est un cadeau pour tout le monde.
Benjamin n’a pas non plus composé de quatuor à cordes ! Certains d’entre nous ont joué d’autres formes de musique de chambre et d’orchestre avec lui, mais pas encore de quatuor. Pour ma part, j’ai travaillé avec lui il y a très longtemps, quand j’étais étudiant. J’ai énormément appris auprès de lui. C’était une relation d’étudiant à chef d’orchestre confirmé et je n’attends qu’une occasion de travailler avec lui à titre professionnel. Et peut-être qu’ici, à La Grave, devant ce paysage sublime, nous pourrons le convaincre d’écrire son premier quatuor ! Benjamin a été l’élève de Messiaen, il a une vraie affection pour la musique française, il parle couramment français et c’est un magnifique mélomane. Nous avons donc imaginé des programmes qui tracent des lignes de filiation. Nous ne pouvions pas jouer trois concert sans proposer l’une des grandes partitions du répertoire à cordes du XIXe siècle et nous avons choisi Debussy. Et puis nous avons choisi un jeune compositeur anglais, dans la veine de Benjamin et qui a été son élève : il s’agit de Christian Mason, pour une nouvelle pièce dont nous faisons la création française le 7 juin prochain à l’occasion du concert d’anniversaire de nos 30 ans au Théâtre des Champs Elysées.
Tous ces compositeurs et compositrice ont un rapport fort à la musique française. Saariaho comme Benjamin ont été extrêmement attirés par la France et fascinés par sa culture. Szymanowski habitait en France, faisait partie de ces étrangers qui ont élu domicile ici. Mozart a vécu plusieurs fois en France. Misato Mochizuki partage sa vie entre la France et le Japon. Christian Mason partage sa vie avec une Française. Il y a des compositeurs du monde entier qui sont attirés par la France. Bien sûr, on ne peut pas parler de culture française sans parler de musique française. Mais certains compositeurs se laissent aussi inspirés par sa culture picturale, sa peinture, sa sculpture, son architecture. Saariaho a été inspirée par les Nymphéas de Claude Monet. Quand à la pièce de Pesson, Bitume : il ne s’agit pas d’une ode à l’urbanisme mais à la photographie et notamment à son invention qui a eu lieu en France, comme plus tard le cinéma avec les frères Lumière.
Oui, ce sont deux grands compositeurs d’opéra très présents sur les scènes internationales, aussi bien au Festival d’Aix qu’au Met de New York. On peut dire que leurs opéras ont été créés dans les mêmes lieux. Une année l’un, puis l’autre. Et quand il parlent l’un de l’autre, il y a une grande estime réciproque.
C’est un organe presque indispensable pour une formation comme la nôtre. Il est essentiel de faire travailler les jeunes quatuors à cordes. Comme Olivier Messiaen a fait énormément pour les jeunes compositeurs, il est bien que le festival soit une scène ouverte pour les générations après lui. C’est dans cet esprit que nous nous reconnaissons pleinement ici.
Il y a donc le concert anniversaire du 7 Juin avec le Quatuor no 15 op. 132 de Beethoven et la création française de Christian Mason. Nous sortons à cette occasion un album dédié à Beethoven Et à l’automne, nous enregistrons Brains de Misato Mochizuki et un cycle de quatuors de Kaija Saariaho.
Festival Messiaen, du 25 juillet au 1ier août 2026, la billetterie est ouverte.
visuels : Michel Nguyen