Dans la fiction radiophonique Retour à Gabily réalisée par Sophie-Aude Picon dans le cadre du cycle estival Fictions France Culture en public, Emmanuelle Béart, Océane Caïraty, Vincent Dedienne et Stanislas Nordey font résonner l’oeuvre de Didier-Georges Gabily au Musée Calvet. Délicatement et puissamment.
Immense, incisive, exigeante, précise, fragile. Les adjectifs qui qualifient la langue de Didier-Georges Gabily insistent sur sa singulière démesure et son affirmation – qui n’a d’égale que celle de ses contemporains, eux aussi morts trop jeunes, Bernard-Henri Koltes et Jean-Luc Lagarce. Il faut dire que D.-G. Gabily aspire très vite au théâtre, au roman, au cinéma et à la télévision. « Dans ce mouvement conjoint » qui le fait dramaturge et metteur en scène, écrivain et scénariste, D.-G. Gabily, c’est l’artiste-infini.
Et si en dépit des apparences, l’oeuvre du fondateur du Groupe T’Chan’G en 1991 relevait moins de l’excès que du manque ? Entre révolte et spleen pas idéal, c’est bien ce que l’entend 30 ans après sa disparition prématurée à l’âge de 40 ans dans Retour à Gabily dans la Cour du Musée Calvet. D.-G. Gabily, c’est l’icône oubliée.
L’agrégat de textes aux genres et aux tons extrêmement contrastés – A tout va, Notes de travail, Chimères et autres bestioles, Violence et Contention – nous entraine dans une sorte de maelström poétique. Où création, drame intime et saillies d’avant-garde s’entrechoquent dans le flux ininterrompu des voix de Emmanuelle Béart, Océane Caïraty, Vincent Dedienne et Stanislas Nordey – grand ami de D.-G. Gabily – , restituant ainsi la rhapsodie d’une époque qui s’adresse pourtant à aujourd’hui. D.-G. Gabily, c’est la figure d’éternité.
Au fil d’une presque rêverie suspendue, la fiction se faufile dans les questionnements existentiels de l’auteur – qui est « par-dessus tout l’ange du doute » – et le document – où l’ « on voit le fleuve, le pont », où l’« on entend le bruit de la mer ». L’art fait corps avec la vie comme pour y ajouter une nuance complémentaire : « quand les mots se tordent, vient l’image tordue ». D.-G. Gabily, c’est l’artiste-continu.
L’attention délicate que portent Emmanuelle Béart, Océane Caïraty, Vincent Dedienne et Stanislas Nordey à la quotidienneté, la sensibilité qu’ils donnent aux moments de doute, la manière dont ils saisissent la vulnérabilité, le soulèvement comme onde de choc ou l’amour font la beauté frémissante de la redécouverte de l’oeuvre de D.-G. Gabily par la lecture publique. Dans les modulations, les voix ouvrent. La musique de Olivier Mellano en capture les tremblements. Nous en héritons dans une multitude de reflets jusqu’à l’éblouissement tenace. D.-G. Gabily, c’est l’auteur-plus qu’ailleurs.
De son voyage au bout de la nuit noire, D.-G. Gabily est revenu.
Extraits choisis par Stanislas Nordey et Sophie-Aude Picon dans À tout va, Notes de travail, Chimère et autres bestioles, Violences et Contention publiés chez Actes Sud.
Stanislas Nordey publie aux Éditions Espaces 34 qu’il dirige depuis juillet 2025, l’inédit Zoologie, premier d’un cycle à venir.
A glisser dans son sac de plage, le podcast https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-fictions-avignon/retour-a-gabily-4374302
Visuel : Festival Avignon