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« Inventaire de ce qu’il reste après que la forêt a brûlé » de Michele Ruol : ce que les objets savent de nous

par Marianne Fougère
27.08.2026

Un premier roman d’une pudeur bouleversante, où les choses ordinaires deviennent les dépositaires d’une famille fracassée.

Après l’incendie

 

Il y a eu Aîné, puis Cadet. Puis l’accident qui les a tués. Et après, Mère et Père, seuls dans une maison soudain pleine de tout ce qui reste. Michele Ruol raconte cette famille non pas en suivant une chronologie classique, mais en passant d’un objet à l’autre, d’une trace à une autre, comme si chaque chose conservée ouvrait un angle différent sur ce qui a été vécu.

 

Le procédé de l’inventaire n’a pourtant plus rien de neuf en littérature. D’autres avant lui ont déjà fait des objets, des pièces, des listes, une architecture du récit. Mais Ruol parvient à lui redonner une nécessité. Ici, chaque élément agit comme une facette de kaléidoscope : isolé, il ne dit presque rien ; déplacé parmi les autres, il finit par faire apparaître une famille entière, ses habitudes, ses tensions, ses tendresses, puis l’onde de choc qui traverse tout après la disparition des enfants.

 

Ce qui reste vraiment

 

Ce qui impressionne surtout, c’est la façon dont le roman refuse de transformer le deuil en sujet massif qui écraserait tout le reste. Le chagrin circule dans les gestes, les objets, les souvenirs, les années qui passent. Vingt ans après, certaines choses sont toujours là, mais leur sens a changé. Le quotidien devient une archive involontaire.

 

Nous avons refermé ce livre avec la sensation très nette qu’il allait rester longtemps. Peut-être parce qu’il ne cherche jamais à arracher les larmes, seulement à montrer ce que l’absence dépose dans une vie. Peut-être aussi parce que cette attention aux objets, que l’on retrouve chez tant d’auteurs ces dernières années, prend ici une force particulière : ils ne sont ni fétiches ni symboles faciles, mais les témoins muets de ce que les vivants continuent à porter. Inventaire de ce qu’il reste après que la forêt a brûlé est un roman profondément bouleversant, précisément parce qu’il sait que certaines catastrophes ne finissent jamais vraiment : elles changent seulement de forme.

Notre dossier rentrée littéraire 2026

Michele Ruol, Inventaire de ce qu’il reste après que la forêt a brûlé, sortie le 27 août 2026, 240 p., 21 euros.

Visuel : @ Couverture du livre