Après Le Jeu de la Reine (2023) et Motel Destino (2024), le réalisateur brésilien Karim Aïnouz est de retour avec Rosebush Pruning.
Présenté en compétition à la Berlinale cru 2026, Rosebush Pruning est une libre adaptation de Les Poings dans les Poches (1965), premier long métrage de Marco Bellocchio. La famille bourgeoise italienne de l’œuvre originale se mue dans le nouveau long métrage de Karim Aïnouz en une famille américaine ultra riche, expatriée depuis quelques années en Catalogne. L’autre différence entre les deux films est que la mère aveugle de Les Poings dans les Poches est ici remplacée par le patriarche (glaçant Tracy Letts), également aveugle, tandis que la mère (Pamela Anderson) aurait été dévorée par les loups.
On retrouve par ailleurs dans les deux films une fratrie de quatre enfants, trois frères et une sœur, dont les prénoms ont été modifiés dans la nouvelle version. Rosebush Pruning s’offre également une voix off en la personne du taiseux et observateur Edward (Callum Turner), le second garçon. Dès le départ, il annonce que les membres de sa famille sont des égocentriques inintéressants, exclusivement captivés par la mode et la musique, qui vivent reclus dans une immense demeure. Au milieu du benjamin épileptique Robert (Lukas Gage), de la sœur possessive Anna (Riley Keough) et du géniteur pervers, seul Jack (Jamie Bell), l’aîné de la fratrie, détonne du reste de ce clan apathique, troublant et violent.
Rosebush Pruning plonge le spectateur dès les premières séquences dans le quotidien étrange de cette famille complètement déconnectée du monde réel, gangrenée par une violence qui a fait de ses membres des être dénués de toute émotion. Mais lorsque Jack tombe amoureux de Martha (Elle Fanning) et envisage d’emménager avec elle, l’équilibre déjà inexistant de la famille explose lentement mais sûrement. Là où Les Poings dans les Poches choisit une approche psychologique naturaliste, Karim Aïnouz, avec la complicité du scénariste Efthimis Filippou – fidèle collaborateur de Yorgos Lanthimos -, déroule une analyse de la haute bourgeoisie trash et cruelle à l’ironie plus acide qu’un jus de citron pur.
Magnifié par la photographie en 35 mm splendide et colorée de la cheffe opératrice française Hélène Louvart, Rosebush Pruning propose un contrepoint puissant à son récit glauque grâce à sa mise en scène maîtrisée et lumineuse, empreinte d’une bizarrerie malaisante et omniprésente qui fait mouche. Et si la forme semble parfois dépasser le fond, le dernier-né de Karim Aïnouz n’en reste pas moins une proposition singulière et hypnotique, pimpé par un casting aux petits oignons remarquable dans les traits de ces personnages aussi horribles que profondément meurtris qui hantent un moment après visionnage.
Rosebush Pruning de Karim Aïnouz. Avec Callum Turner, Jamie Bell, Riley Keough, Elle Fanning… Allemagne, Italie, Grande-Bretagne, Espagne. 01h36. Disponible sur Mubi le 21 Août 2026.
Visuel : © D. R.