26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    26.07.2026 : un attentat islamiste fait 1 mort et 16 blessés à la Pride de Berlin    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs
Actualités
Agenda
Écrans
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

« Paradise » de Jérémy Comte : un premier long-métrage prometteur

par Cecilou Aubertin
18.08.2026

Un bateau prend feu dans la nuit. C’est par cette image que s’ouvre Paradise

Dès les premières minutes, le film s’installe dans un entre-deux onirique, hésitant entre le rêve et le cauchemar. Les flammes du début semblent continuer de brûler en arrière-plan de chaque scène. Avec Paradise, son premier long métrage, le réalisateur québécois Jérémy Comte nous plonge dans la vie de deux jeunesses perdues qu’il fait dialoguer, séparées par un océan mais réunies par la solitude, la misère, l’absence et l’errance. On ne sait pas où situer le film entre drame, thriller et rêve éveillé.  Présenté dans la section Panorama lors du dernier festival de Berlin, le film s’impose par une histoire troublante et une esthétique fascinante.

En salles le 19 août.

 

 

Le réalisateur avait été révélé avec son court-métrage Fauve, nommé aux Oscars. Son premier long-métrage est coécrit avec le scénariste ghanéen Will Niava.

D’un côté, Kojo, jeune Ghanéen est fils de pêcheur. De l’autre, Tony, adolescent québécois qui vit avec sa mère dans une petite maison de banlieue. On pourrait penser que tout les oppose, que ce soit leurs langues, leurs paysages, leurs conditions de vie. Pourtant, très vite, le film fait apparaître leurs ressemblances. Tous deux errent aux portes de l’âge adulte, cherchent leur place et vivent avec l’absence d’une figure paternelle. Ces deux trajectoires parallèles finissent par se rejoindre.

Cette construction en miroir se lit jusque dans l’affiche du film, qui superpose Kojo et Tony comme deux reflets. Elle annonce en amont les trajectoires qui s’éclairent mutuellement et qui ne cessent de se répondre.

 

 

 

Trois parties pour un même vertige

Paradise est construit en trois parties : « Le Navire », « Le Capitaine » et « Le Feu ». Cette structure accompagne le spectateur dans un récit qui est au départ mystérieux, puis qui se tourne vers le drame, avant de se transformer brutalement en thriller.

Le film commence par un rêve, celui du père de Kojo : « J’en ai repêché un. Un Américain. Le capitaine. ». Dès ces premières minutes, on ne sait pas toujours ce qui relève du souvenir, du mensonge, du rêve ou de la vérité. 

Le Ghana apparaît d’abord comme un territoire foisonnant de personnes, de bruit et de couleurs. Kojo observe avec fascination les gangs qui jettent des billets dans les rues. Surnommé « l’enfant de chœur », le jeune homme est pourtant contraint de ruser pour trouver de l’argent. Lorsque son père disparaît en mer, son errance prend une autre dimension.

Puis le film traverse l’océan pour trouver un autre ton, aux couleurs froides et ternes du Canada. Tony enchaîne les petits boulots, retrouve ses amis et tente lui aussi de donner un sens à son existence. Il n’a jamais connu son père. Lorsque sa mère échange des messages avec un homme sur Messenger, Tony commence à se demander s’il pourrait s’agir de son géniteur.

Le contraste entre les deux pays est donc évident, mais il ne sert jamais simplement à opposer un « ici » et un « ailleurs ». Au contraire, Jérémy Comte s’en sert pour montrer que la misère et la solitude prennent des formes différentes selon les environnements. 

Surtout, le film touche à un sujet rarement traité au cinéma, celui de l’escroquerie en ligne. On pense notamment au Cambodge, où ces réseaux de fraude prospèrent dans des zones grises liées à un litige territorial avec la Thaïlande. Paradise laisse deviner ces mécanismes à travers le quotidien de Kojo, happé malgré lui par un système qui dépasse son échelle individuelle.

 

 

Deux jeunesses, une même solitude

Kojo et Tony ne sont pas des héros classiques. Il n’y a d’ailleurs pas véritablement de héros, ni de méchants, mais chacun semble agir depuis sa propre souffrance.

Le film construit ainsi les deux solitudes, provenant d’une absence de repères, qui semblent marquer le fil conducteur. Celle de Kojo, confronté à une réalité qui le pousse progressivement vers l’illégalité, et celle de Tony, plus silencieuse mais pas moins violente. Ici, la famille apparaît à la fois comme une force et comme un espace de solitude. 

Cette réflexion sur la solitude dépasse d’ailleurs les deux personnages. Le film suggère une forme de détresse sentimentale et sociale propre à une jeunesse qui cherche désespérément à se rattacher à quelqu’un ou à quelque chose. L’argent peut alors sembler offrir une échappatoire. Mais il fait au contraire naître la culpabilité, comme si toute tentative d’échapper à leur condition avait un prix moral à payer.

 

 

Une esthétique qui porte le récit

L’une des particularités de Paradise, c’est son esthétique. Parce que les dialogues sont relativement peu nombreux, la mise en scène prend toute son importance et laisse souvent les images raconter ce que les personnages ne disent pas. La caméra est toujours en mouvement. Les rues, les déplacements, les conversations, la pêche, les trajets en skate ou encore les paysages donnent une odeur et des saveurs particulières à l’histoire. Ce ciel orangé traversé d’oiseaux devient ainsi une image suspendue et menaçante, laissant d’autant plus au spectateur le temps de s’y téléporter. 

L’eau et le feu reviennent comme deux motifs essentiels. Ils se répondent d’un continent à l’autre et donnent au film une dimension symbolique. L’eau évoque la disparition, le naufrage, mais aussi la possibilité d’un passage. Le feu, lui, détruit et transforme. Entre les deux, les personnages semblent pris dans un mouvement permanent de disparition et de renaissance.

Même un détail apparemment banal prend une dimension symbolique. À plusieurs reprises, la caméra s’attarde sur les écouteurs de Tony qui se démêlent. Ils deviennent l’image de son propre désordre intérieur, fait de questionnements, de panique, et de tout ce qu’il ne parvient pas à démêler en lui-même.

La musique aussi participe pleinement à cette immersion, cherchant à prolonger les atmosphères si particulières rendues par les lumières. C’est grâce à ces dernières que certaines scènes restent en mémoire. 

 

 

Un film qui nous étourdit et nous ouvre les yeux

Une sensation d’étourdissement traverse tout le film. Paradise donne parfois l’impression d’un mauvais rêve éveillé dans lequel les mensonges s’accumulent, les certitudes disparaissent et le spectateur se retrouve, comme les personnages, face à beaucoup d’incompréhensions.

La mise en scène accompagne cet état, notamment lorsque Tony se drogue. Le spectateur est placé dans une forme de confusion, où l’on ne comprend pas toujours immédiatement ce qui arrive, mais où l’on ressent la perte de repères du personnage.

Si Paradise nous étourdit, c’est pour mieux nous ouvrir les yeux. Derrière l’argent, la violence ou les apparences, il montre des individus fragiles, souvent isolés, qui cherchent simplement une manière d’exister.

 

 

De la haine à l’amour

Dans ce récit, les victimes peuvent devenir oppresseur·euses, et celle.eux que l’on croyait coupables apparaissent elles.eux-mêmes comme des victimes.

De la même manière, il parle de haine en parlant d’amour, de violence en parlant de solitude et d’argent en parlant de manque. 

Dans cette perspective, la rencontre entre Kojo et Tony sonne en écho avec le rêve du début. Cette fois-ci, c’est Kojo qui vient sauver Tony, « l’américain ». Après avoir passé tout le film à les observer comme deux adolescents séparés par des milliers de kilomètres, le récit finit par les réduire à leur humanité commune.

 

 

Une œuvre prometteuse

Un aspect nous questionne dans ce film : la faible présence de personnages féminins, à l’exception de celui de la mère. D’autant plus que ce personnage serait justement celui auquel on pourrait le plus associer la figure de victime. 

Outre cela, Paradise possède la force de poser une multitude de questions, à propos de l’isolement, de la famille, du capitalisme, des mécanismes qui conduisent à l’illégalité ou bien même de la vulnérabilité des individus face à des systèmes qu’iels ne maîtrisent pas.

 

Porté par les acteurs Daniel Atsu Hukporti et Joey Boivin-Desmeules, Paradise est un film étrange, parfois brutal, souvent hypnotique. Et si l’on y regarde d’un peu plus près, cette solitude qui traverse tout le film peut être perçue comme le produit d’un système qui pousse chacun à vouloir toujours plus, quitte à voler, à mentir ou à faire du mal à l’autre pour y parvenir. De cette course, naît la méfiance ; de la méfiance, la distance ; et de la distance, la haine. Peut-être que le film cherche ici à montrer comment le capitalisme, en creusant les inégalités, fabrique ses propres solitudes. 

 

 

Paradise, de Jérémy Comte, avec Daniel Atsu HukportiJoey Boivin DesmeulesEvelyne de la Chenelière, Canada, France, Ghana, 1h33, sortie le 19 août.

Visuel principal : TANDEM

Visuel 1 : Affiche du film