Dans cette exposition présentée à l’occasion des 57e Rencontres photographiques d’Arles, en partenariat avec Maja Hoffmann et Saint Laurent, Charlotte Gainsbourg dévoile pour la première fois, dans une exposition, ses clichés photographiques. Pris dans la maison de son père, Serge Gainsbourg, au 5bis rue Verneuil à Paris, ses clichés renferment toute la poésie des ultimes visites, des dernières fois avant que cet antre emblématique ne devienne un musée dédié à la vie et au travail de cette icône française, avant qu’elle ne soit plus sa maison, à elle.
La salle choisie est simple, longiligne, un rectangle en somme, plongé dans le noir. Seuls les tirages se tirent de la pénombre, du passé. Elle l’écrit elle-même, sur le poème à l’entrée : « je regarde avant que cela ne m’échappe ». La majorité des 31 clichés est en noir et blanc, comme pour souligner l’immuabilité et l’intemporalité du lieu où rien, ou presque, n’a bougé depuis la mort de son propriétaire le 2 avril 1991.
Les compositions sont sobres mais complexes par les reflets et les cadrages qui capturent avec précision les éléments à mettre en avant, les détails qui font qu’un lieu raconte celles et ceux qui y ont vécu. Le livre 5BIS, publié par Saint Laurent Éditions, qui accompagne l’exposition vaut la peine de s’y attarder car il compile une (re)visite pleine et commentée. Les photographies, plus nombreuses que celles exposées, sont accompagnées de textes manuscrits, griffonnés, raturés, de Charlotte Gainsbourg.
Très émouvante, cette combinaison propose au lecteur-spectateur de suivre la Charlotte adulte qui, comme prise par la main par la Charlotte enfant, reprend possession des lieux. Ces lieux de souvenirs, doux et tragiques, qui semblent la hanter, et dont peut-être, par le médium photographique, a-t-elle réussi à sublimer la charge nostalgique. Du moins c’est ce avec quoi l’on quitte les lieux, ce que l’on espère.
Souvent l’appareil affleure, à juste hauteur de sol, ou d’objets, comme l’œil d’un sous-marin sortant à peine la tête de l’eau. Les clichés, réfléchis, semblent en même temps pris à la dérobée… « J’ai l’air d’une cambrioleuse {…} Je choisis. Sans toucher. Sans déplacer. Juste du regard. Je vole. »… Et souvent la nuit, comme le laisse penser les indicatifs sur les cartels… 05 : 12 : 00 / 01 : 10 : 00 / 06 : 35 / 01…
Le bidet où il se lavait, les insignes de policiers glanés étalés sur la table, le piano droit sur lequel elle jouait, les médocs, l’alcool, les escaliers et les meubles bâchés, les Repettos, le canapé affaissé, la marque de son corps sur les assises, son fauteuil… Son père, partout son père. Jane, sa mère, rôde aussi. Charlotte Gainsbourg croque, par ses souvenirs revisités, la maison autant que son père et la vie de famille qu’ils ont partagée, peignant le portrait d’un homme simple et malheureux, extravagant et provocateur, auquel elle semblait liée par une profonde tendresse partagée.
L’exposition est visible en accès libre gratuit jusqu’au 6 septembre à la galerie du cloître dans le cadre des Rencontres photographiques d’Arles. Elle sera ensuite présentée à Paris à partir du 24 septembre 2026 au sein de la boutique Saint Laurent Rive droite.