Entroncamento de Pedro Cabeleira sort le 1er juillet en salles. Un film qui nous immerge dans le quotidien de Laura, tentant de recommencer sa vie à zéro dans la ville d’Entroncamento.
Après avoir été projeté pour la première fois lors de l’Acid Cannes 2025, Entroncamento sort le 1ᵉʳ juillet en salles. Le film de Pedro Cabeleira suit Laura qui déménage à Entroncamento au Portugal. Fuyant son passé, elle va se lier avec des amis de son cousin qui participe à un trafic de drogue. Dans une ville où la violence est reine, la jeune femme va tenter de trouver sa place par tous les moyens.
Entroncamento est aussi la ville où a grandi le réalisateur. Petite mais densément peuplée, sa création devait servir à accueillir les ouvriers qui travaillaient sur la voie ferrée. Le coût de la vie qui augmente ces derniers temps au Portugal, pousse beaucoup à s’y installer. Résultat : des conflits sont nés entre les habitants de la ville et les nouvelles communautés arrivantes. C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages de ce long métrage.
Le film fait le portrait d’une ville qui mêle conflits et préjugés, sur fond de racisme ambiant envers la communauté gitane. Kidnapping, menaces de mort, trafic… Tout y passe. Mais la thématique principale semble être la vente et la consommation de drogue dans laquelle Laura va se lancer. Henrique Barbosa qui endosse le rôle de Gilinho, son premier au cinéma, joue un personnage faisant partie de la communauté gitane, comme lui-même. Dans Entroncamento, il est constamment victime de racisme, aussi bien de la part d’autres dealeurs que des parents des camarades de classe de sa belle-fille.

Cette violence est contrecarrée lors de courts instants où l’on voit à l’écran la fille de deux des personnages : Nádia et Bruno. L’innocence d’une enfant au milieu de ces conflits, inquiète autant qu’elle nous rassure. Inspirée par Cristian Mangiu et rappelant le cinéma noir de Jacques Audiard, la colorimétrie de la nuit et des clubs crée une ambiance spéciale. C’est cette vie secrète et de la nuit qui contraste avec les obligations familiales du jour des personnages.
Au milieu de la violence et de la drogue, deux femmes tentent de se faire une place tant bien que mal : Laura et Nádia. Toutes deux se lient par leur même colère étouffante et leur envie de s’extirper de ce monde. Nadia évite la violence, dès le début du film, face au conflit qui oppose son compagnon, Gilinho et un dealeur : « j’ai une fille », hurle-t-elle. Bien que le trafic lui permette de vivre financièrement, elle refuse de mettre sa fille en danger ou de faillir à son rôle de mère.

En ce qui concerne Laura, elle ne veut pas dire d’où elle vient et s’invente un nouveau départ. Mais malgré une nouvelle ville et un nouvel emploi, de vieilles habitudes reviennent. Au milieu d’un trafic de drogue, elle va néanmoins petit à petit prendre les commandes. Méfiantes mais sûres d’elles, Laura comme Nádia recherchent leur place dans un monde d’hommes et refusent d’être contrôlées.
À Entroncamento, première municipalité du Portugal à passer officiellement à l’extrême droite, les mentalités sont conservatrices et misogynes. Avec ces deux personnages féminins puissants, le réalisateur questionne la masculinité toxique qui ne faiblit pas dans cette ville. Pourtant, le spectateur.ice ne voit pas réellement d’évolution chez les personnages, si ce n’est dans leur soif de pouvoir. Faiblesse du scénario ou choix calculé ? On comprend, en tout cas, qu’il leur ai impossible d’échapper réellement à cette ville et cette misère.
Peu de films portugais filment la banlieue. Mais ces dernières années ces nouveaux récits se développent. Entroncamento nous rappelle alors les productions de Basil da Cunha ou encore João Miller Guerra.
Entroncamento de Pedro Cabeleira sort le 1er juillet en salles.
Visuels : © Les Alchimistes