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« Résurrection » aux Nuits de Fourvière, prophète de Mahler

par Louis Perquin
18.06.2026

Alors que les Nuits de Fourvière battent leur plein depuis plusieurs semaines déjà, les amateu.rices de musique classique attendaient encore le spectacle qui les comblerait pleinement. C’est désormais chose faite avec « Résurrection », la Symphonie n°2 de Gustav Mahler, dans sa  mise en scène novatrice par Étienne Guiol, artiste découvert avec sa scénographie des JO 2024.

Rarement un concert nocturne aura autant fait l’effet d’une bouffée d’air frais – et ce d’abord au sens propre du terme. Après plusieurs jours de cloisonnement contraint, la perspective de pouvoir assister à une interprétation de la deuxième Symphonie de Mahler sans finir immédiatement réduit à l’état liquide s’annonçait d’emblée réjouissante. A cette prosaïque satisfaction s’ajoutait évidemment la curiosité quant à ce qu’allait proposer Étienne Guiol sur le plan visuel, « Résurrection » se présentant avant tout comme une mise en scène totale de l’œuvre du compositeur allemand. L’écrin privilégié offert par l’amphithéâtre antique de Fourvière semblait d’ailleurs le meilleur moyen à la fois de faire résonner au maximum chacun des cinq mouvements de la partition, et de créer entre musiciens et spectateurs une communion sensorielle et émotionnelle profonde.

Sturm und Drang

Désormais célèbre pour avoir été l’artisan majeur de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, Étienne Guiol (épaulé par le Studio BK, dont il est le fondateur) a fait le choix d’interposer entre la scène et le public un rideau de chaînes métalliques, sur lesquelles sont projetées tout au long du concert des animations visuelles numériques. D’abord surprenant, ce parti-pris s’impose au final bien vite, et enrichit l’interprétation plus qu’elle ne l’opacifie. Il convient à ce titre de saluer comme il se doit l’orchestre de l’Opéra de Lyon, dont la virtuosité élève à de rares degrés d’intensité les acmés tumultueuses propres à Mahler. A ces pics succèdent cependant des phases d’apaisement, soulignées visuellement par le passage du noir et blanc à la couleur ; notons d’ailleurs que cette quête de douceur conduit même jusqu’au silence le plus total, à l’image de cet interlude muet qui sépare l’Allegro maestoso de l’Andante moderato. Ces instants suspendus, nécessaires à la respiration de l’œuvre et de son spectateur, sont toutefois toujours rattrapés par des élans de sauvagerie cathartiques – et ce jusqu’au final triomphal, où cymbales, cuivres, cordes et chœurs entonnent de concert l’hymne de la résurrection tant attendu. Le vacarme orchestral laisse alors la place à celui des applaudissements, après quoi il ne reste plus qu’à savourer, sur le trajet du retour, l’état d’extase angoissée où l’on s’est trouvé immergé près d’une heure-et-demie durant.

Voyage au bout des Nuits

Au sein d’une période particulièrement chargée en festivals divers, les Nuits de Fourvière prouvent une fois encore qu’elles restent un évènement incontournable de la scène culturelle française. Outre l’organisation au cordeau et le cadre magnifique, ce succès persistant s’explique avant tout par l’attention portée chaque année à la programmation, systématiquement tournée vers l’éclectisme et soucieuse de livrer du début à la fin des prestations qui réinventent la relation entre la création et son public. Sans doute les noms prestigieux de Sting (2006), Arcade Fire (2007), Blur (2009) ou des Arctic Monkeys (2018) s’imposent immédiatement dans l’imaginaire collectif comme des soirées d’anthologie ; mais ce serait négliger la spécificité du festival lyonnais que de ne pas saluer comme il se doit une proposition telle que « Résurrection », résolument singulière dans son approche de la musique classique. Ce n’est d’ailleurs pas les spectacles à venir qui contrediront cette volonté de communion artistique globale, puisqu’à Gustav Mahler succèdera dès ce soir Jack White, qui fait aux Nuits l’honneur de sa présence après un week-end passé à l’Olympia de Paris. En espérant que l’amphithéâtre tienne bon face à l’ouragan électrique qu’il se prépare à accueillir…

Visuels : © Nuits de Fourvière / Louis Perquin