Urgence ! Ivresse, la patronne du Tango à Paris, est pour quelques jours à Avignon. Elle tient salon dans le très chic Novotel de la ville, qui transforme ses salles de réunion en théâtre précaire. Avec un talent monstre, un style à toute épreuve, un vidéaste de génie et quelques tissus, la drag queen à l’allure almodovarienne nous entraîne dans la noirceur de son âme à coups de chansons kitsch qui font toujours pleurer.
Elle nous accueille, en perruque blonde lisse au carré et immenses lunettes noires. Ses lèvres sont très rouges et on devine que ses yeux sont maquillés malgré les verres fumés. Ivresse est un look, mais pas que. Elle écrit, elle chante, et on le découvre ici, elle est comédienne. Ce beau spectacle a donc un début et une vraie fin, elle nous le signale. Effectivement, tout tient ici : la scénographie, faite de quelques cartons et de grands tissus qui prennent vie grâce à la vidéo super arty de Daniel S., qui cultive les esthétiques des années 80.
Elle ouvre avec Emmenez-moi d’Aznavour en devenant l’ombre d’elle-même, juste une silhouette reconnaissable entre mille. Folle de divas, elle les convoque toutes, ambiance Alice Sapritch ou Sylvie Vartan période Par amour ou par pitié. Ce cabaret est plutôt, en réalité, une vraie pièce de théâtre qui nous raconte comment Ivresse, se retournant sur sa carrière, tente de faire le deuil impossible d’un amour mort.
Alors elle les convoque toutes et tous pour avoir un peu d’aide. Dalida, Michel Legrand, Brel, et, un peu comme Carolina Bianchi, elle s’autorise à se hisser à leur niveau en intégrant ses propres chansons à ce panthéon où, justement, elle ne lip-sync pas : elle chante.
Sublimé par le grand geste vidéo, qui transforme chaque chanson en œuvre d’art rétro, le spectacle nous attrape par le cœur pour nous faire entrer dans sa mélancolie puissante. La souffrance, la peine et la perte de son âme sœur : une réparation impossible face à la mort, au sens premier du terme.
Allez-y, courez-y. Elle ne partage pas sa vie pour l’éternité, seulement jusqu’au 14 juillet inclus, à 21 h 30, à la Comédie Saint-Roch, au Novotel d’Avignon.