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Festival d’Avignon : « Cuckoo », le riz amer de Jaha Koo

par Marie Anezin
08.07.2026

Dans ce festival d’Avignon consacré à la langue coréenne, l’artiste coréen multiforme Jaha Koo a indubitablement sa place, il y présente trois de ses spectacles dont le percutant Cuckoo.

 

La première étape

Actuellement exilé en Europe, révélé au Théâtre de la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne 2019, puis présent à plusieurs reprises au Kunsten Festival des arts, Jaha Koo montre avec sa trilogie The Hamartia Trilogy les enjeux d’un pays sous influence qui cherche coûte que coûte à rester compétitif.

 

21 novembre 1997, le FMI sauve la Corée du Sud du naufrage économique. Cela est perçu comme « une humiliation nationale ». Depuis plus de vingt ans la Corée manifeste, s’étrangle et meurt. C’est ce suicide symbolique que Jaha Koo veut transmettre, mais aussi l’individuel, qui mis bout à bout fait masse et devient au vu des chiffres une sorte de suicide collectif. Un suicide toutes les 37 minutes, des chiffres effarants.

La friction dans la fiction

La pression est mise, qu’elle soit sur les Coréens ou dans la magnifique rangée de rice cooker qui l’accompagne sur scène. Des comédiens presque comme les autres si Jaha Koo en était un, ce qui n’est pas vraiment le cas, nous sommes dans la friction de la fiction.
Un grand écran vidéo, en premier plan trois cuiseurs de riz aussi loquaces que productifs et Jaha Koo. Un témoin culpabilisant qui n’a pas su prendre le temps de l’écoute pour sauver un autre. Cette pièce est une accumulation d’images et de faits qui croisent les histoires intimes et celles de la grande histoire de la Corée du Sud. Faute de preuves données par l’État, tout dans le discours, les objets, les présences au plateau font preuve de faits que l’on ne veut dissimuler. Un témoignage non frontal, subtil, imagé mais tout autant incisif. Une robotisation excessive, des cuiseurs de riz qui, comme nos téléphones, oublieraient presque leur fonction première pour un remplacement de données humaines.
Jaha Koo enrobe son théâtre documentaire politique d’un côté espiègle, de beaucoup d’humour et d’une fantaisie qui font passer les pires sujets pour des moments récréatifs.
Nous sommes confrontés ici au suicide, dans sa large ramification, celle du pays et par ricochet d’une partie de ses habitants.

 

De ce qui pourrait être des anecdotes, la pose des portes palières du métro, Jahah Koo les ramène à des souvenirs personnels. Il porte au plateau un deuil et sous nos yeux fait une thérapie qu’il agrémente de ses compétences artistiques comme cette musique écrite pour son ami suicidé qui s’apparente à du Philip Glass dans une boucle sonore qui confirme l’enfermement. Une musique très belle.

Une société sous pression

Le lien est dans la dénonciation d’« une société sous pression ». Il pense en termes d’espace, un espace où on se sent isolé sans aide. Le public prend alors peut-être ce rôle, par sa présence, son statut lui aussi de témoin? Il accompagne ce peuple, le sort d’une solitude, lui offre son attention.
On sort de là ébranlés par la violence des images d’archives récentes où l’on voit la mort, en face, et « notre monde » semble lui aussi bien trop cuit pour pouvoir le sauver de la décharge.

Avec ce cas de géopolitique et la mise à jour des racines des crises économiques du XXIᵉ siècle, nous percevons le grain de riz qui coince la machine,  qui en fait un plat de résistance et rassasie notre appétit de vérité.

 

Dossier Festival d’Avignon

Visuel : Cuckoo, Jaha Koo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon