La grande boucle
Il est seul à nous recevoir sur le plateau. Sur son vélo d’appartement, Léo Gardy nous accueille avant de nous embarquer pour un voyage d’une heure et quart. Pendant qu’il déclamera son texte, l’incarnera même, l’effort physique sera constant. Car Léo Gardy pédale, sur du plat, en montée et en côte, en fonction de l’inclinaison de son vélo. Sur un écran situé sur le côté de la scène, le public prend conscience de l’exploit physique du jeune acteur (31 ans) : la vitesse et les battements du cœur sont constamment affichés, de même que la vitesse parcourue (27,4 km en fin de spectacle). Forcenés est un spectacle physique autant que littéraire.
Dopage et pression
Le texte de Philippe Bordas, un peu « surécrit » parfois, avouons-le, revient sur les grands exploits du cyclisme. Sur les capacités du corps humain à ne faire qu’un avec son vélo. Les noms défilent, pouvant facilement perdre les néophytes qui reconnaîtront ça et là quelques figures ultra connues. Car le spectacle n’a pas de visée pédagogique : il est avant tout une déclaration d’amour à ce sport, quitte à laisser sur le bord de la route certains spectateurs. La douleur de l’effort physique, le dépassement de soi, le vertige de la vitesse, mais aussi le dopage et la pression constante de toujours faire mieux. Porté par une belle musique d’Alexandre Meyer et des vidéos d’Othello Vilgard (très jolie descente du Mont Ventoux à la levée du jour), Forcenés réunit les grandes figures du cyclisme (Anquetil, Coppi, Hinault…) pour mieux décortiquer le mythe.