Les liens entre les spectacles sont assez étonnants. Che dolore terribile è l’amore est la seconde pièce à nous parler du massacre sur l’île de Jeju, le 3 avril 1948, et elle est également la deuxième à mettre en scène un livre. La comparaison n’est pas flatteuse puisque, à ce jeu, Island Story et Thésée, sa vie nouvelle sont bien meilleurs.
Le décor est élégant, léger, il laisse le cloître des Carmes en majesté. Nous avons des troncs d’arbre au milieu de la scène, des caisses à cour et à jardin et, au fond, une volière. Daria Deflorian est la première à nous parler. Les surtitres surplombent la galerie d’ogives, ce qui nous impose d’avoir les yeux au-dessus du jeu tout le temps. Rapidement, la pièce, jouée avec un ton monocorde assez propre au théâtre italien contemporain, nous berce sérieusement. Nous lisons donc plus que nous regardons, et cela n’est pas une mauvaise idée puisque ce texte est une merveille : Impossibles adieux de Han Kang, prix Nobel de littérature.
Une femme seule reçoit un coup de fil de son amie, qui vit sur l’île de Jeju, en Corée. Elle s’est sectionné les doigts et doit être hospitalisée trois semaines, elle craint pour son oiseau auquel elle tient tant et supplie donc son amie de venir immédiatement. L’amie s’exécute, et en arrivant de l’autre côté de son chez-elle, en plein hiver, elle se cogne à la mémoire blessée de l’île.
L’ennui qui se dégage de la proposition vient du fait qu’elle n’évolue jamais alors que cette histoire, puisqu’on a le temps et le loisir de bien la lire, a dans ses tripes des allures fantastiques, qu’elle fait renaître des morts qui parlent de leur famille disparue lors de ce massacre orchestré par des Coréens sur des Coréens parce que communistes. Contrairement à Island Story l’objectif n’est pas d’être documentaire. Che dolore terribile è l’amore est une fiction qui ne nous tient ni en haleine ni en émotion.
Daria Deflorian ne réussit pas son adaptation du roman, la pièce devient une lecture collective, ce qui n’est pas pour nous déplaire, cela aurait même pu être vertueux et contemporain, en projetant les mots partout sur les murs du cloître, par exemple. Son idée de faire jouer, en quelque sorte, le livre, de l’intégrer à cette histoire d’amitié reste en surface. Elle échoue également à nous transmettre le trajet de la mémoire, de l’omerta à la libération de la parole du massacre de Jeju, dont enfin la Corée a le droit de parler.
Jusqu’au 18 juillet
Visuel : Che dolore terribile è l’amore, Daria Deflorian, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon