Le OFF d’Avignon ouvre ses portes ; au hasard ou pas, sous une chaleur écrasante, on découvre Caroline en passant à côté du Théâtre l’Autre Carnot, il est 11 h.
Par Isa Annaba
À l’affiche Caroline, vêtue d’une robe jaune poussin, propose # WOMAN PARADOX ONE CONF’ SHO co-réalisé avec Stephane DUPONT, Directeur du Théâtre CARNOT et de l’AUTRE CARNOT.
Une petite salle fraiche, murs en pierre, une chaise en bois, le décor est simple, épuré, sans prétention.
Un « seule en scène » menée lumineusement par une exécutive coach en exercice depuis 25 ans, originaire d’Avignon, qui monte pour la première fois sur les planches.
Dès le début, le rire pointe le bout de son nez en évoquant l’injonction de garder le sourire, en toutes circonstances.
ON veut de la femme qu’elle soit Barbie parfaite qui lutte alors contre Barbie rebelle.
À la lueur de son profil de coach, le one-woman se transforme en thérapie de groupe où comment la femme évolue dans le monde de l’entreprise.
On sait que l’on va osciller entre le rire et l’introspection.
Le ton est donné.
Le texte est dense, évoquant la maïeutique socratique ou encore la loi de la résonance.
Elle nous explique vivre dans un BANI WORLD, Bani anagramme de brittle ( fragile), anxious ( anxieux), non linear (des relations de cause à effet imprévisibles, de petits évènements pouvant engendrer de grands bouleversements) et incomprehensible (un monde de plus en plus impénétrable vu l’abondance et la complexité croissante des informations).
À grand renfort d’expériences professionnelles cocasses, parfois humiliantes, Caroline est soumise, dans son quotidien, à quatre injonctions paradoxales qui parlent à tous ceux qui ont navigué dans le monde fabuleux de l’entreprise où le « corporate » prime sur l’individualisme.
La première injonction expose de manière didactique : plus tu fais plaisir pour être aimée moins les gens font l’effort de t’aimer puisque tu es vue par l’autre comme étant acquise.
La deuxième injonction, le « Black effect », quand la femme adopte des comportements agentiques socialement attribués aux hommes comme l’agressivité, le courage, la maitrise des émotions.
Elle est alors rejetée car ayant cessé d’être prévisible, résultat, la mise au placard.
La troisième injonction, le « queen bee phenomenon » ou le phénomène de la reine des abeilles.
La reine des abeilles manage les autres.
Si celle qui dirige est censée faire évoluer son poulain, dans la réalité, plus tu es compétente, plus tu risques d’échouer étant vue comme une menace par celle qui a déjà tant performé pour garder sa place.
La quatrième injonction est le paradoxe du contrôle selon lequel plus on contrôle, plus on est dans l’illusion de la performance.
Des thèmes instructifs et sérieux menés avec un humour doux- acidulé, sans concession, sur la place de la femme ou plutôt de l’Homme dans l’entreprise.
Si on tend bien l’oreille, le propos n’est pas destiné aux femmes mais à l’Homme, avec un grand H.
Et quand la seule en scène évoque l’Ikigai, mot japonais qui permet de désigner la raison pour laquelle tu te lèves le matin, on rêve d’un monde meilleur !
Dans la culture occidentale, l’ikigai se mue dans une quête individuelle de la joie de vivre et de la raison d’être.
Alors, une phrase prononcée résonne et/ou raisonne encore en soi après le spectacle, l’univers ne t’apporte pas ce que tu veux, il te reflète qui tu es !
Comment s’extraire de nos injonctions paradoxales en quatre rounds ?
Un kit de survie transmis au spectateur, une sorte de clé en main, finalise le show.
Ce spectacle sonne vrai et sincère, sans compromis et sans filtre, destiné à un public averti.
Pour en savoir plus, courez vite au Théâtre l’Autre Carnot !
Caroline # WOMAN PARADOX ONE CONF’ SHOW – Tous les jours au Festival Off d’Avignon à 11h00 excepté le jeudi THEATRE l’AUTRE CARNOT 7 rue Carnot 84000 AVIGNON
Visuel : ©L’autre Carnot