Comme tous les ans, l’ACID sera une nouvelle présente sur la Croisette afin d’offrir au public cannois une sélection de neuf longs-métrages aussi indépendants financièrement qu’artistiquement singuliers. Une belle manière d’envisager à nouveaux frais le chaos du monde contemporain, et de mettre en lumière des formes de création alternatives et engagées.
Depuis sa création en 1992, l’ACID ne s’est jamais départi de sa volonté de mettre en avant et d’accompagner les jeunes cinéastes. Présente dans les circuit de distribution et solidement ancrée sur l’ensemble du territoire national, l’association propose à Cannes une sélection de neuf longs-métrages indépendants. Il s’agit d’une part de les aider à trouver un distributeur, mais aussi et surtout de les mettre en contact avec un public en recherche de propositions nouvelles de cinéma.

©Tandem
Comme à son habitude, la cuvée 2026 a tenu à inclure dans son giron plusieurs premiers films, afin de garantir à leurs auteurs et autrices un écrin privilégié au sein du foisonnement culturel contemporain. Qui dit premiers films dit donc jeunes artistes, et qui dit jeunesse dit immanquablement été – durant lequel se déroule Barça Zou de Paul Nouhet, et sa bande de vieux amis skateurs se rappelant leur escapade catalane dix ans auparavant. La chaleur torride domine également Mauvaise Étoile de Lola Cambourieu et Yann Berlier, dont la protagoniste tente tant bien que mal de conjurer sa mauvaise étoile malgré les incendies qui encerclent sa banlieue du sud de la France. La période estivale donne enfin son cadre à Virages, de Céline Carridroit et Aline Suter, dans lequel une jeune manufacturière décide soudainement d’employer sa vieille Coccinelle afin de prendre sa revanche sur le milieu de la mécanique qui l’a rejetée. La sélection ne serait toutefois pas complète sans quelques documentaires ; ainsi pouvons-nous citer Dans la gueule de l’ogre de Mahsa Karampour, qui tente de cerner la destinée énigmatique de son frère expatrié aux États-Unis, et Cœur secret de Tom Fontenille, qui retrace les réactions d’une famille face à la transition de genre de son patriarche. Dernier premier film, Blaise figure cependant en tête en matière d’originalité, Jean-Paul Guigue et Dimitri Planchon y narrant l’improbable révolte d’un jeune garçon afin de séduire une fille.

©The Jokers Films
La sélection permettra également de recroiser plusieurs noms familiers, qui prouvent qu’il est encore possible de franchir avec succès le cap du premier film et de découvrir des faisceaux de créations témoignant de la singularité de leurs auteurs. Déjà remarqué pour la plongée au sein du centre de détention de Casabianda qu’offrait La Liberté en 2019, Guillaume Massart poursuit son exploration du système carcéral avec La Détention, qui se focalise cette fois-ci sur la formation des surveillants. Plus expérimenté encore, Ivan Marković préfère pour sa part rester dans le domaine de la fiction avec Promised Space, qui situe son action dans un gratte-ciel inachevé où un groupe d’ouvriers a élu domicile. Living twice, Dying thrice de Karim Lakzadeh, enfin, investit le champ de la satire politique via l’histoire improbable de mineurs iraniens qui décident de se faire passer pour morts afin que leur famille touche une indemnisation.

©Repassfilm
Déjà relativement arbitraire, la distinction entre premiers films et œuvres de confirmation convient d’être autant remise en question que celle entre fiction et documentaire, pourtant continuellement reprise par un pan majoritaire de la critique. À vrai dire, si l’on s’en tenait aux seuls synopsis des longs-métrages présentés, il serait souvent difficile de déterminer le degré de véracité des histoires qui y sont racontées, tant l’invention tire aujourd’hui sa sève de situations inspirées d’une réalité qui, à force de sombrer dans la folie, ne se distingue plus si nettement de la plus pure fantasmagorie. Le comité de treize cinéastes en charge de l’édition 2026 annonce en effet que « la programmation de cette année reflète à la fois la folie alarmante de notre époque et notre capacité infinie à faire face », et considère explicitement chacune des œuvres projetées « comme des gestes puissants de résistance – et d’espoir ». A l’heure où les financements publics de la culture s’érodent, et où, pour les jeunes cinéastes, accéder à la visibilité est de plus en plus difficile, l’a-t-on de l’ACID-, qui assure tout au long de l’année un soutien indéfectible aux jeunes cinéastes, est précieuse. En effet, l’ACID ne s’arrête pas à sa sélection cannoise. Elle diffuse une vingtaine de nouveaux longs-métrages par an et organise des échanges auprès des plus jeunes publics ; ainsi, en 2017, l’ACID avait par exemple initié en salles et festivals 428 rencontres au total. L’importance de cette institution dépasse d’ailleurs largement les frontières françaises, puisqu’entre 2018 et 2020, l’association a programmé dans 45 festivals de 16 pays donnant lieu à plus d’une centaine de rencontres.
©Gaetan Sahsah