L’actrice succède à Costa-Gavras après 18 ans de présidence et prend la tête d’une institution majeure du patrimoine cinématographique français, dans un contexte marqué par des défis de gouvernance et les débats suscités par le mouvement #MeToo.
Une nouvelle page s’ouvre pour la Cinémathèque française. L’actrice Isabelle Huppert a été élue présidente de l’institution, devenant la première femme à accéder à cette fonction depuis sa création. Élue par le conseil d’administration pour un mandat de trois ans, jusqu’en 2029, elle succède au cinéaste franco-grec Costa-Gavras, qui occupait ce poste depuis 2007.
Figure incontournable du cinéma français et international, Isabelle Huppert, 73 ans, hérite de la présidence de l’une des institutions culturelles les plus prestigieuses consacrées au septième art. Réputée pour sa cinéphilie autant que pour sa carrière exceptionnelle, elle aura pour mission de défendre et de valoriser un patrimoine unique.
Fondée en 1936 et installée à Paris, dans le quartier de Bercy, la Cinémathèque française conserve près de 50 000 films de patrimoine, près d’un million de documents liés au cinéma ainsi que plusieurs milliers d’appareils historiques.
Financée aux trois quarts par des subventions publiques, l’institution organise chaque année des rétrospectives consacrées aux plus grands réalisateurs et acteurs, ainsi que des expositions d’envergure, à l’image de celle récemment dédiée à Marilyn Monroe. Une antenne doit également ouvrir à Marseille au début de l’année 2027, dans le quartier où a grandi Yves Montand.
Double lauréate du César de la meilleure actrice pour La Cérémonie (1996) et Elle (2017), Isabelle Huppert a tourné dans plus de 150 films et séries. Au fil de sa carrière, elle a travaillé avec de nombreux réalisateurs majeurs, parmi lesquels Claude Chabrol, Maurice Pialat, Michael Haneke, Marco Bellocchio, Andrzej Wajda, Michael Cimino ou encore Hong Sang-soo.
Son élection à la présidence de la Cinémathèque confirme son statut de figure incontournable du cinéma mondial et son engagement en faveur de la préservation de la mémoire du septième art.
Cette nomination intervient alors que la Cinémathèque française traverse une période de profondes interrogations. Ces dernières années, l’institution a été au cœur de plusieurs polémiques liées au mouvement #MeToo et aux violences sexuelles dans le cinéma.
La programmation du film Le Dernier Tango à Paris à la fin de l’année 2024 avait notamment suscité une vive controverse en raison de la célèbre scène de viol tournée sans le consentement de l’actrice Maria Schneider. Face aux critiques, le film avait finalement été retiré de la programmation.
En février 2025, la Cour des comptes avait également publié un rapport particulièrement critique sur le fonctionnement de l’établissement, pointant des statuts jugés « obsolètes » et une gouvernance marquée par « une forme d’entre-soi ». Des recommandations avaient alors été formulées pour engager une réforme de l’institution.
Le conseil d’administration a également renouvelé plusieurs postes de direction. Les réalisateurs Olivier Assayas et Claire Denis deviennent vice-présidents, tandis qu’Alice Winocour et Nicolas Philibert sont nommés secrétaires. Le producteur Saïd Ben Saïd occupera les fonctions de trésorier.
Le directeur général Frédéric Bonnaud, en poste depuis 2015, poursuit quant à lui ses fonctions à la tête de l’établissement.
Avec l’arrivée d’Isabelle Huppert, la Cinémathèque française ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Première femme à présider cette institution emblématique, l’actrice devra concilier la valorisation du patrimoine cinématographique, la modernisation de sa gouvernance et les attentes d’un secteur en pleine évolution.
Visuel : Isabelle Huppert at Berlinale 2026, Wikimedia Commons