Le musicien, chanteur et compositeur argentin Daniel Melingo est décédé le 30 juin à Buenos Aires à l’âge de 68 ans. Figure incontournable du rock argentin avant de révolutionner le tango contemporain, il laisse une œuvre singulière, marquée par l’audace, la poésie et un goût constant pour l’expérimentation.
Le monde de la musique est en deuil. Daniel Melingo est décédé le 30 juin à Buenos Aires à l’âge de 68 ans. Clarinettiste, saxophoniste, chanteur et compositeur, l’artiste argentin s’est imposé au fil des décennies comme l’une des figures les plus originales de la scène musicale latino-américaine. Refusant les étiquettes, il a traversé les genres avec une liberté rare, passant du rock psychédélique au tango revisité, en explorant également le punk, le jazz, le reggae ou encore le blues.
Né le 22 octobre 1957 dans le quartier de Parque Patricios à Buenos Aires, Daniel Melingo découvre très jeune la musique. Dès l’âge de neuf ans, il intègre le Conservatoire national Carlos López Buchardo avant de poursuivre sa formation en harmonie, composition et interprétation.
Après avoir étudié la guitare classique puis le bandonéon, il choisit finalement la clarinette, un instrument qui deviendra sa signature. Un premier séjour au Brésil lui permet de rejoindre le groupe du chanteur Milton Nascimento, une expérience déterminante dans son parcours artistique.
De retour en Argentine, Daniel Melingo rencontre Miguel Abuelo, qui l’invite à rejoindre le mythique groupe Los Abuelos de la Nada, alors en pleine renaissance. Aux côtés d’Andrés Calamaro, Gustavo Bazterrica ou encore Polo Corbella, il participe à l’émergence d’une nouvelle scène rock après les années de dictature.
Parallèlement, il fonde Los Twist avec le chanteur et humoriste Pipo Cipolatti. Avec son mélange de rock, d’humour et de dérision, le groupe connaît un immense succès. Son premier album, sorti en 1983, devient rapidement une référence et marque toute une génération de musiciens argentins.
À la fin des années 1980, Daniel Melingo s’installe à Madrid, en pleine effervescence de la Movida espagnole. Il collabore avec le groupe punk Los Toreros Muertos avant de créer Lions In Love, une formation qui mêle rock, jazz, blues, flamenco et reggae.
Cette période confirme son goût pour les mélanges musicaux et son refus des conventions, une constante tout au long de sa carrière.
C’est toutefois à son retour en Argentine, à la fin des années 1990, que Daniel Melingo connaît une nouvelle métamorphose artistique. Il se tourne vers le tango, mais loin des codes traditionnels.
Avec des albums comme Tangos Bajos, il développe un univers sombre, poétique et profondément urbain. Inspiré par les quartiers populaires de Buenos Aires, la littérature et les personnages marginaux, il redonne une nouvelle vitalité au tango en y intégrant des influences contemporaines et une narration théâtrale.
Sa voix grave, presque parlée, son jeu de clarinette et son interprétation habitée séduisent rapidement le public bien au-delà des frontières argentines. Ses tournées internationales contribuent à faire découvrir une autre vision du tango, plus libre et résolument moderne.
Visuel : Daniel Melingo, Wikimedia Commons