On a rencontré Stella Lopez (bassiste et chanteuse), Jules Massa (guitariste et chanteur) et Valentin dans les coulisses de Rock en Seine. Le groupe de rock La Flemme, tout droit venu de Marseille, est un doux mélange entre la fête, un rêve de gosse et de belles ambitions.
Jules : L’histoire du groupe c’est l’histoire de Stella.
Stella : Ouais, alors c’est toujours moi qui raconte cette anecdote. J’étais à Marseille avec mon meilleur pote et on venait de commencer le groupe. On n’avait pas de nom et c’était un gros débat, enfin personne n’était d’accord. C’est toujours un peu chiant de trouver des noms de groupe qui sont pas déjà pris. Et donc je parle à mon pote et je lui dis j’ai la flemme de trouver un nom et là il me dit mais c’est ça en fait, c’est La Flemme. Et donc là je regarde et effectivement c’était pas pris. Tout le monde était chaud de s’appelait La Flemme parce que ça casse avec le style de musique qu’on fait et c’est super stylé. Et le plus flemmard d’entre nous je pense que c’est…
Jules : C’est Stella !
Stella : Pas du tout !
Valentin : Non je rigole, je pense que c’est moi, c’est vrai que je suis assez flemmard mais tous les grands inventeurs c’était des flemmards, c’est pas que une tare je pense. Les plus grands inventeurs ont inventé des trucs pour se faciliter la vie parce qu’ils étaient flemmards quoi. Moi rien.
Jules : On a eu une anecdote par rapport à ça. Déjà, il faut savoir que quand on a choisi le nom du groupe, on a tout de suite fait la blague avant même qu’on ait fait le premier concert. Et d’autant plus qu’à Marseille on a un groupe assez légendaire de punk qui s’appelle La Flingue, qui est un groupe que les gens ne connaissent pas mais qu’à Marseille on connaît, c’est un peu légendaire. Et du coup quand on faisait un peu du punk et de la pop en même temps c’était un peu en mode : c’est le mélange de La Femme qui est très pop et La Flingue qui est très punk. Donc je pense que c’est un c’est mélange cool. Et l’autre anecdote par rapport à La Femme, c’est que sur le début du groupe après le premier EP, il y a eu Gonzaï qui a fait un article sur La Femme. Un article ultra border et tout, qui a un peu dézingué le nouvel album de La Femme. Et l’article a trop bien marché. La dernière ligne était : bon bah plutôt que d’écouter La Femme, on va plutôt écouter La Flemme. Et donc en fait ça nous a fait grave de la pub genre ils avaient mis…
Stella : C’est énorme parce que moi j’aime trop le groupe La Femme.
Jules : Et du coup ils avaient mis le bandcamp et j’avais vu les stats qui avait explosé après l’article. Donc en vrai ça nous profite plus au moins jusqu’à maintenant.
Valentin : Bah on était méga contents, je me rappelle plus exactement peut-être mais oui trop trop trop bien de jouer à Rock En Seine. C’est un des festivals les plus mythiques de France, c’est cool. Il y a des supers artistes et ouais ça met la pression, on a un peu la pression de tous. Mais ça va, ça va être cool.
Stella : Oui moi j’ai un peu peur. Mais c’est une bonne pression. Et en fait de base j’avais pris ma place pour venir le dimanche voir les Cures. Et donc quand j’ai appris qu’on était programmés j’étais trop contente évidemment. C’est un peu un rêve de jouer sur une grande scène comme ça à Paris, au festival, à côté d’artistes qu’on adore. On est trop chanceux. Quand j’ai appris j’étais trop trop contente.
Jules : un peu pareil, puis moi en plus il y a 4 ans j’étais venu avec une pote en festivalier tu vois. Et on commençait déjà un peu à faire les premiers concerts. Je commençais à capter que c’était possible de faire des concerts et de peut-être gagner 100 balles, 200 balles, un truc comme ça. Et j’étais venu à Rock en Seine et je me souviens exactement que j’étais venu voir Idles et Fontaine DC qui s’enchaînaient. Donc deux groupes où à l’époque j’étais méga fan. Et je me souviens que je les avais vus et je m’étais dit putain mais je vais pas arriver à faire comme ils font. Tu sais ils avaient trop la classe. Ca jouait trop bien, le concert était trop bien, ça jouait devant plein de gens qui connaissaient les paroles. J’étais plus jeune et j’avais un peu ce rêve de gosse de je veux être à leur place. Et je sais pas j’ai eu un bad de fou en mode mais putain je vais pas y arriver, je vais pas arriver à réaliser mon rêve. Et donc c’est ouf. Genre du coup c’est un peu le rêve de gosse, genre pas particulièrement Rock en Seine mais le rêve de gosse de cette réflexion là en mode putain je vais jamais faire des scènes comme ça. Et au final on le fait tu vois. Et en fait j’ai pas la pression tellement du concert et des gens parce qu’en vrai on a fait des shows avec beaucoup de monde. Mais j’ai l’impression de ne pas réussir à satisfaire le moi de 18 ans où c’était un peu le rêve de faire un truc comme ça. Donc c’est ce petit truc en plus tu vois. Donc en fait tant que le concert a pas lieu j’ai l’impression qu’il va y avoir une météorite qui va tomber sur la scène où tout va être annulé et que ça va pas le faire. Mais je pense qu’à la seconde où on va monter sur scène ça va être trop bien. J’aurais plus du tout peur.
Valentin : Ça dépend de quelle date à Marseille. Mais c’est quand même trop cool d’être à Rock en Seine.
Stella : C’est vrai qu’il y a une petite saveur quand on joue à la maison, surtout qu’on a beaucoup tourné donc à chaque fois qu’on revient chez nous ça fait kiffer. Il y a tous les potes dans le public, tout le monde connait en plus à fond les morceaux. Et puis oui c’est la maison.
Jules : C’est la maison. C’est la safe place.
Stella : La scène rock marseillaise en ce moment c’est un truc de fou. Il y a plein de groupes qui sortent des albums, qui commencent à s’exporter un peu hors de Marseille. Et ça nous inspire beaucoup nous-mêmes entre nous dans cette scène rock recomposée en fait.
Valentin : Je pense que ça fait un peu un truc vu de l’extérieur, un groupe de Marseille auquel les gens ne s’attendent pas. Je pense que ça participe un peu au fait que les gens sont curieux d’écouter le groupe et tout. Ils sont un peu étonnés qu’il y ait du rock à Marseille qui marche. Moi je le vois comme ça en tout cas. Ce qui n’a aucun sens. Et je pense que ça participe au truc du groupe.
Jules : Des cercles des gens qui ont notre âge et du moins qui traînent un peu dans les mêmes milieux ? Je ne sais pas si en école de cours on fait la même fête qu’en after punk. Mais moi ce que je vois (sans parler à la place des gens) c’est que je pense que les gens ne vont pas très bien. Pas tous mais je pense qu’on n’est pas à plaindre. On est même super privilégiés mais il y a quand même des choses qui font que des fois c’est un peu dur je pense. Je veux dire, sans trop se victimiser, on est un peu dans une époque compliquée. Moi depuis que je suis né il y a eu les attentats, le Covid, re les attentats, la crise. Je crois qu’on n’a pas eu une bonne nouvelle un peu sur le monde depuis qu’on est né. Avec la montée du fascisme, la crise écologique. Val il est né dans les années 60. Du coup il a connu les 30 glorieuses. Mais il a aussi connu le crash de Manhattan, ça ne devait pas être un moment facile ça.
Valentin : La crise pétrolière de 70 (rires).
Jules : Il y a peut-être un refuge. Parce que t’as plein de gens qui sont malheureux au travail, malheureux dans la vie et qui attendent la soirée pour revoir les amix, pour passer des bons moments. En tout cas dans notre milieu c’est un peu ça.
Stella : On arrive quand même à bien communiquer. Chacun met sa petite graine, on fait un peu chacun ce qu’il nous plaît dans notre propre instrument et ça fait une sorte de mélange qui marche plus ou moins. Après il y a ce mélange de voix masculin féminin qui est assez cool. Moi j’ai plutôt une voix douce à faire des mélodies et Jules il crie et il crie. Non mais il y a un mélange, on s’amuse beaucoup à faire des questions et répondre.
Jules : C’est comme un couple en vrai, je me rends compte. C’est exactement les mêmes problèmes. Il faut avoir des discussions, il faut communiquer, dire ce qui ne va pas, dire ce qui va bien. En vrai c’est grave ça. Des fois on a des questions en mode comment vous faites pour être tout le temps d’accord sur ce que vous allez jouer vu que vous venez de milieux différents ? Et moi je suis en mode la plupart du temps on n’est pas d’accord. Mais par contre je pense que le point commun c’est l’ouverture d’esprit, être ouvert. Et même plus généralement artistiquement parlant, être méga ouvert à tout. Ne jamais fermer aucune porte. Et ça en fait si t’es méga ouvert à tout, il y a tout qui marche à la fin. Et ça marche dans plein de trucs de la vie je pense. Et dans la musique encore plus.
Valentin : Oui un couple mais à quatre donc encore plus dur.
Jules : C’est quoi un couple à quatre ? C’est un quadruple ?
Valentin : C’est encore plus dur d’être en couple.
Jules : C’est plus dur un groupe qu’un couple. J’espère que ce sera le titre de l’article (rires).
Jules : Ému.
Stella : Reconnaissants, émus, on se sent extrêmement chanceux. C’est fou parce qu’en plus ça arrive tout très vite. Dans les deux ans depuis qu’on a créé le groupe, c’est impressionnant. C’est fou, très reconnaissante en tout cas.
Jules : On rentrait du Canada, ce qui était déjà fou pour nous. Prendre l’avion. Déjà quand tu es marseillais et qu’on te dit que tu joues à Paris, pour les groupes marseillais c’est déjà un truc de ouf. C’est une question financière et géographique. Quand tu es à Marseille, tu coûtes plus cher à un tourneur à faire tourner qu’un Parisien quand tu es au milieu. Donc c’est l’une des raisons pour lesquelles tu n’entends pas forcément parler des groupes marseillais alors qu’il y en a plein (parenthèse fermée). On rentrait à peine du Canada quand on nous disait « allez, vous partez en Corée du Sud ». On était en mode « allez, arrête de te foutre de notre gueule, c’est bon, c’est pas drôle. » ; « Non, mais vraiment, on y va. » On en a fait 4 et c’était fantastique, dont un festival fantastique. Pour revenir à ta question, on fait de la musique ou du moins on se donne de la peine d’en faire en live pour partager ça aux gens. Partager ça à l’international, c’est encore plus magnifique et c’est vraiment l’essence même de ce qu’on veut faire. C’est la plus belle chose qui puisse nous arriver.
© Louis Lantheaume